Justice

Affaire Terrain de Pazanni attribué à la FAIB : « C’est une volonté du pouvoir de sacrifier la justice au nom d’une prétendue cohésion sociale », Dr Sawadogo Issaka

Soumis par Redaction le ven 14/05/2021 - 15:58
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Depuis Octobre 2020, une crise née de la démolition d’un édifice religieux à Pazanni situé dans l’arrondissement 09  de la commune de Ouagadougou, suite à l’exécution d’une décision de justice, affecte le climat social. A l’origine entre deux individus, la crise a par la suite eu d’énormes répercussions au sein de la population. Cette situation a emmené le gouvernement à prendre des mesures conservatoires à l’effet de préserver la paix et le climat social. Il a donc été décidé en conseil des ministres en date du 05 mai 2021 de l’expropriation du terrain litigieux pour cause d’utilité publique, de l’attribution dudit terrain à la FAIB pour la réalisation d’infrastructure au profit de la communauté islamique et de la cession d’un autre terrain à Monsieur Ouédraogo Jacques, attributaire légal du terrain litigieux, en guise de compensation.  Cette décision du gouvernement a fait des gorges chaudes au sein de la population et surtout dans l’appareil judiciaire depuis son annonce. Une équipe de reportage  de votre Journal en ligne Zoodomail est allée à la rencontre des citoyens burkinabè pour recueillir leurs avis sur la question. Si pour certains, la décision du gouvernement est salutaire, pour d’autres par contre, elle constitue une atteinte à l'autorité du  pouvoir  judiciaire. Lisez plutôt !

 

Dr. Sawadogo Issaka, enseignant chercheur à l'université Joseph Ki ZERBO

 

« Cette décision est une volonté du pouvoir actuel de sacrifier la justice au nom d’une prétendue cohésion sociale »

Cette décision est une volonté du pouvoir actuel de sacrifier la justice au nom d’une prétendue cohésion sociale. L’affaire Pazanni est juste un cas parmi tant d’autres. Il y a eu des cas similaires ici au Burkina Faso. Cela traduit l’ampleur de  l’influence qu’exerce le pouvoir exécutif sur le judiciaire dans notre pays et c’est dangereux. C’est vrai que le Burkina Faso traverse une crise actuellement, mais ce n’est pas en sacrifiant les valeurs cardinales de la nation que nous arriverons à bout de cette crise. Les questions de justice sont très sensibles dans un pays. Aussi, ce que les autorités oublient c’est que le même problème qui se pose à Pazanni peut survenir à l’avenir dans d’autres contextes et où il lui sera impossible de faire la même chose. Et c’est cela qui entraîne les injustices parce qu’il n’y a pas deux poids deux mesures. Les mêmes mesures qui sont appliquées pour le cas de Pazanni devront aussi être appliquées si des cas similaires se présentent à l’avenir.  Toute chose qui ne sera  pas possible.

 

 

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Dramane Gnégné, entrepreneur

« Entre deux maux, l’Etat a choisi le moindre mal… »

A mon avis, le gouvernement a choisi de régler le litige de façon pacifique. Il est vrai que dans les normes le terrain ne pouvait pas être attribué à la FAIB, mais je ne crois pas que cette décision ait été prise du jour au lendemain sans qu’il n’y ait eu au préalable une entente entre  les deux parties. Aussi,  Il arrive souvent que dans certaines situations, on mette la raison de côté  pour  résoudre certains problèmes et éviter qu’ils n’en entraînent d’autres  encore plus graves. Et je pense que c’est ce que l’Etat a fait.  Sans connaître le véritable fondement d’une telle décision, je me dis que l’Etat a choisi le moindre mal entre  deux maux, et que  cette décision a été prise dans le souci d’éviter une éventuelle crise religieuse. Les magistrats et les avocats ont pour leur part, raison de manifester leur mécontentement mais dans le cas de figure où  la cohésion sociale est en jeu je pense que l’Etat a pris la bonne décision. Nous savons tous combien de fois les questions de religion sont sensibles dans notre pays.

