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Colloque : la figure et l'oeuvre du Cardinal Paul ZOUNGRANA

Soumis par Redaction le ven 30/04/2021 - 13:56
KJN

« Souvenez-vous de vos dirigeants, qui vous ont annoncé la parole de Dieu ; considérez comment leur vie s’est terminée et imitez leur foi » (He 13,7). C’est à un exercice de mémoire que nous allons nous livrer en essayant de présenter la figure et l’œuvre du Cardinal Paul Zoungrana dans l’Eglise locale et régionale. Mais une chose est la mémoire froide qui ramène à l’esprit une table de multiplication et autre chose la mémoire chaleureuse du cœur. Se souvenir est une manière de nourrir son cœur en en vue d’une vie plus épanouie et plus fructueuse.

Nous suivrons un plan simple en deux points. Premièrement nous présenterons la figure du Cardinal Paul Zoungrana et deuxièmement de son œuvre.

  1. LA FIGURE DU CARDINAL PAUL ZOUNGRANA

Le cardinal Paul Zoungrana est un homme d’Eglise qui a marqué l’histoire de l’Eglise de son pays et de l’Afrique.

  1. Dans l’Eglise locale

Nous présenterons la figure du Cardinal Paul Zoungrana en 4 points, à savoir, sa figure au milieu des chrétiens et des prêtres, au sein de l’épiscopat de son pays, sa figure comme représentant de l’Eglise catholique et de son pays et enfin sa figure dans ses qualités humaines.

  1. Sa figure au milieu des chrétiens et des prêtres

Le fait d’être un des trois premiers prêtres du pays, ordonnés le 2 mai 1942, conférait à Paul Zoungrana une figure de pionnier et de leader autant chez les chrétiens indigènes qu’auprès des membres du clergé autochtones qui allaient emboiter ses pas. Tous découvraient et contemplaient en lui, l’étoile de leur dignité et de leur fierté : un indigène comme eux et baptisé comme eux pouvait devenir prêtre, dispensateur des sacrements. Cette position respectable est renforcée par son entrée dans la société de vie apostolique des Missionnaires d’Afrique qui le faisait participer au prestige des premiers évangélisateurs Pères Blancs avec lesquels il formait une même famille.

Le fait d’avoir très tôt voyagé hors de son pays, d’abord en Algérie pour son noviciat de 1948-1949, ensuite à Rome en Italie pour les études en Droit Canonique de 1949-1952 et enfin à Paris, en France pour des études en sciences économiques et sociales de 1952 à 1954, sans oublier son expérience pastorale de curé des Bobo Fing de Nasso-Koumi, lui a conféré une expérience et une ouverture d’esprit que ses jeunes frères dans le sacerdoce n’avaient pas. De plus, le fait d’avoir obtenu son doctorat avec la mention summa cum Laude et d’avoir une compétence pluridisciplinaire, à la fois en sciences ecclésiastiques qu’en sciences profanes, lui conférait la renommée d’un prêtre intelligent, voire surdoué, nommé, pour cette raison, premier professeur africain du grand séminaire de Koumi de 1954 à 1957. Paul Zoungrana est donc pionnier à plus d’un titre : pionnier des prêtres autochtones, pionnier des prêtres autochtones envoyés aux études, pionnier des prêtres autochtones professeurs et éducateurs dans les grands séminaires et pionniers des prêtres autochtones entrés dans une congrégation religieuse ou une société de vie apostolique.

