Devant le Tribunal : Venu libre à la barre pour s’expliquer, il repart menotté

Soumis par Redaction le mer 29/12/2021 - 07:20
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Accusé d’escroquerie, Zakaria a répondu de ses actes devant le TGI Ouaga 1 dans la mâtinée du mardi 28 Décembre 2021. Venu libre pour comparaître en citation directe,  il est reparti menotté vers les geôles de la MACO avec 18 mois de prison ferme comme peine. Il se serait fait passer pour un comptable et escroqué une somme de 71 000f à Lassina, son ami d’enfance.

 

 «On n’est trahi que par ses proches amis». S’il y a bien une personne qui aura désormais bien saisi le sens de cette citation de Amadou Kourouma, c’est certainement Lassina. Etudiant en faculté des Lettres modernes à l’université Joseph Ki ZERBO, il a fini le premier cycle universitaire depuis plusieurs mois. Licence en poche, c’est  tout espoir nourri  qu’il passe chaque année les concours de la fonction publique, en espérant décrocher l'un des métiers de l’Etat qui le fera sortir du rang des jeunes chômeurs Burkinabè. C’est d’ailleurs pendant qu’il préparait l’un de ces concours d’Etat, qu’il a retrouvé Zakaria, un de ses amis d’enfance qu’il avait perdu de vue depuis le secondaire. Dans la causerie et les échanges  à la « dis moi ce que tu deviens», il  découvre un ami qui a réussi et qui n’envie rien à personne. Zakaria  est comptable dans une importante société minière du pays et  gagne bien sa vie. Du moins, c’est ce qu’il lui fait savoir. « Moi je n’ai plus rien à faire des concours de la fonction publique. J’ai réussi et je rends grâce», lui lance en passant, le pseudo Comptable. Mieux, il se propose  de l’aider à émerger lui aussi. Une proposition qui n’est pas pour déplaire à Lassina.  Lui qui, depuis  maintenant plusieurs mois rase les murs à Ouagadougou, diplômes et CV  en mains, à la recherche d’un job.

Les contacts sont aussitôt échangés et Zakaria “le comptable” promet de le relancer  au cas où une opportunité se présenterait.  Justement, deux jours après, alors qu’il était rentré au village, Lassina est contacté par son ami Zakaria : «Envoie moi tes dossiers au plus vite! La mine dans laquelle je travaille, recrute», l’informe t-il.

 Lassina saute de joie. Le même soir, le dossier est constitué et transféré à son bienfaiteur qui promet de lui revenir, dès que le dossier  sera retenu. Dès le lendemain, son portable sonne, c’est Zakaria. Ce dernier l’informe qu’il  a négocié avec le Directeur de la mine pour que le dossier soit retenu et que c’est désormais chose faite. Mais, lui confie-t-il, il y a une condition à remplir : il faut réserver la place. Et pour cela, le boss exige la modique somme de  75000f, à envoyer le plus vite possible. La balle est donc désormais dans le camp de Lassina qui, rongé  par le chômage, ne peut se permettre de laisser passer une telle opportunité. Comme son prêt FONER  vient de tomber, c’est donc une chose de réglée. Il transfert la somme requise à Zakaria qui lui promet un retour. Deux jours après, alors qu’il s’attendait à un appel pour prendre service, il est informé une fois de plus de l’existence de certains dossiers à remplir. Et pour cela, il faut encore  une somme de 12500f. Ne se doutant de rien, Lassina vide son compte et transfert la somme demandée.

