Culture

Certains artistes musiciens : l’Etat serait-il devenu leur employeur ?

Soumis par Redaction le mar 12/02/2019 - 07:44
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Dans un passé très récent en Afrique, réaliser une œuvre discographique relevait de l’exploit voire même, un véritable parcours de combattant. Aujourd’hui les œuvres inondent les médias et les artistes musiciens abondent les espaces publics.

Depuis les années 2000, la démocratisation des homes studios et de la musique assistée par ordinateur a diminué les coûts de production. De plus, Internet permet la diffusion mondiale et la vente en ligne. Ce contexte encourage le développement de l’autoproduction et l’apparition des labels sur le Net. Mais, malheureusement, certains artistes ne savent pas s’en servir et parfois la qualité de leurs œuvres laisse à désirer.

Refusant de se remettre en cause, ils préfèrent jeter l’anathème aux structures qui gravitent autour de leur profession Notamment : les Managers, les médias, les animateurs, les journalistes, les promoteurs de spectacles, les téléphonies mobiles, les discothèques, les DJ, le BBDA, leur Ministère de tutelle et même l’Etat Burkinabè est pris en partie. Selon certains ; ils affirment que si leurs œuvres ne décollent, c’est à cause des «autres».

Depuis l'Antiquité, la musique fait l'objet de considérations contradictoires, et sans compter surtout l'évolution du sens donné à cet art qui englobe ou non la danse et le chant. Elle possède donc un statut ambigu pour de nombreux auteurs et par conséquent, il n’y a pas de véritables recettes. On peut certes, partir de rien, et devenir une star. Mais tout art possède des codes. Le principal code, c’est le travail.

Ce qui commence à dépeindre cette profession, c’est le manque de talent dont beaucoup font preuve. Ils estiment que, le seul fait de dire qu’on est artiste, on doit mériter des mêmes traitements de faveur que les autres artistes. Pourtant, le principal juge et employeur de l’artiste musicien, c’est le public. Ce public est certes profane, mais il réagit en fonction de ses sensations. Par conséquent, on ne peut leur forcer à aimer systématiquement une œuvre, encore moins les obliger à écouter.

Paradoxalement, le secteur culturel le plus médiatisé au Burkina Faso, est la musique. Mais malheureusement, c’est le secteur le plus grincheux et le moins rentable. Pas un trimestre ne s’écoule sans qu’ils ne se fassent pas entendre. Ils se plaignent de tout et vont même jusqu’à exiger des reformes chimériques qui n’ont parfois aucun rapport avec leur profession. A la limite, on est tenté de se demander ; si le seul métier culturel qui existe au Burkina Faso, c’est la musique.

Pourtant, chacun devrait vivre aisément de son art à la limite de ses moyens et de ses compétences, sans l’aide de l’Etat. Si aide adviendrait, ça ne pourrait qu’être qu’un bonus ou une marque de reconnaissance, comme ce qui se fait dans certaines disciplines.

Nous sommes curieux de constater que les autres disciplines comme le théâtre, l’Art plastique ou encore la danse professionnelle sont suffisamment bien organisées, tant sur le plan artistique que financier. Il ressort qu’il existe de nombreux peintres burkinabè qui brassent des centaines de millions hors du Burkina à travers leurs œuvres sans le soutien de l’Etat. Parfois, nos autorités sont surprises dans certaines pays de voir que les tableaux ou autre ouvrages de nos artistes sont installés dans des grands édifices. Ils ne se plaignent presque jamais de leurs conditions, pourtant, ils ont aussi suffisamment des problèmes. Mais visiblement et artistiquement parlant, ils sont bien nantis. Idem pour nos chorégraphes et autres.

Nous remarquons également que le succès des autres disciplines culturelles sur le plan national et international réside sur la force, qu’ils ont inculquée dans le réseautage et la fédération. Le théâtre, la danse, l’Art plastique…doivent leur ascension grâce à la fédération de leur savoir-faire. Certes des dissensions existent et les actions sont menées aussi individuellement, mais l’unité du groupe et le respect de la corporation priment toujours. Mais dans la musique, les associations, les fédérations et autres rassemblements n’existent que pour se plaindre, revendiquer et censurer. Ils ne s’unissent pas pour fédérer leur savoir-faire ou créer mais toujours pour s’apitoyer sur leur sort.