  1. Sa figure au sein de l’épiscopat

Le 5 Avril 1960, à l’âge de 42 ans et 7 mois, le Père Paul Zoungrana est nommé premier archevêque autochtone de Ouagadougou et ordonné un mois plus tard, le 8 mai 1960 par le Pape Jean XXIII, à Rome. S’il n’est que le deuxième évêque africain du pays, après Monseigneur Dieudonné Yougbare, il est directement nommé archevêque et cinq ans plus tard, créé cardinal, au consistoire du 22 février 1965[1]. Durant tout son long épiscopat de 1960 à 1995, il était la figure la plus éminente au sein de la Conférence Episcopale Burkina Niger. En effet il était l’unique Archevêque Métropolitain ; il avait été le consécrateur principal de 9 d’entre eux : Marcel Pierre Marie Chauvin en 1964, Anthyme Bayala en 1967, Jean-Marie Untaani Compaoré et Zéphyrin Toé en 1973, Anselme Titiama Sanon en 1975, Jean-Baptiste Kiendrebeogo et Basile Tapsoba en 1982, Guy Armand Romano en 1984 et Marius Ouédraogo en 1985. S’il n’avait pas ordonné Monseigneur Jean Baptiste Somé en 1968 et Monseigneur Constantin en 1969, ce dernier avait été son vicaire général et alors que le premier était grand séminariste et l’a eu comme professeur à Koumi. Il a été président de la Conférence Episcopale Burkina Niger durant 16 ans de 1960 à 1976. Cette présidence n’a pas été que longue ; elle avait aussi une qualité particulière parce qu’enrichie par l’expérience que celui qui l’exerçait avait au niveau régional au sein de la CERAO, au niveau africain au sein du SCEAM et au niveau universel à Rome dans les réunions des dicastères et dans les rencontres avec le Pape.

 

  1. Sa figure comme représentant de l’Eglise et de son pays

La figure du Cardinal Paul Zoungrana a contribué dans la considération dont bénéficie l’Eglise Catholique au Burkina Faso. Son élection comme Archevêque de Ouagadougou, la capitale, a été judicieuse et providentielle. Il a été en effet choisi comme premier Archevêque autochtone d’un pays qui au niveau politique avait commencé à être gouverné par un premier Président autochtone : Maurice Yaméogo. La figure de l’Archevêque était plus prestigieuse que celle du Président car, étant né le 3 septembre 1917, il était de plus de 4 ans son aîné et il était rentré au petit séminaire de Pabré, 6 ans avant lui. De plus, l’Archevêque avait un doctorat en Droit Canonique et une licence en Sciences Sociales alors que, selon le témoignage de Frédéric Guirma, le président avait quitté « le Petit Séminaire de Pabré sans être diplômé »[2]. Après des difficultés de type conjugal, financier et politique, le Président allait être obligé d’abandonner le pouvoir après 6 ans et 23 jours alors que l’Archevêque, devenu Cardinal, allait rester stable sur le siège de Ouagadougou pendant 35, et voir se succéder 6 Présidents (Maurice Yaméogo, Sangoulé Lamizana, Saye Zerbo, Jean-Baptiste Ouédraogo, Thomas Sankara, Blaise Compaoré). Non seulement Paul Zoungrana est resté stable sur son siège mais aussi respectable dans sa bonne réputation.

Au retour de Rome de Paul Zoungrana avec les insignes cardinalices, le Président le voit comme celui qui incarnait le mieux le drapeau de la Haute volta : noir parce qu’africain ; blanc Père Blanc ; rouge parce que cardinal »[3] Grâce à lui, le Burkina Faso a connu une exceptionnelle couverture médiatique aux deux visites du Pape Jean-Paul II le 10 mai 1980 et les 29-30 janvier 1990. « Dans les milieux romains du Vatican… BURKINA et ZOUNGRANA étaient devenus synonymes[4] ». Il suffisait de dire que l’on venait du Burkina Faso pour qu’on vous demande : « et le cardinal Paul Zoungrana ? ».

La figure de ses qualités humaines

Le cardinal Paul Zoungrana a su « allier grandeur et simplicité », voire humilité. Quand il fut nommé évêque, il confessa devant les prêtres, qu’ayant passé 12 ans hors du diocèse, il n’en connaissait plus très bien les réalités et qu’il avait besoin de leur aide précieuse pour accomplir sa mission d’évêque. Bien qu’ordonné évêque par le Pape Jean XXIII et créé cardinal, il n’a pas importé la pratique si commune en Italie de s’agenouiller pour saluer les prélats et leur baiser l’anneau. De retour au pays du consistoire du 22 février 1965 où il a été créé cardinal par Paul VI, il n’a plus jamais porté « les atours du cardinalat : ni soutane rouge, ni le grand surplis, ni le chapeau, ni la grande chape[5] ». Il n’a jamais voulu que sa photographie ni son armoirie soit sur un pagne.

