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Burkina Sat1 : conquérir l’espace pour la sécurité et le développement

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Burkina Sat1. C’est l’ambitieux projet qui devrait permettre au Burkina Faso  de s’engager dans la conquête de l’espace.  Le projet est  piloté  de mains de maitre par le Pr Frédéric Ouattara, Président de l’Université Norbert Zongo de Koudougou, sacré meilleur physicien spatial d’Afrique en 2018 par l’Union des géophysiciens d’Amérique. Au terme de sa construction, le premier satellite 100% burkinabè sera fort utile dans de nombreux domaines du développement dont ceux de la sécurité. Grâce au soutien et à l’engagement du Président du Faso, le Burkina Faso se place ainsi  en tête des pays d’Afrique francophone à se lancer dans l’aventure spatiale.

 

La phase de construction du satellite fait suite à l’achèvement, le 27 août 2020, de la première phase du projet Burkina-Sat1 qui portait sur la construction de la station au sol, logée à l’Université Norbert Zongo de Koudougou. La troisième phase du projet inclut le transport jusqu’à la station spatiale internationale, les frais de lancement dans l’espace et d’entretien pendant trois à cinq ans. Le lancement se fera en coopération avec des pays lanceurs de satellites comme la Chine et le Japon. Burkina-sat1 se veut être un satellite de surveillance et d’objectifs scientifiques. Une fois terminé, Burkina-Sat1 fournira des prévisions pluviométriques et des données sur l’avancée du désert, mais servira aussi à la télémédecine et à d’autres domaines liés à la recherche et au développement. Pour envoyer le satellite dans l’espace, il faut trouver un lanceur. La coopération avec des pays lanceurs est donc inévitable. Avec l’aide des Nations unies, le Japon permet aux pays du tiers monde de lancer leurs satellites. Pour qu’un pays lanceur s’engage à aider un pays demandeur, ce dernier doit remplir certaines obligations dont celle consistant pour ce pays à envoyer son cube satellite pour des tests avant toute opération de lancement. Il faut s’assurer que les satellites embarqués ne seront pas un danger non seulement pour les autres qui y sont mais aussi pour le lanceur. 

L’une des ambitions de ce projet c’est également  de créer une  émulation pour les disciplines scientifiques. C’est en cela que l’agence spatiale est importante. Elle permettra d’enrôler tous ceux qui ont des projets pour constituer une masse critique de compétences pour le pays à l’instar de ce qui se passe dans certains pays africains. Au Ghana par exemple, c’est l’université privée de Koforidua qui a réalisé le premier satellite du pays, lancé depuis 2017. Le Burkina Faso a donc tout intérêt à  soutenir ce type de projets, à aiguiser le  goût pour la science auprès des jeunes et de tous ceux qui en ont la volonté et les capacités.  Notre pays est confronté à de nombreux défis si bien qu’il faut nécessairement une approche rationnelle et scientifique  pour son développement.  Les jérémiades à longueur de journée ne servent à rien. L’importance des satellites dans la lutte contre le terrorisme n’est par exemple plus à démontrer.  En 2017, la Turquie  a mis le satellite Gokturk-2 en orbite autour de la terre avec une capacité de résolution à 50 cm. Cette résolution a rendu les opérations aériennes contre les positions du PKK au Mont Kandil, dans le nord de l’Irak beaucoup plus efficaces. Grâce à ce satellite, les terroristes ne pouvaient plus se cacher au Mont Kandil,  du fait de la précision des frappes. Sous l’impulsion de l'Agence nationale de la recherche spatiale et du développement, le gouvernement fédéral du Nigéria déploie des satellites pour surveiller les mouvements de personnes suspectées de terrorisme et les localiser dans le pays.

Dans la même logique, le Maroc a lancé  en 2017, 02 satellites de haute précision, destinés à faire face aux menaces terroristes, à l’immigration clandestine et à la surveillance des réseaux de trafiquants et de piraterie dans le Golfe de Guinée.

Ces satellites jouent par ailleurs un rôle important dans le secteur civil car ils contribuent à développer différents secteurs économiques comme l’énergie solaire, la surveillance du phénomène de la désertification, les découvertes minière et gazière, la situation du climat notamment l’influence sur l’espace, les tremblements de terre et les catastrophes naturelles. Aujourd’hui, la plupart des pays se lancent dans la conquête spatiale pour leur propre sécurité et pour leur développement. Frappé de plein fouets par le terrorisme, le Burkina Faso ne saurait rester à la marge. L’investissement dans la recherche spatiale  est capitale pour une meilleure sécurisation du territoire.

L’espace : nouveau champ de bataille

Instrument de puissance, l’espace est en effet un domaine stratégique essentiel aux  opérations militaires et civiles. Au regard de l’évolution des menaces, des risques et des technologies, ce milieu particulier nécessite une vigilance accrue. Les satellites militaires permettent aux forces armées d’opérer plus précisément en toute indépendance et en sécurité. L’espace, depuis toujours champ de compétition stratégique, aujourd’hui champ de compétition économique sera demain très certainement un véritable champ de confrontation militaire. C’est la raison pour laquelle  certains pays se dotent de stratégie spatiale de défense. Protéger les capacités spatiales, c’est préserver la capacité du pays à fournir du renseignement de qualité, c’est préserver sa capacité à appuyer les opérations militaires partout où ses forces sont engagées. C’est donc une nécessité absolue dans un contexte de menaces avérées.

Pendant la guerre du Golfe (1990-1991), la France se heurte à une dépendance stratégique : 98% du renseignement image était apporté par les États-Unis. Après la prise de conscience de ses carences, il devient indispensable pour la France de mettre en place un programme spatial qui marquera son indépendance dans le domaine du renseignement spatial militaire : Hélios. Depuis, de nombreux programmes spatiaux français et européens sont nés pour mettre en orbite des satellites d’observation de la Terre, d’écoute électromagnétique, de télécommunication, de navigation… aujourd’hui indispensables aux opérations militaires françaises. Ces satellites, multiplicateurs d’efficacité et d’indépendance opérationnelles, font partie des priorités du ministère des Armées. Dans la lutte  contre le terrorisme, le Burkina Faso doit tendre vers l’intelligence prédictive ; c’est-à-dire celle destinée à prévoir des événements futurs. La stratégie de contre-terrorisme doit donc se fonder sur la collecte, l’analyse, le traitement et l’échange de l’information en s’appuyant sur quatre piliers : prévention, protection, poursuite et réponse. Dans l’intelligence prédictive, l’analyse de l’information est considérée comme la clé de voûte. Un projet comme Burkina Sat1 permettra au pays d’avoir justement une longueur d’avance en la matière. La défense et la sécurité sont des questions souveraines qui ne peuvent être sous traitées avec Barkhane ou le G5 Sahel !

Jérémie Yisso BATIONO

Enseignant-Chercheur

Ouagadougou

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