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Macron, les Africains et le cordon ombilical   15 mai
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ZOODOINTER. Si la défaite multiplie les couteaux, la victoire, elle, centuple le nombre de vos amis. Emmanuel Macron s’est donc découvert, au sein de la diaspora africaine en France, un nombre respectable d’« amis ».

Sincères ou opportunistes, ouvriers de la première ou de la vingt-cinquième heure, agrégés pour la plupart au lendemain du premier tour quand la nécessité de faire barrage à Marine Le Pen était devenue une posture sans frais tant était puissant le fumet du triomphe, ces people du village africain de Paris offrent désormais leurs services.

Que certains d’entre eux soient des récidivistes, pour avoir dans le passé tenté leur chance auprès de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande, importe peu. Tous sont prêts à « enseigner l’Afrique » au nouveau Président, lequel n’a du continent qu’une connaissance pelliculaire : six mois de stage à Abuja sous la houlette du dernier ambassadeur archétypal de la Françafrique d’antan, le très bienveillant Jean-Marc Simon.

Moins bien que le jeune Hollande (huit mois à Alger et une escapade en Somalie), mais nettement mieux tout de même que Sarkozy. Ce « vivier de compétences », pour reprendre les termes du collectif Les Amis de l’Afrique (et d’Emmanuel Macron) au sein duquel figurent les incontournables Fodé Sylla et Lionel Zinsou, a en ligne de mire l’hypothétique Conseil présidentiel pour l’Afrique.

Une structure, avec eux dedans, cela va de soi, dont l’idée a été lancée dans les colonnes de Jeune Afrique par Jean-Michel Severino, Hakim El Karoui et le duo franco-béninois Zinsou - Jules-Armand Aniambossou, dont le président Patrice Talon conserve un souvenir cuisant. L’initiative est intéressante, mais on ne saurait trop recommander à Emmanuel Macron, s’il la met en œuvre, d’être prudent : la Françafrique est une hydre, et il y a fort à parier que parmi les postulants au Conseil certains songent déjà à exciper de leur pseudo-proximité avec le nouvel hôte de l’Élysée auprès de chefs d’États africains en quête éperdue de réseaux d’influence.

Qu’auront à se dire Emmanuel Macron et Robert Mugabe ?

Car, si se faire photographier lors d’un meeting d’En Marche !, poser devant des affiches de l’invité surprise ou obtenir de lui un selfie était devenu ces derniers temps un must d’opposants africains à Paris – postés sur les réseaux sociaux, ces clichés font leur petit effet au pays –, nos Excellences, elles, ont vécu l’irruption de cet ovni comme une perte complète de repères. Imaginez un peu : Macron avait un an et demi quand Obiang Nguema s’est emparé du pouvoir, un an et neuf mois lorsque Dos Santos a succédé à Neto, deux ans et demi quand Robert Mugabe a remporté sa première élection, moins de cinq ans le jour où Paul Biya s’est installé au Palais d’Etoudi…

Sur un continent où les aînés ne lâchent ni leur pouvoir ni leur tutelle sur les cadets, qu’ont-ils en commun et qu’auront-ils à se dire ? Certes, ils ont connu Obama, à qui l’Emmanuel Macron de la campagne présidentielle ressemble assez fidèlement, avec son optimisme californien, ses slogans à la fois missionnaires et managériaux, son équipe organisée comme une start-up, la scénarisation énergisante de ses meetings comme de sa vie privée – et ils s’y sont fait. Mais c’est de la France qu’il s’agit et le logiciel de chefs d’État greffé sur « le monde ancien » (phrase culte du macronisme) de la politique hexagonale, dont ils étaient de redoutables experts, est désormais obsolète.
Le salut viendra de l’Afrique elle-même

Vu du Rwanda, où je me trouvais à la veille du 7 mai et où le processus de décolonisation mentale s’est achevé dans les cendres du génocide, les appels du pied des Africains francophones – pouvoirs, opposants, diaspos – en direction du jeune élu des Français ont quelque chose de surréaliste et d’inconvenant. Certes, comme François Hollande et Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron a promis, lors d’un entretien avec Jeune Afrique d’engager « une nouvelle politique en direction du continent africain ». Lui faire crédit de sa sincérité est la moindre des choses, d’autant que lui au moins ne donne pas de leçons. Mais tenter de nous faire croire une seconde que cette « nouvelle politique » ne sera pas avant toute chose celle des intérêts économiques et diplomatiques de la France, y compris lorsqu’ils entreront en contradiction avec ceux de ses partenaires du continent, est au mieux une naïveté, au pire une imposture.

Dans son langage direct de militant associatif, le Sénégalais Fadel Barro, coordinateur de Y’en a marre, vise et touche juste au micro de RFI : « Tout cela ne nous regarde pas. La politique de Macron, la politique de Marine, la politique de la gauche, la politique de la droite, pour nous ça ne changera pas grand-chose parce que le salut viendra de nous-mêmes, quand on décidera de s’émanciper. » Ou, comme le dit Alpha Condé, seul président africain que le candidat Emmanuel Macron a rencontré avant son élection, quand l’Afrique francophone se résoudra enfin à « couper le cordon ombilical ».

JA

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