Son ami “bienfaiteur” lui recommandera alors  de rester à l’écoute, le prochain appel sera certainement pour sa prise de service. Cependant, des jours passent, laissant place à des semaines et puis un mois, mais toujours pas de signe de son ami. Après plusieurs tentatives, il parvient finalement à joindre Zakaria qui l’invite  à rentrer illico presto sur Ouagadougou pour le départ à Banfora où se trouve la mine. Lassina saute dans le premier car et arrive à Ouaga. Mais à son arrivée, c’est encore le silence radio. Point de trace de Zakaria. Son numéro non plus ne passe pas. Après moult tentatives vaines, Lassina passe une première nuit à la gare, puis deux jours. Voilà bientôt deux semaines, qu’il séjourne à  Ouagadougou sans nouvelles de Zakaria. Il en vient à l’évidence qu’il s’est fait duper. Avec l’aide de certains amis à Ouaga, il réussit enfin à mettre la main sur son faux ami et à le trainer devant les autorités. Mais là bas, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il apprendra que son prétendu  ami  était déjà bien fiché dans les registres de la police. Recherché qu’il est, pour avoir escroqué plus de   33 personnes. Lassina n’en revient pas. Il est encore plus abasourdi, quand il apprend que loin d’être un comptable, Zakaria est juste un maintenancier électronique. Toutefois, l’indélicat ne sera pas incarcéré. Une convocation lui est simplement remise pour une  comparution en citation directe devant le Tribunal. C’est donc libre, qu’il comparaîtra devant le Tribunal.

« J’ai moi aussi été dupé par quelqu’un…»

C’est d’ailleurs un Zakaria détendu qui se présente à la barre en cette matinée. Visage souriant, il prévient le Tribunal qu’il a des problèmes de diction. Tout en prenant acte de cela, le juge débute son interrogatoire.

  • «Reconnaissez-vous les faits d’escroquerie qui vous sont reprochés ?»

«Non !», s’empresse le prévenu de répondre.  « J’ai moi aussi été dupé par quelqu’un», confie-t-il. Selon ses explications,  il s’est fait lui aussi duper par un escroc dénommé Traoré Moussa. Il dit l’avoir rencontré sur les réseaux sociaux et ce dernier  s’est présenté à lui comme  étant le Directeur général d’une mine dénommé Grizzford. «Il m’a dit que sa société souhaitait recruter des gens à Ouaga et il voulait que je l’aide», confie l’accusé.  C’est  ainsi, poursuit-il, qu’il s’est retrouvé sans le vouloir, dans cette affaire, lui-même ne sachant pas qu’il s’agissait d’une duperie. D’ailleurs, tout ce qu’il a  récolté comme argent et  dossiers ont été envoyé à Traoré Moussa qui prétend être à Banfora, souligne le prévenu. Des 33 personnes enrôlées, il dit avoir récolté en tout la somme de 2 millions de francs. «Je lui ai tout transféré.  Il m’a juste remis 100 000f. Je ne savais  pas qu’il ne me disait pas la vérité» a-t-il affirmé.

«N’insultez pas notre intelligence ! Ce que vous dites n’est pas vrai !» l’interrompt l’un des  juges, visiblement outré par la version que débite le prévenu. « Vous vous êtes fait passer pour un comptable alors que vous ne l’êtes pas. Est-ce que vous êtes un comptable ? Vous avez même fait venir la victime en la faisant croire que c’est pour prendre service alors que c’est faux ! Vous nous prenez pour des enfants ou quoi ? », le Tribunal de le sermonner. Face à ces remarques, le prévenu n’eut aucun mot à dire.

Le parquet quant à lui,  n’est pas allé par quatre chemins dans son réquisitoire, pour charger le prévenu. Pour lui, l’accusé est bel et bien un escroc. Il a un mode opératoire bien connu qu’il applique. Il se fait passer pour un comptable et fait croire à ses proies qu’il peut leur trouver un emploi. Cette méthode est bien connue et c’est la même qu’il a appliqué  à toutes les 33 personnes escroquées.  Zakaria est donc un patent escroc qui doit être reconnu comme tel et puni sévèrement. En vertu de cela, le ministère public a requis qu’il lui soit appliqué une peine d’emprisonnement  de 12 mois et une amende de 250 000f le tout ferme.

Après concertation avec ses assesseurs, le juge a également jugé nécessaire de retenir Zakaria dans les liens de la prévention.  Le déclarant coupable des faits d’escroquerie qui lui sont reprochés, il l’a condamné à 18 mois de prison et une amende de 250 000f le tout ferme, plus le versement de la somme de 104 250f réclamée par  la victime.

Venu libre au Tribunal, Zakaria est donc ressortie menotté et traîné par la Garde de sécurité Pénitentiaire vers les geôles de la MACO où, il passera 18 mois  de méditation.

Image illustrative

Georges TOE

Zoodomail.com

 

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