Les deux facteurs qui entravent cette discipline sont : le travail et l’organisation. Si on ne travaille pas on ne peut pas s’organiser.

Remarquez que, tous les artistes musiciens qui travaillent (bien que parfois le talent ne soit pas au beau fixe), ils sont récompensés à la hauteur de leur attente. Ceux qui se plaignent généralement se cachent derrière leur statut de musiciens refusant de se remettre en cause.

Je suis parfois indigné quand, j’observe certains créateurs exiger de certaines structures publiques comme privées, de modifier leur fonctionnement et leur cahier de charge, afin de les satisfaire. Jusqu’à preuve de contraire, le Burkina est pays libre. Autant, on n’oblige personne d’exercer un métier, autant aussi, on n’obligera aucune structure, de revoir contre son gré, son fonctionnement.

Faire de la musique, ce n’est faire du social. L’industrie musicale a un coût et le marché est aussi concurrentiel. On ne peut pas considérer les artistes au même titre que les autres, prétextant que c’est pour une cause nationale. Nous sommes dans un marché et non dans une église. Acceptons que certains soient plus nantis que d’autres. Battons-nous plutôt à devenir comme eux et non, à leur ramener à notre châtiment.

C’est cette différence qui fait la beauté de cet art. Des évènements culturels d’envergure internationale d’un pays exigent que l’organisation et le choix artistiques soient drastiques et concurrentiels. C’est une vitrine pour ces pays de s’ouvrir au monde. Par conséquent, les œuvres qu’ils présentent doivent être de qualité et épousant des normes internationales. Autant donc faire des bons choix avec une palette d’artistes réduite pour une rémunération consistante. Au lieu de faire du social avec des œuvres de moindres qualités, pour des spectacles mitigés. Mais, s’il faut exiger de l’Etat des cachets faramineux, sans remettre en cause la qualité de la production artistique, je trouve que nous naviguons à contre-courant. Beaucoup ne prennent pas suffisamment le temps de se former, de patienter, de lire et de chercher à comprendre les textes et le fonctionnement des structures qui utlilisent leurs oeuvres.

L’autre aspect qui me parait ahurissant, c’est l’ingérence de certains artistes musiciens sur la gestion des structures étatiques à vocation culturelle. Pourtant, elles possèdent des représentants qui siègent dans ces structures. La question de gestion et de maintenance des salles a toujours été un problème épineux au Burkina Faso. Bien que l’ensemble des salles de spectacles ait été remis aux différentes municipalités pour gestion, rien ne semble aller dans le bon sens. La mythique salle Reemdoogo (Jardin de la Musique) est devenue l’ombre d’elle-même (pour ne citer que cette salle). Elle est tombée en disgrâce uniquement parce que les consommateurs (artistes, mélomanes, administration…) l’ont rendu libérale, tolérante, souple et compatissante. Résultat : elle est devenue presqu’une poudrière. Simplement parce que : «C’est l’Etat qui s’en charge. C’est notre Maison à nous tous. Et tout le monde peut y avoir accès ».

C’est au tour du CENASA de subir les mêmes pressions. D’aucuns vont même déjà à exiger que l’on diminue le coût de la location par deux «afin que tout le monde puisse y avoir accès». Comme ça appartient à l’Etat… la même rhétorique revient…
Si l’on n’y prend pas garde, dans 5 ans, nous ferons le bilan.

Le sujet est assez vaste et les «nids de poule » sont multiples. Mais là où je reste souvent dubitatif, c’est quand je constate par exemple, que de nos jours ; certains artistes musiciens en herbe, demandent à l’Etat de subventionner leur album, voire leur single. Ils vont même jusqu’à demander une audience !
Ils appellent ça aussi «Aide à la création».

 

Hervé Honla

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Commentaires

Soumis par Angamiri (non vérifié) le mer 13/02/2019 - 12:43

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Claire et limpide comme l'eau de la guinguette. Un artiste musicien talentueux et bosseur devant l'éternel n'a nullement besoin de subvention pour realiser ses oeuvres pour vivre. A l'instar de mon MECANO ou mon couturier.

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