« La Janviose »

BHYU

Après les fêtes, les dettes ! Ceci est une complainte d’un personnage de la dernière création du CITO (carrefour international de Ouagadougou) ; une pièce de théâtre qui pose résolument le doigt sur un problème social récurent : la gestion de la période transitionnelle qui sépare les derniers de l’année finissante et les premiers jours du nouvel an débutant. Période délicate s’il en est. Car la fin du mois de décembre et les premiers jours de la nouvelle année ne ressemblent pas du tout aux autres mois de l’année.

    En ce qui concerne les salariés par exemple, ceux qui ont la chance de travailler dans le privé ou le parapublic ‘banques, ONG, structures relevant de firmes internationales), pas de problème. Bénéficiant généralement de13è mois de salaire sinon du 14è mois ou de primes aux montants élevés, ces travailleurs-là ont le sourire à la bouche ; leur seul souci étant de trouver le cadeau adéquat qui fera plaisir à la copine sinon aux copines, à la fiancée, à Mme et aux enfants et autres parents plus ou moins proches. Quant aux 160 mille fonctionnaires environ émargeant au budget de l’état, perçus pourtant par des privilégiés par la grande majorité des burkinabè, la situation est tout autre.

 Eux les fonctionnaires se voient contraints de résoudre une équation véritablement difficile  et qui tient en une question : où trouver l’argent nécessaire pour assurer les fêtes de fin d’année. Comment le faire alors que la majorité d’entre eux s’échinent mensuellement à jongler avec le reste d’un salaire déjà amputé de multiples crédits en cours. Alors, que faire ? il n’y a pas mille solutions mais seulement deux : ou bien prendre son courage à deux mains pour affronter la grande colère de son épouse en lui déclarant qu’il n‘est pas question de fêter cette année ; ou alors seconde solution : s’engouffrer dans ces nouveaux pièges que constituent les crédits fêtes que leur proposent tous les établissements financiers avec évidemment un large sourire de crocodile assurés  des intérêts non négligeables à engranger ; une solution qui débouche inévitablement sur une maladie nationale appelée janviose et qui se manifeste globalement par des poches particulièrement trouées pendant ce premier mois de l’année.

 Et ce n’est pas tout : les malades de la janviose, contrairement à leurs habitudes, rejoignent vite leurs domiciles chaque soir après les heures de travail même si c’est pour  exhiber à Mme et aux pauvres enfants une mine d’enterrement. Dans certains services, l’ambiance n’est pas non plus à la rigolade, les malades de janviose montrant  quotidiennement des mines constipées, des sourires jaunes, avec un air constamment soucieux, la susceptibilité à fleur de peau, laissant éclater des crises de colère pour un rien. Pour cause de janviose les innombrables maquis de la capitale sont vides de leur nombreuse clientèle de fonctionnaires. Même pour trouver le carburant nécessaire pour assurer les déplacements, c’est la croix et la bannière .mm la traditionnelle pause de 10h est tout simplement supprimée elle qui, auparavant avait l’habitude de se prolonger plus que de raison, pause  dans les coins viandeux ou n’arrêtait pas de couler la bière fraiche.          Pour ne rien arranger voici que, pour ce mois de janvier, les ballons d’oxygène salvateur que constituent d’habitude les missions et autres séminaires et ateliers en province,

 deviennent eux aussi,  aussi rares que les larmes d’un chien pour raison, expliquent les financiers, de budget non encore mis en place.

     Comme pour ne rien épargner au pauvre fonctionnaire souffrant déjà atrocement, les établissements privés d’enseignement lui rappelle impitoyablement qu’il lui faut impérativement solder l’ultime traite du montant de la scolarité de son enfant à la fin du mois de janvier sinon c’est le renvoi du petit.

    Dans toute cette ambiance il n’y a que les femmes fonctionnaires qui ne semblent pas atteintes par la fameuse maladie de la janviose, gardant tjs le sourire  étincelant et l’élégance  irréprochable. C‘est quoi leur secret ?font- elles semblant, ont-elles des sources de financement inavouées ou inavouables  ou sont-elles plus prévoyantes dans la gestion de leur budget ?mystère.

      Ainsi va, janvier après janvier, la vie du fonctionnaire burkinabè lamda qui ne peut retrouver son équilibre et sa décontraction sincère qu’après les trois premiers mois de l’année...En attendant décembre prochain.

 


Bernard KABORE

Pour vos commentaires, éviter, tout message à contenu diffamatoire, vulgaire, violent, ne respectant pas la vie privée .

Ajouter un commentaire

Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

2 + 0 =
Trouvez la solution de ce problème mathématique simple et saisissez le résultat. Par exemple, pour 1 + 3, saisissez 4.