Culture : « La bonne à tout taire »

Soumis par Redaction le sam 12/11/2022 - 09:18
RTYG

« La bonne à tout taire », pas à tout faire, mais bonne à tout taire ; ainsi s’intitule le dernier ouvrage de la doyenne des écrivaines burkinabè Bernadette Dao/Sanou ; recueil de cinq nouvelles dont la lecture ne manque pas de plonger le lecteur dans une profonde méditation ; car c’est sans pitié aucune que l’écrivaine met en scène dans les quatre nouvelles qui composent le livre quatre thèmes, autant de comportements fortement déplorables de la société actuelle : dans la première histoire nous voilà en face d’une malade mentale comme il y en a tant, vivant dans un coin de rue et qui sans qu’on ne sache ni comment ni par qui se retrouve enceinte avant de devenir mère d’un beau bébé ; qui est le père de l’enfant ? Toute la ville se perd en conjectures même s’il se murmure que le coupable est un mogo puissant de la cité ; c’est ce même problème de maternité calamiteuse qui constitue l’ossature de la 2è nouvelle intitulée » un coup de chaud « avec comme héroïne une jeune fille victime d’un moment de faiblesse comme il en arrive souvent aux hommes ; et voilà la jeune maman obligée de gérer toute seule ce bel-enfant indesiré, fruit imprévu d’un incident que l’on pensait être l’ apanage des seuls hommes ; 

3è nouvelle : » le diable a gagné » : mais qu’ a gagné le diable ?en fait une revanche sur un homme fort de la cité passé par des pratiques pas du tout catholiques pour devenir une autorité ; une personnalité qui se dépêche d’oublier d’où il vient tout comme il n’a plus qu’arrogance et mépris envers son prochain ; alors le diable qui, lui, n’oublie rien, vient se rappeler aux bons souvenirs de celui qui pensait être devenu intouchable ; autre nouvelle de ce recueil de Bernadette Dao : « des sorcières bien utiles », l’écrivaine y dénonce sans embage la compassion plus que suspecte de certaines structures dans leur prétention à voler au secours de certaines vieilles femmes rejetées de la société. En fait hypocrisie et cynisme constituent le seul le fonds de commerce de ces associations prétendument caritatives ; enfin la nouvelle qui donne son titre à l’ouvrage « la bonne à tout taire » ; la poétesse et nouvelliste vient ici tremper et remuer sa plume telle un couteau dans une des plaies béantes de notre société : la maltraitance dont sont victimes les aide ménagère communément appelées bonnes dans le secret des belles demeures aux devantures imposantes ; .

 De fait, Isabelle une de ces bonnes que l’écrivaine met ici en scène n’en finit pas d’en voir des vertes et des pas mures dans le huis clos de la demeure de ses patrons : s’il n’y avait que le linge intime des filles de la maison qu’elle doit laver et se taire, s’il n’ y avait que les sévices corporels gratuits infligés par Mme qu’elle subit et se taire, s’il n’ y avait que les fonds calcinés des marmites, dont elle la cuisinière doit se contenter et se taire ! Mais ne voilà t'il pas qu’en plus le patron et le benjamin de ses garçons se mettent à exercer joyeusement leurs droits de cuissage sur la pauvresse ; Isabelle la bonne continue de subir et de se taire, mais comme on le sait, il faut souvent se méfier de l’eau qui dort ! D’où la violente tempête qui, au finish va secouer cette famille de méchants qui véritablement avait semé le vent ! Une œuvre dans laquelle, comme l’écrit le préfacier du livre le Pr Salaka Sanou Bernadette Dao propose une approche nouvelle dans la narration ; des récits étonnants de concision ; ce qui n’enlève pourtant rien à la densité et à la gravité des problèmes soulevés. La bonne à tout taire dernier recueil de nouvelles de Bernadette Dao.

Bernard KABORE

 

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