Burkina Faso: les promesses d’un « gouvernement de combat »

Soumis par Redaction le lun 21/11/2022 - 21:54
'zeqs

Depuis le 30 septembre dernier, le pays des hommes intègres est entré dans une énième phase de ses transmutations politico-militaires. Un long règne suivi d’un soulèvement populaire, une élection démocratique et deux coups d’État militaires ont refaçonné le paysage politique du Faso. Le peuple burkinabè attend toujours son « salut » proclamé par un « Gouvernement de combat »[1]. Entre promesses, expectatives et réalités du terrain, des espoirs se font jour.

 

Une révolte affirmée

L’armée s’est encore exprimée à travers la force de l’artillerie. Un militaire remplace un autre. Loin d’analyser les dissensions entre frères d’armes, cet écrit s’intéresse davantage à une situation nationale plus que préoccupante depuis quelques décennies. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? Certes, l’on dira que ce pays a déjà connu des perturbations militaro-politiques dans le passé, si bien que ces « changements » en un temps record ne déstabiliseront point le Faso pour autant. Pas de lauriers à distribuer dans ce cas, pas de blâme exceptionnel non plus, mais des réflexions, toujours des réflexions…

Le ressentiment national est prioritaire et les responsabilités sont partagées. La guerre d’une reconquête territoriale, la mobilisation citoyenne et des résultats concrets sont attendus. Une attente que le nouveau gouvernement recontextualise à sa manière.

 

La chronique annoncée du « gouvernement de combat »

Le pouvoir en place clame sa déception d’une gestion catastrophique du plan sécuritaire[2]. Le résultat est sous les yeux des Burkinabè qui retiennent surtout que l’insatisfaction face à une mauvaise gestion de la sécurité nationale peut engendrer ce qui est arrivé… Cette affirmation pourrait mettre en confiance des populations qui ne demandent pas autre chose depuis des années. Il se veut restreint, engagé, pragmatique. Les Burkinabè sont invités à la confiance et à une contribution personnelle et communautaire. En mode d’engagement républicain : il n’y a pas de temps à perdre, c’est une course contre la montre, contre les ennemies de la nation, contre toutes les formes d’extrémisme et de violence. Le « gouvernement de combat » annoncé serait-il l’autre nom de toutes les résolutions en préparation ? Le peuple attend de voir.

 

Le tout sécuritaire : un classique, mais pas un vain mot…

La « sécurité », ce leitmotiv, mondial en général et prisé (pour la juste cause) par les pays sahéliens, ces derniers temps, provoque tous les remous et commentaires des salons et des rues. Civils et militaires également en font un sujet quotidien et cela durera tant que les équations de la paix et diverses autres aspirations restent toujours en lice[3]. Ce gouvernement a décidé d’en faire une priorité (d’autres l’ont déjà dit) et n’entend pas être distrait par des voix contrevenantes. Il s’en justifie fort bien. Des victimes en grand nombre, répertoriées en majorité dans les zones rurales (presque abandonnées), ont vite pesé dans la balance.

Dans ce sens, des vivres, juste pour (sur) vivre, seront acheminés pour parer au plus pressé. Toutes ces mobilisations se passent au cœur du désarroi des femmes, des hommes et des enfants en proie à la famine et aux angoisses de ne plus être vivant le jour d’après. Le sérieux du ton, appuyé par les premiers gestes de combat, redonne confiance au peuple, mais jusqu’à quand ?

 

Une orientation « néosankariste » ?

Un autre large chantier [si vaste soit-il] se profile sur le plan politique. De ce point de vue, l’orientation des hommes de cette « Transition bis » reste marquée par une détermination assumée : insinue-t-elle un « néosankarisme » en puissance[4] ? La verve des années révolutionnaires est-elle remise au goût du jour ? Gageons que la « patrie des Hommes intègres » est de nouveau prête.

Le peuple, surtout par la hargne de sa jeunesse, a manifesté son euphonie à l’endroit du pouvoir en place. Une population civile et rurale très souvent décisive dans l’assentiment général de la nation [si versatile soit-elle] s’entend dire néanmoins qu’elle ne « dictera » pas sa volonté dans le désordre. Le Burkina Faso se voudrait désormais « souverain » et prendra ses responsabilités publiques. Toute personne intègre est la bienvenue. C’est dans cet esprit que la corruption endémique et insupportable sera également combattue jusqu’à ses moindres retranchements[5]. Le ton est manifeste : le Faso est en quête d’hommes intègres. La perspective « néosankariste », en version « Transition politique », souhaite-t-elle s’introduire par la grande porte ?

 

Neree Zabsonre

[Journaliste-Membre UPF]

 

 

 

 

 

 

 

[1] Cf Point de presse du Premier ministre burkinabè le. Voir également : « Remaniement. Le “gouvernement de combat”, un classique politique » dans https://www.lexpress.fr/actualite/politique/remaniement-le-gouvernement-de-combat-un-classique-politique_1504872.html

[2] Cf Service d’information du gouvernement, 26 octobre 2022.

[3] Trois objectifs sont annoncés d’entrée de jeu : sécurisation du territoire, la qualité de vie des Burkinabè, l’amélioration du système de gouvernance. Service d’information du gouvernement, 26 octobre 2022.

[4] Cf https://lefaso.net/spip.php?article116692

[5]

Pour vos commentaires, éviter, tout message à contenu diffamatoire, vulgaire, violent, ne respectant pas la vie privée .

Ajouter un commentaire

Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

17 + 2 =
Trouvez la solution de ce problème mathématique simple et saisissez le résultat. Par exemple, pour 1 + 3, saisissez 4.

Les trois dernières publications