Son lieu d’habitation ou de travail autant à Ouagadougou qu’à Saponé était simple et son repas était frugal. Un grand séminariste, dans les années 80, enchanté d’avoir été invité à sa table à Saponé, fut déçu de partager avec lui un bol de riz et un légume vert. « Le Cardinal Paul Zoungrana, dit le Cardinal Joseph Tomko, étonne par sa générosité et son indifférence pour la richesse matérielle. Son rang social et ecclésial aurait pu lui permettre d’accumuler des richesses pour lui-même et sa famille, mais il a vécu, il est mort, sans rien laisser. Voici un modèle qui pourrait servir à plusieurs responsables d’Église et dirigeants politiques et administratifs[6] ». Vers la fin de son épiscopat, le cardinal Paul Zoungrana disait de son économe qui limitait ses retraits d’argent pour des dons à des étudiants ou à des nécessiteux : « Mon économe est féroce ! Mais c’est bien ! Mon professeur d’économie disait qu’un économe devait être féroce ». Après qu’il soit allé à la retraite, il avait de la difficulté à acheter des timbres pour envoyer son courrier et s’en remettait à la décision de l’autorité qui l’avait remplacé.

Le Cardinal Paul Zoungrana était respectueux des autres ; il tenait en considération la collaboration non seulement avec les prêtres mais aussi avec les laïcs tels Henri Guissou, Joseph Conombo, Christophe Kalenzaga, Laurent Ghilat, Lucien Zongo etc…Sa considération des autres s’exprimait entre autres à travers la correspondance. On disait que même si un enfant déchirait un papier de paquet de sucre pour écrire une lettre au Cardinal Zoungrana, il lui répondait. S’il respectait et considérait les autres il n’était pas du tout timide. Son courage pastoral l’a amené à refuser la construction « d’une chapelle, dite de l’indépendance, projetée par le Président Maurice Yaméogo[7], à aller négocier avec Sékou Touré pour le maintien des missionnaires en Guinée[8], à aller ordonner Monseigneur Philippe Kpodzro dont la nomination ne plaisait pas au président Étienne Eyadéma Gnassingbé et dont l’ordination a été perturbée par des hommes de tenue devant lesquels le Cardinal est resté imperturbable.

Terminons par deux éléments de la figure humoristique du Cardinal Paul Zoungrana. Tout le monde savait que le Cardinal Paul Zoungrana ne mangeait de salade que celle provenant du jardin du petit séminaire de Pabré. Lors d’une visite pastorale à la paroisse de Toécé, le Père de Beaucorps lui dit : « Eminence, vous pouvez manger la salade car elle a été arrosée à l’eau filtré ! ». Le Cardinal lui répondit du tic au tac : « Mais est-ce que le fumier était filtré ? »

Le cardinal Paul Zoungrana racontait qu’au petit séminaire, lui et ses compagnons avaient le malin plaisir de transgresser l’interdiction de parler le moore en simulant parler latin. Ils disaient par exemple dans un latin mélangé à du français : « Amandum camion » ; ce qui voulait dire : « en aimant un camion » mais c’était en réalité une manière déguisée de dire en moore « a ma n dûm kam yâo » : « c’est sa mère qui a mordu dans le yâo[9] des enfants ». Monseigneur Wenceslas raconte d’autres anecdotes sur le Cardinal Paul Zoungrana dans son « Epopée de la mission, Chant II, Paul Cardinal Zoungrana, Père de l’Eglise de Ouagadougou » aux pages 70-71.

 

  1. En Afrique

Le Cardinal Paul Zoungrana a été une figure marquante de l’histoire de l’Église en Afrique Occidentale comme dans toute l’Afrique

