Insécurité/Initiative d’Accra : les africains doivent compter sur eux-même

Soumis par Redaction le sam 03/12/2022 - 00:00
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Voici des années que la Sahel est confronté à une insécurité grandissante qui a servi d’alibi à des forces étrangères d’investir tout son espace, venant, disent-elles, pour combattre le terrorisme, mais sans avoir de résultats, luttant depuis huit ans contre les forces du mal, sans résultats tangibles au point où les populations s’en sont offusquées pour demander le départ pur et simple des troupes étrangères inefficaces. Mais un tel discours ne pouvait pas plaire à la France qui, au lieu de l’écouter et de l’entendre, en a vu un sentiment anti-français qui ne se justifie que par les manipulations d’autres partenaires et notamment de la Russie, accusant pour se faire bonne conscience et s’éloigner d’une bonne compréhension du problème, du malaise sahélien, et de sa solution, portant la faute sur les réseaux sociaux qui seraient pour elle, eux aussi, manipulés, pour détruire son image et révolter les populations. Dans cette veine elle s’en prenait à Nathalie Yamb, à Kemi Séba et au Niger à Maikoul Zodi. Des boucs émissaires tout trouvés. A tort. On ne peut pas comprendre que ce pays qui se targue d’être un donneur de leçons en matière de démocratie et de droits humains, fière de son Histoire et de l’héritage des siècles des Lumières, se comporte ainsi, incapable d’avoir une lecture lucide de la dégradation de sa relation avec le continent. Et les Africains ne comprenaient pas pourquoi, quand un peuple dit ne pas vouloir de quelqu’un, celui-ci insiste à s’imposer à lui comme s’il pouvait plus s’inquiéter pour lui que le peuple lui-même.

A travers tout le Sahel, les peuples ont crié leur ras-le-bol, exprimant leur ressentiment vis-à-vis de cette France qui tient encore et toujours l’Afrique par ses crocs féroces de prédateur impénitent.

Le hic étant que les populations auront beau crier leur désamour pour la France, leurs autorités qui lui sont soumises pour travailler plus pour elle que pour leurs peuples, ne peuvent rien entendre de leur détresse et de leur besoin de se libérer.

L’on sait pourtant qu’ils sont nombreux, pour ne pas dire tous, à reconnaitre que les peuples avaient raison d’exiger une autre approche pour affronter la menace terroriste qu’on ne peut forcément vaincre qu’avec une expertise extérieure douteuse mais de bien avec des compétences militaires nationales formées, elles aussi, dans bien de cas, dans les mêmes grandes écoles militaires du monde.

Des dirigeants-sous-préfets de la France

Pour notre fierté, aucun des présidents ne peut oser porter le discours affranchi et décomplexé de son peuple en face d’Emmanuel Macron, et joue aux complexés, cherchant à plaire plus à la tutelle française qu’aux peuples. Mais on peut le comprendre quand pour bon nombre d’entre eux, ils ne sont arrivés au pouvoir ou ne se sont maintenus au pouvoir que par la seule volonté de cette même France dont, ils ne peuvent, sensément, par gratitude sans doute, contrarier le discours. Pourtant, ils savent, tous, qu’ils ne peuvent avoir de chance de s’en sortir de ce phénomène de l’insécurité en continuant à sous-traiter la sécurité de leur espace avec des partenaires impérialistes qui n’en ont aucune volonté, trouvant le moyen de se nourrir dans le chaos qu’ils peuvent créer chez nous.

L’initiative d’Accra, une perche à saisir ?

Quand on voit ce qui se passe au mali, et depuis quelques jours au Burkina, et au Niger même si ici le mouvement est quelque peu circonscrit, l’on ne peut que comprendre le caractère irréversible de la marche du continent, sinon, du Sahel, vers sa maturité pour décider pour elle-même et par elle-même.

Fin de barkhane, qu’y a-t-il à faire que de s’organiser entre Etats africains ?

C’est la France qui donne aux pays de la sous-région, la chance de se réorganiser pour prendre en charge leur sécurité, par leurs hommes et par leurs propres moyens. On ne peut, a priori, que s’en féliciter quand, enfin, les Africains peuvent comprendre que leur sécurité relève exclusivement de leurs responsabilité car partie intégrante de leur souveraineté inviolable qu’ils ne peuvent céder à un autre. On peut lire sur le site de la D.W.com, un article intitulé « Une task force ouest-africaine contre le djihadisme » qui précise que « Cette force, composée de 10.000 hommes, sera basée à Tamalé, au Ghana. Elle comprendra un volet renseignement à Ouagadougou, pour lutter contre le terrorisme ». Le nombre de pays qui se mettent ensemble pour un tel objet, ne pouvant plus compter sur les forces occidentales, montre la prise de conscience chez les Africains de ce que leur sécurité est d’abord leur problème avant d’être celui d’un autre et notamment de l’Europe qui s’en sert comme prétexte pour repousser ses frontières jusqu’en Afrique où elle vient déployer ses forces, prétendant se protéger dès le continent de la menace djihadiste. Ainsi, on apprend du site que, sans trop attendre, « Les chefs d’Etat et de gouvernement des États membres de l’Initiative d’Accra, regroupant le Burkina Faso, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Ghana, le Mali et le Togo, […] annon[çaient] mercredi (23.11.2022), dans la capitale ghanéenne, l’opérationnalisation d’une Force nationale multinationale dans un délai d’un mois ».

La situation est d’autant préoccupante dans la zone qu’on ne saurait perdre le temps. Avant que la France humiliée et rejetée ne parte, il faut se mettre en rang pour éviter des surprises en occupant l’espace avec ses propres soldats et sa propre logistique. C’est ce que les Etats ouest-africains sont en train de faire et ils n’ont pas tort d’avoir cette vigilance.

Entre autres stratégies à maitriser, il y a les renseignements que l’Initiative d’Accra a décidé de partager entre les États et entre les armées.

Mais il faut reconnaitre qu’il s’agit d’un projet ambitieux qui, au regard de l’envergure de ses options, demande des moyens colossaux dont on se demande si les États ont vraiment la possibilité de les couvrir. En tout cas l’on apprend que « Pour rendre fonctionnelle la force anti-terroriste, l’Initiative d‘Accra a besoin d’environ 550 millions de dollars américains et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la Cédéao, s’est dite disposée à contribuer à la mobilisation de ce fonds ». Pour le reste, les Etats-parties, peuvent-ils être prêts à mettre la main à la poche pour compléter le budget ainsi décidé ? C’est le choix qu’impose le sens de la responsabilité car il ne sert à rien de dire qu’on n’a pas besoin d’un autre, et lui demander en même les moyens de ses initiatives. Le temps est venu de se prendre en charge en consentant les moyens nécessaires pour assurer la sécurité des ses populations

Le temps du réveil est enfin arrivé.

ISAK/Diasporaniamey

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