LECHAT !

Avenue Kwameh Krumah : la nostalgie des périodes glorieuses

Submitted by Redaction on Tue, 03/19/2019 - 17:29
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Dès 17h30, les femmes qui vendent les fruits au bord de la chaussée, non loin de ce célèbre «maki» TAXI BROUSSE, enroulent leurs effets et démarrent leur moto. Vous entendez presque tous les riverains de cet espace dire : «Wend a kon beogo » (c’est-à-dire demain en langue mooré).

En effet ; c’est presque tous les commerces qui se vident à cette heure-là, excepté le jeune tablier indomptable de TRANSFERT D’ARGENT assis entre le Cappuccino et l’hôtel Yibi qui reste encore pendant environ 2h. Bref ; la célèbre «avenue » Kwameh Krumah est déserte depuis le dernier attentat de trop, du 13 aout 2017 au restaurant Café Aziz Istanbul.

En dehors de quelques activités sporadiques qui se sont déroulées sur cette avenue sans succès, c’est à la faveur du FESPACO 2019 que cette rue avait retrouvé son ambiance d’antan. Depuis lors, tout est redevenu morose. Le podium installé en face de Taxi Brousse pendant cette biennale du cinéma, avait donné quelques rayons d’espoir.

J’ai voulu faire un tour là-bas hier de façon discrète, pour m’enquérir de la situation auprès de ceux et celles qui fréquentent cette avenue ; notamment, les commerçants, les touristes, les serveuses, les filles de joie, les tenanciers de certains espaces… de l’avis de tous, la situation va de mal en pis. Certains préconisent que, de telles animations qui ont eu lieu en février dernier, se reproduisent régulièrement.

Le centre névralgique de cette avenue est, sans nul doute, la terrasse de Taxi Brousse qui fait face à Splendid Hôtel et presque mitoyen au restaurant mythique le CAPPUCCINO. «LECHAT, franchement : ce que le petit Kenzo Cash Liguidi a fait ici l’autre jour, depuis quatre ans, je n’avais plus fait une aussi belle recette ! Je croyais que ça devrait durer…» m’a affirmé «Maman Zé» tenancière de Taxi Brousse depuis plus d’une trentaine d’années. Afin d’avoir plusieurs versions des personnes différentes, j’ai décidé de m’installer sur sa terrasse verdoyante et visiblement propre aux environs de 23h pour prendre une Guigui.

«Est-ce que je peux m’asseoir à côté de vous monsieur ?» me propose un homme blanc filiforme la soixantaine révolu, qui se présente comme étant un Belge venu pour projet d’irrigation dans une de nos localités. Dès qu’il s’est installé je lui ai posé la question s’il connaissait bien cette avenue. «Bof ouiiii ! Je venais régulièrement ici, il y a dix ans quand j’étais encore plus jeune. Mais tout a changé. C’est devenu calme et taciturne», m’a-t-il répondu. «C’est à cause des attentats c’est ça ?» renchérit-il. «Il parait…», lui ai-je répondu. D’un air décontracté, il m’a fait un geste de l’épaule comme pour me dire, c’est ça la vie, en trinquant sa boisson énergétique.

Quelques secondes après, deux créatures hors normes sont immédiatement venues s’installer à nos côtés, sans même demander notre approbation. Très longs cheveux qui arpentaient leur corps de guitare, laissant apparaitre leurs gros nichons sous nos narines: «C’est ton chapeau-là que je veux ! » L’une des filles, toute jaune, avec une forte odeur de produits éclaircissants, me souffle à l’oreille tandis que l’autre dévorait du visage le «Blanc » qui prenait visiblement du plaisir.

«Comment tu trouves cet endroit ? » en m’adressant à l’une d’elle. «heiii ! Il n’y a plus de marché oooh ! Avant, les clients étaient partout, on avait l’embarras de choix. Le Jimmys Night-Club, la terrasse le Moulin Rouge, la Véranda, la Calèche, le Showbiz…tous étaient remplis de clients. Maintenant il n’y a plus rien !! » De clients ??? Me suis interrogé. «Ne fais pas semblant, tu fais comme si tu ne sais pas de quoi je parle ? Laisse ça…offre-nous la boisson. Nous avons soif ! » Bougre-t-elle avec un français approximatif tout en faisant rebondir son immense buste, laissant apparaître un tatouage de scorpion.

Pour m’avoir aperçu à distance, un jeune DJ est venu me saluer, sans même que je lui adresse un mot, il me dit ceci : «Vieux père, le coin est naze hein !!! C’est le jour où, il y avait le podium ici que j’ai pu bien bara ! Faut faire quelque chose…». Dans la foulée, mon allié belge d’un soir, me souffle à l’oreille que : «Pourtant, il y a plus de sécurité ici même la Présidence n’est pas aussi sécurisé que cette avenue. Les gens devraient pourtant affluer».

Effectivement, pas une minute ne s’égrène sans qu’on aperçoive, soit un contingent de gendarme à pieds ou dans leur véhicule traverser le café. Tout est pourtant paisible et il fait bon vivre sur Kwameh Krumah, mais malheureusement, le secteur est quasi désert. Sur la terrasse de Taxi Brousse, on pouvait compter les clients : 8 personnes et total, y compris les flâneuses cigarettes entre les ongles.

Pendant que nos deux donzelles empilaient les bouteilles de bières sans répit, c’est plutôt la situation morose de cette avenue qui nous préoccupait. Tout en échangeant avec le DJ et le Belge qui s’est vu rejoindre par son collègue, les postérieurs de femmes d’un certains calibre, ne faisaient que défiler sous yeux. «Il y avait pire que ça avant » me souffle ce même Belge, comme s’il n’est pas un novice à Ouaga.

Même le CAPPUCCINO qui fermait parfois tard dans la nuit, baisse ses rideaux avant 22h. Seuls les hôtels d’en face, donne une lueur de nitescence sur cette zone. Certains usagers préfèrent même passer sur les rues parallèles, refusant psychologiquement de traverser sur Kwameh Krumah. Une reprise d’activité passera par l’organisation d’évènements (concerts, vernissage, ouverture d’espace publique, dédicace etc.) pourra permettre de sauver cette «belle avenue de Ouaga».

Pour m’avoir vu me décaler pour répondre à un coup de fil, l’ancien manager du DINGO Night-Club (situé au-dessus du CAPPUCINO fermé depuis les attentats du 15 janvier 2016) m’accoste. «…Nous avons ouvert vers Dapoya, le Dingo Havanna. Mon frère, ici-là…nous ne sommes plus près d’y venir » m’affirme-t-il. «Mais selon toi, comment faire pour redonner vie à cette rue ? » lui-ai-je interrogé : «La dernière fois, il y avait le FESPACO qui avait organisé un concert ici…ce sont les trucs comme ça qu’il faut ici. Organiser des défilés de mode, des night party etc. ». Finalement qui pourra les organiser ? Si même les anciens managers des discothèques ont pris la poudre d’escampette.

Au moment de prendre congé des lieux en saluant ceux qui m’ont tenu compagnie cette nuit, une des dévergondées de ma table m’accoste ouvertement : « Héé ! Mon grand beau gosse, tu pars comme ça ?? Tu ne m’amène pas avec toi ? »
« Hann ! Désolé nous ne sommes pas venus chercher la même chose».

LECHAT !

 

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