  1. Sa figure en Afrique occidentale

Avec l’accession à l’indépendance des pays de l’Afrique Occidentale française autour des années 60, comme ces pays allaient être dirigés par des Présidents autochtones[10], le Saint Siège a voulu aussi que les églises particulières africaines soient dirigées par des Archevêques autochtones[11]. Après Monseigneur Bernardin Gantin, nommé le 5 janvier 1960, comme premier Archevêque métropolitain de Cotonou et de l’Afrique Occidentale, le 5 avril 1960, ce fut simultanément le tour de l’abbé Bernard Yago et du père Paul Zoungrana qui ont été ordonnés ensemble par le Pape Jean XXIII, le 8 mai 1960 à Rome, respectivement comme Archevêque d’Abidjan et de Ouagadougou. Dans ce groupe des trois premiers archevêques autochtones de l’Afrique Occidentale, Monseigneur Paul Zoungrana va occuper naturellement la première place parce qu’il est plus âgé (17 septembre 1917) que Monseigneur Bernardin Gantin (8 mai 1922) de plus de 4 ans et 6 mois. Si Monseigneur Bernard Yago, né en juillet 1916 est plus âgé que Monseigneur Paul Zoungrana, le 22 février 1965, ce dernier sera créé comme le premier cardinal de l’Afrique occidentale et le deuxième de l’Afrique après le cardinal Laurean Rugambwa de Tanzanie, né le 12 Juillet 1912 et créé cardinal le 28 mars 1960 par le Pape Jean XXIII.

En Afrique, Cardinal Paul Zoungrana a été le consécrateur principal 4 évêques dont 3 de l’Afrique Occidentale :Barthélemy-Pierre-Joseph-Marie-Henri Hanrion, O.F.M., évêque de Dapaong (1966), Vincent Mensah, évêque de Porto-Novo (1970), Philippe Fanoko Kossi Kpodzro, évêque d’Atakpamé (1976) et 1 de l’Afrique Centrale Matthias N’Gartéri Mayadi (1986). Ces ordinations épiscopales faites hors de son pays sont le signe d’une renommée extraterritoriale confirmée.

  1. Sa figure au SCEAM

La Conférence Episcopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest (CERAO), fondée le 14 juin 1963, fut présidée par le Cardinal Paul Zoungrana durant 5 ans de 1967 à 1972 puis durant 3 ans supplémentaires de 1979 à 1982, soit au total 8 ans.

Le Cardinal Paul Zoungrana a été l’un des fondateurs du Symposium des Conférence des Evêques d’Afrique et de Madagascar (SCEAM). Dans son discours d’ouverture du premier Symposium qui s’est tenu du 28 au 31 juillet 1969, expliqua la genèse et le sens du Symposium. Il prononça entre autres des mots qui dévoilaient son âme africaine : « disons-le clairement, notre être propre ne doit pas nous être conféré du dehors ; l’évangile est un germe de vie et l’Eglise d’Afrique doit se développer et se construire elle-même grâce à sa propre vitalité en participant à la vie de l’Eglise universelle ; c’est à elle-même de se définir ses objectifs et ses priorité[12] ». Ce discours aux accents politiques est bien celui d’un ecclésiastique africain qui est convaincu que l’autodétermination est une valeur inaliénable de la dignité humaine.

Le Cardinal Paul Zoungrana assurera la présidence du SCEAM durant les 9 premières années de son existence de 1969 à 1978 puis, après 3 ans de pause, durant 3 autres années, de 1981 à 1984, soit au total 12 ans de présidence, faisant de lui, durant ce temps, la voix de l’Eglise d’Afrique, à l’intérieur du continent comme à l’extérieur. C’est ainsi qu’il présenta, par exemple « La vie de l’Eglise en Afrique » lors d’une rencontre avec les Evêques du Brésil qui s’est tenue du 18 au 23 Avril 1977[13].

 

  1. L’ŒUVRE DU CARDINAL PAUL ZOUNGRANA

Une œuvre est une réalisation qui survit à son auteur. Que reste-t-il de la vie du Cardinal Paul Zoungrana ? Saint Luc résume l’œuvre de Jésus par cette description : « tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le commencement 2 jusqu’au jour où, après avoir donné ses instructions aux apôtres qu’il avait choisis sous l’action de l’Esprit Saint, il fut enlevé au ciel » (Ac 1,1-2). Nous allons donc regroupé l’œuvre du Cardinal Paul Zoungrana autour de deux points à savoir, son enseignement et les faits majeurs de son ministère épiscopal.

