Devant le tribunal

Six gendarmes accusés de corruption (suite) : «ce sont quelques éléments de la hiérarchie qui veulent nuire à notre brigade», selon T. Karim

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Le procès des six sous-officiers gendarmes T. Karim, Y. Fidel, D. Issa, S. Mickaïla, N. Abdoulaye, O. Adama et du commerçant S. Alassane poursuivis pour des faits de corruption, de concussion, d'escroquerie, d'abus de confiance et de blanchiment de capitaux a repris le mercredi 29 juillet 2020 au TGI de Ouagadougou.

L'audience s'est poursuivie avec l'audition des victimes. Tous commerçants, appelés à la barre, ils disent toujours avoir remis des sommes d'argent à l'un ou l'autre des gendarmes à l'exception de N. Abdoulaye. Des sommes qu'ils auraient remises afin que des produits prohibés tels que des explosifs ou encore des médicaments qu'ils avaient en leur possession ne soient saisis par ces derniers.

Ouedraogo Abdala par exemple dit qu'il a été arreté à trois reprises dans des six-mètres par Y. Fidel, T. Karim ou encore O. Adama qu'il indexe devant le tribunal. Quant aux prévenus, ils répliquent que ce ne sont que des allégations contre eux. T. Karim lui, sa réponse se résume à cela «ce que je sais, je n'ai rien fait».

Me Ziba, représentant le RENLAC est par ailleurs revenu sur les conditions d'arrestation du prévenu O. Adama pour tenter de comprendre si son commandant de brigade gendarmerie de baskuy est intervenu ou pas suite à leur arrestation puisqu'il affirme l'avoir informé au préalable de leur opération de saisine.

O. Adama répond que son commandant de brigade est intervenu mais que ceux qui les ont arrêtés n'ont pas pris en compte ses déclarations et ont qualifié leur "brigade de hors la loi".

D'où le tribunal de lui demander pourquoi ces derniers appellent leur brigade hors la loi. O. Adama dit qu'il ne sait pas et que c'est peut-être leur commandant de brigade qui peut répondre à cette question.

La vidéo d'un commerçant incrimine T. Karim et O. Adama

Par ailleurs, une vidéo montrant l'immobilisation d'un camion de marchandise devant le magasin d'un commerçant a été présentée au tribunal par le procureur. Et dans cette vidéo, T. Karim et O. Adama se sont reconnus dans les images. Ils sont interrogés à ce propos car un des commerçants auteur de cette vidéo, affirme que ce sont ces deux prévenus en plus d'un autre gendarme qui apparaît sur la vidéo, mais qui ne comparaît pas à la barre qui aurait procédé à cette saisine. Il dit avoir négocié avec eux à 1 million pour qu'ils n'emportent pas la marchandise.

T. Karim en réponse dit qu'il s'était arrêté en ces lieux juste pour se payer une cigarette et fumer. Même chose pour O. Adama, il n'a aucunement effectué une opération de saisine là bas. Il habite à Tanghin, et c'est à sa descente de service qu'il aurait fait un crochet pour aller voir T. Karim qui habite à Dapoya.  

Après le visonnage de la vidéo, c'est Compaoré Séni, un autre commerçant qui est entendu. Il déclare avoir été arrêté à deux reprises, la première fois par D. Issa et S. Mickaïla, la deuxième par O. Adama et Y. Fidèle. Ils lui auraient pris respectivement 200 000 francs et 300 000 en échange de la non saisine de ses médicaments prohibés.

Suite à ces déclarations, Me Ouedraogo d'interroger Compaoré Séni de la cause de cette affirmation différente de celle qu'il a donné au parquet soutenant que c'est à plusieurs reprises qu'il avait été arrêté. Compaoré Séni fait entendre que c'est effectivement à maintes fois que cela est arrivé mais il a préféré se limiter au deux parce que «c'est trop, je ne peux pas tout compter», dit-il.

S. Alassane quant à lui, reste constant dans ces déclarations. Il a parfois servi d'intermédiaire entre les commerçants et certains des prévenus mais il n'a jamais reçu d'argent d'aucune des deux parties. Il pensait bien faire, clame-t-il.

Mais face à l'insistance des autres prévenus à réfuter toutes ces accusations des commerçants et à assurer qu'ils ne les ont jamais vu. Le tribunal leur demande ainsi quel pourrait être, l'intérêt selon eux de tous ces commerçants à les accuser à tort?

C'est une conspiration, se défendent les accusés

Pour D. Issa et T. Karim c'est une conspiration contre eux. Ils ajoutent même que leur instruction a été montée de toutes pièces,  «ce sont quelques éléments de la hiérarchie qui veulent nuire à notre brigade», soutient T. Karim. Questionné par le tribunal sur l'identité de ces éléments, T. Karim confie qu'il ne souhaite pas se prononcer plus sur la question.

Le RENLAC par la voix de son représentant, Me Ziba s'est constituée partie civile et réclame 1 franc symbolique, plus 1 million pour les frais exposés. Ses efforts dans la défense des valeurs telle que la probité dans l'administration publique ont été sapés de leur point de vue. Leur attente se résume à en croire Me Ziba que justice leur soit rendue.

Le procureur pour ses réquisitions a estimé que pour ce qui est de N. Abdoulaye en dehors des circonstances de son arrestation, il n'a été cité par aucun des commerçants comme ayant reçu de l'argent de leur part tout au long de l'instruction. Le parquet ne dispose également pas d'éléments tangibles et irréfutables à son encontre d'où il demande sa relaxe au bénéfice du doute.

En ce qui concerne, S. Alassane, c'est le fait de complicité de corruption qui est caractérisé à son égard d'après le ministère public. Cependant, considérant qu'il contribué à la manifestation de la vérité tout au long de la procédure. Le procureur pense qu'il pourrait bénéficier d'excuses atténuantes et requiert contre lui 24 mois de prison et 1 million d'amende, le tout assorti du sursis.

Par contre, pour ce qui est des cinq autres prévenus, les infractions sont amplement constituées aux yeux du ministère public qui fait observer qu'ils sont des "fossoyeurs de la légalité". Il n'entend pas non plus permettre qu'ils ternissent l'image de l'institution. Ainsi, il requiert 60 mois de prison ferme pour chacun en plus d'un mandat de dépôt. Pour les amendes également fermes, T. Karim doit payer 11 millions, 9 millions pour Y. Fidel, O. Adama 9 millions et S. Mickaïla 4 millions.

Suspendu tard dans la soirée, l'audience continuera le 6 août 2020.

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F.TAPSOBA

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