 

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Bonkoungou Patarb-taallé, acteur de la société civile

« La décision du gouvernement est  une atteinte grave à l’autorité du pouvoir judiciaire  de notre pays… »

La décision du gouvernement est  une atteinte grave à l’autorité du pouvoir judiciaire  de notre pays parce que nous sommes dans un Etat de droit et de démocratie. Et à partir du moment où nous sommes dans un Etat de droit, il est inconcevable que l’on permette à certaines personnes de fouler au pied les lois qui régissent cet Etat. La justice étant un organisme indépendant et à part entière, je pense que lorsqu’une décision judiciaire est prise, rien ni personne ne doit pouvoir l’annuler pour quelle que raisons que ce soit, car nul n’est au-dessus de la loi. La raison avancée par les autorités n’est pas fondée, parce que si vraiment l’on recherche la paix sociale, ce n’est pas la bonne procédure à suivre d’autant plus que cette démarche peut elle-même engendrer une autre situation délétère.

 

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Konaté Mahama- Sani, enseignant

« La FAIB elle-même ne devait pas accepter le terrain »

Sur cette question, moi j’ai l’impression depuis un certain temps, que nos autorités ont développés une certaine crainte à l’égard des communautés religieuses. Et cela devient vraiment inquiétant. Dans cette affaire, l’Etat n’avait même pas de décision à prendre, puisque cela n’est pas de son ressort mais de celui  de la justice qui est un pouvoir indépendant. Et cette justice a tranché. Alors,  le pouvoir exécutif devrait seulement accompagner  au besoin,  la décision de justice et veiller à son application. La FAIB elle-même en tant qu’institution islamique qui prône la justice et l’égalité entre les hommes ne devrait pas accepter le terrain parce que ce n’est pas cela que l’islam recommande.

 

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Ouédraogo Mahamadi, activiste

« Il faut que l’autorité se ressaisisse »

 

Le gouvernement n’a pas mûri la réflexion avant de décider d’attribuer le terrain litigieux à la FAIB.  Je pouvais même comprendre si l’on décidait,  soit d’y construire une école soit d’en faire autre chose mais le fait de l’attribuer à la FAIB ne règle pas le problème puisque nous sommes dans un pays laïc et où tout le monde n’est pas musulmans. L’une des raisons avancées est que c’est le propriétaire légal du terrain, Jacques Ouédraogo lui-même qui a décidé de concéder le terrain, mais rien ne prouve en vérité qu’il n’ait pas été contraint à laisser le terrain. Je pense que logiquement pour résoudre le problème, l’Etat devait attribuer le nouveau terrain à la FAIB et permettre au propriétaire légal de conserver son terrain. Il faut que l’autorité se ressaisisse d’autant plus que c’est elle qui est censée veiller au respect de l’égalité et de la justice sociale.

 

Beoogo Madou, étudiant

« Cette affaire crée un précédent dangereux qui peut ressurgir à l’avenir »

 

Il est clair dans cette situation l’Etat a passé outre la loi. Le terrain appartient au monsieur et la justice même l’a reconnu. Dans le communiqué, l’Etat reconnait que le terrain appartient légalement à monsieur Ouédraogo mais veut que  pour une question de cohésion sociale, le terrain soit attribué à la FAIB. En disant cela, l’Etat laisse sans le savoir un message dangereux selon lequel,  lorsqu’un cas similaire se présentera à l’avenir, c’est la même démarche qui devra être adoptée puisque nous sommes tous égaux devant la loi. Cette affaire crée un précédent dangereux qui peut ressurgir à l’avenir.

Propos recueillis par Oumarou Konaté (Stagiaire)

 

 

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Commentaires

Soumis par Kam noel (non vérifié) le sam 15/05/2021 - 08:58

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Il est souvent important de faire un mixage du genre dans les reportages.courage à vous Mr Konaté

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