  1. L’enseignement

En 35 ans d’épiscopat, le Cardinal Paul Zoungrana a beaucoup prêché, prononcé de nombreux discours et pris la parole en de nombreuses occasions. Tout cet enseignement est très précieux parce que donné par un des premiers prêtres du pays qui fut le deuxième archevêque de Ouagadougou. Cet enseignement est riche de l’expérience pluridimensionnelle de son auteur. Donné au cours de la deuxième partie du centenaire de l’histoire de l’Eglise de Haute Volta/Burkina Faso, cet enseignement est pour l’Eglise particulière de notre pays, ce que le magistère des Pères apostoliques est pour l’Eglise Universelle. L’abbé Alphonse Tiemtoré a fait l’effort de rassembler certains de ses enseignements en 9 volumes dont 5 ont été retrouvés pour le moment :

  1. Enseignement doctrinal et moral (volume 1)
  2. Mandements de carême (volume 2)
  3. Enseignement socio-politique (volume 3)
  4. Enseignement sur l’épiscopat (volume 4)
  5. Enseignement sur la dévotion à la Sainte Vierge Marie (volume 9)

 

Ce recueil n’est sûrement pas exhaustif. Il faudrait continuer à rassembler les enseignements écrits et exhorter tous ceux qui ont encore en mémoire des enseignements oraux de les faire écouter et transcrire. Une fois que l’Opera Omnia sera constituée, il serait utile d’encourager à faire des études pluridisciplinaires sur ces textes pour que les lumières qu’ils renferment éclairent nos préoccupations actuelles. Passons maintenant aux faits majeurs de son épiscopat.

  1. Les Faits majeurs

L’œuvre d’un prêtre et d’un évêque est avant tout celle de l’évangélisation. Or l’évangélisation n’est possible qu’avec des évangélisateurs. La première œuvre factuelle du Cardinal Paul Zoungrana qui mérite d’être soulignée est le soin qu’il a porté à l’éclosion des vocations et celui qu’il a porté aux agents pastoraux, la seconde la promotion des institutions de communion, la troisième, la promotion de la vie consacrée et enfin la quatrième qui est la promotion sociale.

 

  1. La promotion de l’évangélisation

Le petit séminaire est loin d’être une œuvre attribuable au Cardinal Paul Zoungrana mais il a eu un amour particulier pour ce berceau des vocations où il venait régulièrement, y aimait célébrer la messe chrismale et y amenait ses hôtes de marque tels le Cardinal François Marty de Paris, Monseigneur Philippe Kpodzro d’Atakpamé, Monseigneur Raymond-Marie Tchidimbo après sa sortie de prison du camp Boiro en Guinée, Raymond Fau etc. Il rencontrait personnellement ses petits séminaristes à partir de la 4ème quand les classes allaient jusqu’en 3ème et à partir de la 2nde quand les classes allaient jusqu’en terminale.

Pour l’animation vocationnelle, il créa une commission diocésaine des vocations en 1966 et pour qu’il y ait un style de vie du prêtre, il rédigea un Directoire des prêtres diocésains en 1968. Après la création de l’université de Ouagadougou en 1974, Le cardinal Paul Zoungrana a voulu qu’il ait aussi un grand séminaire à Ouagadougou. Ces confrères évêques étant réticents à ce projet, il commença à titre personnel en 1977 dans les locaux du juvénat Saint Camille, le grand séminaire saint Jean Baptiste qui sera vite adopté par les autres évêques comme séminaire régional. Très tôt, il pensa aussi à la formation de prêtres pour l’évangélisation des zones rurales dont l’abbé Fernand Ouédraogo, actuellement dans le diocèse de Manga, est le premier et le dernier parce que des membres du presbyterium étaient réticents sur ce projet qui pouvait diviser le presbyterium.

Conscient que l’évangélisation ne se fait pas seulement par les prêtres, le Cardinal a exhorté en 1969 les Laïcs, particulièrement les parents à s’impliquer pour la catéchèse des enfants qui étaient jusque-là assurée par les maîtres d’écoles catholiques. C’est ainsi qu’est né, dans l’esprit des textes du Concile Vatican II, tels le décret sur l’apostolat des Laïcs et la déclaration sur l’éducation chrétienne, le corps des papas et mamans catéchistes (PMC) qui allait se propager dans tous les diocèses. Pour que les laïcs soient bien formés afin de mieux assumer leurs responsabilités dans l’Eglise et la société, Le Cardinal Paul Zoungrana a obtenu des fonds de l’Allemagne pour l’acquisition du terrain et la construction des premiers bâtiments du Centre Polyvalent renommé plus tard Centre National Cardinal Paul Zoungrana et qui abrite l’Ecole de la Formation Permanente des Laïcs.

