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L'Evêque de Koudougou : " Laver nos mains sans oublier nos cœurs "

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De la solitude du jardin des Oliviers à la solitude de la chambre de confinement.
La Pâques de 2020 ressemble vraiment à celle du Christ il y a plus de 2000 ans.
De la solitude du jardin des Oliviers à la solitude de la chambre de confinement, et au lavement des mains pour les purifier des germes du coronavirus de peur de contaminer les autres, quelle distance !

Cependant, comme jamais, cette année, nous n’atteindrons pas le sommet du Golgotha aussi vides, fatigués, exténués et angoissés !

Fatigués et angoissés d’entendre égrainer à longueur de journées, le nombre de morts qui donne froid au dos !

Comme jamais cette année, notre Pâques ne sera semblable à celle du Christ ! Couvre feu par-ci ! Confinement par-là !

Je n’avais pas pensé un seul jour que je serai mis en quarantaine, et surtout pendant le saint temps du Carême ! Mais au fond, cela m’a permis vivre une plus grande intimité avec mon Seigneur.

La grâce de la solitude

Il y a deux mille ans, tout a commencé par la solitude. Un désert découvert au fond d’un jardin d’oliviers pour être seul avec son Père qui paraissait ne pas répondre à l’angoisse qui envahissait son âme. Mais aussi un désert fait d’éloignement physique d’avec des personnes chères qui s’endormirent, le laissant seul au moment où il avait besoin de leur présence.

Et aujourd’hui, célébration de la Sainte Eucharistie dans une chambre de confinement face à la fenêtre largement ouverte comme pour contempler les arbres du Centre National Cardinal Zoungrana.

Percevoir par cette fenêtre entrebâillée le gémissement d’un monde en agonie : les sanglots, les gémissements difficiles à étouffer, les regards interrogateurs des parents et amis, le personnel soignant stressé, dépassé, les chercheurs qui ne trouvent pas la solution à ce mal dévastateur, le prêtre, le pasteur et l’imam qui demandent : Seigneur où es-tu ?

Et de cette fenêtre mon regard se fixe sur ces dizaines de milliers de femmes, d’hommes, de jeunes et d’enfants de tous âges qui observent les cercueils de leurs proches disparaître dans la nuit.

Et je vois cette jeune femme à qui on intime l’ordre d’observer la distance d’un mètre d’avec ceux qui se reposaient sur son épaule, qui la tapaient dans les mains en claquant du doigt ! Quel désert !

Même un mètre de distance me semble un abîme.
Jésus agonisant dans le jardin des Oliviers, Jésus agonisant dans les hôpitaux du monde entier ; Jésus qui s’offre sur cette table qui sert d’autel dans la solitude d’une chambre !

Tout cela, je dois l’offrir au Seigneur dans la confiance !
Le Seigneur Jésus avait lui aussi des demandes ; il avait peur du futur comme moi aujourd’hui, mais l’unique chose qu’il pouvait dire dans cette solitude est celle - là : « Que ta volonté soit faite ! » (Mt 6,10)

Laver nos mains sans oublier nos cœurs

Pendant que je me lave les mains avec angoisse en les frottant nerveusement l’une contre l’autre, je pense que jamais en ce Carême, nous n’avons été aussi semblables à Pilate.

Quel empressement à se débarrasser d’un poids aussi pesant ! Mais il y a des souillures que même vingt secondes de savon ou d’alcool ne peuvent enlever ! En lavant nos mains, puissions-nous penser à la purification de nos cœurs pour mieux contempler Dieu (cf. Mt 5, 8)

Punition de Dieu ? Non ! Occasion de nous convertir ? Oui !
Devant le monde en désarroi, en face de ce virus qui fait des ravages partout, certains pensent à une punition divine. Dieu se serait-il repenti d’avoir créé l’homme ?

Je ne crois pas à ce Dieu qui envoie la peste pour punir ! Je ne crois à ce Dieu qui suscite des terroristes pour châtier. Non ! Dieu ne peut vouloir ces croix pour nous ! Dieu ne peut pas vouloir ces croix pour celui ou celle qui souffre ! Ravisons-nous en notre rappelant cette réflexion de Jésus lui-même : « Ces dix-huit personnes que la tour de Siloé a tuées dans sa chute, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les hommes qui habitent Jérusalem ? Non, je vous le dis ; mais si vous ne voulez pas vous repentir, vous périrez tous de même » (Lc 13,4-5). Gardons-nous d’être dans l’erreur comme les amis de Job qui cherche à défendre la justice punitive de Dieu dans la souffrance de l’innocent.

Saisissons plutôt l’occasion du désarroi qui s’abat sur le monde pour réfléchir sur la précarité de la vie et sur la nécessité de nous convertir et de tenir constamment nos lampes allumées.

Nous sommes dans une période de souffrance.

Je ne pense pas seulement à la souffrance physique, mais aussi à nos églises fermées, aux chemins de croix et aux marches de carême qui n’auront plus lieu ; je pense aux célébrations eucharistiques sans fidèles. Ces moments si importants, si vitaux pour nous catholiques.

Le choix des évêques divise ; il laisse certains perplexes, et d’autres se demandant même si c’est la volonté de Dieu.

Même si comparaison n’est pas raison, rappelons-nous que Pierre non plus ne comprenait pas quand Jésus a voulu laver ses pieds ; mais le Maître lui a dit : « Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent ; par la suite tu comprendras » (Jn 13,7).
Ce qui est sûr, à la racine de la décision des évêques se trouve la charité, le bien de tous !

Temps de prière et de solidarité

Le Carême est un temps de prière. En ce temps de carême en période de pandémie, prions pour les malades, pour le personnel de la santé, pour les chercheurs de remède et de vaccin, prions pour le monde entier afin que le Seigneur mette fin à notre souffrance !

Le Carême est un temps de solidarité. En ce temps de Carême en période de pandémie, soyons Simon de Cyrène, prêts à aider qui est dans le besoin, même si nous ne le connaissons pas ; prêts à assumer la responsabilité de soutenir qui ne peut plus avancer par ses seules forces : les déprimés, les révoltés, les enfants en situation de rue, les drogués, les filles-mères rejetées, les déplacés, les nécessiteux de tout genre : toutes ces personnes qui ne sont pas de notre famille ni de notre Eglise, ni de notre ethnie, ni de notre parti, ni de notre groupe social…

Nous sommes appelés à être responsables des autres, responsables les uns envers les autres, même si cela coûte un peu de notre liberté.

Cette année, plus que jamais, nous arriverons au pied de la croix, fatigués, anéantis avec tant de questionnements, avec la faim de ce pain que nous avons rejeté : la solidarité, la fraternité, Dieu.

Mais je crois, plus que jamais, que cette année nous serons mieux préparés à accueillir la joie de la résurrection.

« Dans la mesure où nous participons aux souffrances du Christ, réjouissons-nous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, nous soyons aussi dans la joie et l’allégresse » (cf. 1P 4,13). Amen !

Joachim Herménégilde Ouédraogo
Evêque de Koudougou

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