Dès 1960, pour amplifier la prédication de l’Evangile, l’Archevêque de Ouagadougou avait conçu le projet de « doter l’Archidiocèse de Ouagadougou d’une radio privée catholique pour la diffusion de la Bonne Nouvelle[14] ». Ce projet s’est réalisé en 1993 avec Radio Maria devenu plus tard Radio Ave Maria. Pour le soin de la vie spirituelle des prêtres et pour donner un cadre mieux adapté pour les rencontres du presbyterium, il a projeté la construction du Centre spirituel Jean Paul II de Sâabê (1984-1988). Pour les soins des prêtres malades il a fait construire en 1982, près du dispensaire Saint Camille, le Dispensaire de Agents Pastoraux (1982) et enfin pour le repos des prêtres âgés, il a baptisé Villa Maria, une dépendance du collège Notre Dame de Kolog-Naaba qui sera élargie par la suite par la construction d’autres bâtiments.

Pour rapprocher les pasteurs des fidèles chrétiens et renforcer l’animation des communautés chrétiennes, le Cardinal Paul Zoungrana malgré le petit nombre de prêtres dont il disposait a créé, durant son épiscopat, 9 paroisses[15] dont 2 (Tem-Bokê en 1966 et Tougri en 1967) en vue de la création du diocèse de Kaya en 1969. Il faut adjoindre à la création des paroisses et au détachement du diocèse de Kaya, le choix de Yagma par l’entremise de laïcs engagés comme lieu de Pèlerinage en1967. Ce lieu devint un lieu de pèlerinage diocésain en 1978 et national en 1988, lors de la venue du Cardinal Roger Etchegaray. Il accueillera enfin le Pape Jean Paul II, lors de sa deuxième visite pastorale au Burkina Faso en janvier 1990.

  1. La promotion des institutions de communion

Le Cardinal Paul Zoungrana a œuvré à la communion des agents pastoraux par la création en 1970 de 3 doyennés dans son diocèse : celui du Sud regroupant autour de Manga les paroisses de Saponé, Kombisri, Toéce et Pô, celui du Nord regroupant autour de Pabré les paroisses de Guiloungou et Dôosê et celui du centre, regroupant autour de la paroisse Cathédrale, les paroisses de Kolog-Naaba, Sâaba, Dapoya, Gounghin, Dagnoe, Jean XXIII, Patte d’Oie, Dassouri.

Le Cardinal Paul Zoungrana a œuvré aussi pour la communion au sein de la Conférence Episcopale Burkina Niger dont il a été le président de 1960 à 1976, au sein de la CERAO dont il a été le président de 1967 à 1972 puis de 1979 à 1982 et enfin au sein Du SCEAM dont il a été président de 1969 à 1978 puis de 1981 à 1984. Nous en avons suffisamment parlé plus haut.

  1. La promotion de la vie consacrée

De 1960 à 1995, le Cardinal Paul Zoungrana accueillit selon l’estimation de Monseigneur Wensceslas Compaoré une vingtaine de congrégations religieuses. Citons-en quelques-unes : Il accueillit des moines bénédictins en 1961 et des moniales bénédictines en 1962 et en accepta l’installation à Koubri. Il en fit de même pour les Travailleuses missionnaires qui s’installèrent à Ouagadougou en 1961. Il permit et encouragea la création du Juvénat Saint Camille garçons en 1968 et celle du Juvénat Saint Camille filles en 1972. En 1984, il fit pour la première fois la consécration d’une demoiselle dans l’ordre des Vierges consacrées.

  1. La promotion sociale

Parlons enfin de 4 œuvres sociales.

Les études en sciences sociales avaient éveillé le Cardinal Paul Zoungrana aux problèmes sociaux. Deux ans avant son élection comme Archevêque de Ouagadougou, il fut chargé de créer et d’animer un institut pour la formation, en matière sociale, des nombreuses populations rurales. Cet institut devint plus tard le Centre d’Etudes Sociale de l’Afrique de l’Ouest (CESAO).

Devenu Evêque, Paul Zoungrana avait longtemps rêvé d’un « centre de santé pour exercer de façon concrète la charité chrétienne en étant témoin du Christ en acte et en vérité auprès des malades, notamment ceux de conditions sociales modestes[16]». Ce projet s’est réalisé par l’ouverture du dispensaire Paul VI, le 06 mai1985 et dont le financement provenait d’une récolte de fonds au congrès eucharistique tenue à Pescara en Italie en septembre 1977. Ces fonds remis au Pape Paul VI ont été donné au Cardinal Paul Zoungrana pour la réalisation de ce projet qui lui tenait à cœur. Ce dispensaire s’est développé progressivement et est devenu un hôpital de référence et chef-lieu de district sanitaire.

Témoin d’une jeune fille qui s’est suicidée par pendaison pour échapper au mariage forcé pratiqué par la coutume, le Cardinal Paul Zoungrana fit construire une maison d’accueil pour jeunes filles à Saponé (1962-1965). Cette initiative fut reproduite par la suite à Kaya, Tem-bokê, Kombisri, Manga et Pabré pour les filles fuyant le mariage forcé.

Suite à la visite du Pape Jean Paul II à Ouagadougou le 10 mai 1980 et à son appel pathétique pour une générosité internationale en faveur des populations du Sahel, des fonds furent rassemblés pour la Fondation Jean Paul II pour le Sahel, dont le Cardinal Paul Zoungrana a été le premier Président de 1984 à 1995.

CONCLUSION

Présenter en 30 minutes la figure et l’œuvre du Cardinal Paul Zoungrana n’est pas une entreprise facile, non seulement à cause de son long épiscopat de 35 ans sur le siège métropolitain de Ouagadougou mais aussi à cause de la richesse pluridimensionnelle de l’expérience du personnage concerné. Ce qui est sûr, la prétention à être exhaustif dans cette entreprise relève de la niaiserie. Chacun peut seulement apporter de la lumière sur le sujet de son point de vue. On dirait que le personnage est né pour être premier : il est l’aîné parmi ses frères et sœurs, parmi les trois premiers prêtres autochtones de son pays, premier prêtre autochtone de son pays à s’engager dans une société de vie apostolique, premier prêtre autochtone de son pays à être envoyé aux études, premier prêtre autochtone de son pays à avoir une compétence intellectuelle pluridisciplinaire, premier prêtre autochtone de son pays à être professeur au grand séminaire, premier archevêque métropolitain autochtone de son pays, premier Cardinal de son pays et de l’Afrique occidental, premier président de la Conférence Episcopale Burkina Niger, jusqu’à présent premier évêque autochtone de son pays à avoir le plus long épiscopat sur son siège, premier président du SCEAM. Malgré ces 11 instances où il a été premier, le Cardinal Paul Zoungrana ne s’est pas laissé gonfler d’orgueil ni ne s’est durci dans l’autoritarisme. Selon sa devise « in Christo et in Ecclesia », il a consacré toutes ses énergies à travailler humblement et assidument pour l’amour du Christ et de son Eglise.

Le Cardinal Paul Zoungrana n’ayant pas lui-même souffert du syndrome du culte de sa personnalité, ce n’est pas après sa mort que nous allons faire du « griotisme » à son endroit en présentant sa figure et son œuvre. Nous savons en effet que « celui qui plante n’est rien, celui qui arrose n’est rien : Dieu seul compte, lui qui fait croître » (1 Co 3,7). En présentant la figure et l’œuvre du Cardinal Paul Zoungrana, nous cherchons à interpréter l’action de Dieu dans la vie du serviteur qu’il s’est choisi pour mieux lui rendre grâce et lui obéir nous aussi dans notre vie afin que le Christ soit connu et que l’Eglise s’étende jusqu’aux extrémités de la terre (cf. Ac 1,8).

Ouagadougou le 29-04-2021

Abbé Jean Emmanuel KONVOLBO

paroleetvie@gmail.com

 

 

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