Clarification à Macron : pour l’OPA, les chefs d’Etats convoqués n’ont rien à faire à Pau

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Déclaration liminaire de la conférence de presse de l' Organisation des Peuples Africains-Section du Burkina Faso, le 09 décembre 2019, à son siège à Ouagadougou.

Dans quelques jours, notre pays, le Burkina Faso célèbrera, à Tenkodogo, le 59e anniversaire de son indépendance. En rappel, c’est le 05 août 1960, que le Président Maurice YAMEOGO, proclama l’indépendance de la Haute Volta. Auparavant, c’est en 1919 que la colonie de Haute Volta fut créée, en la détachant du Haut-Sénégal-Niger, afin de pouvoir mieux surveiller un territoire occupé de populations dites rebelles. Le 05 septembre 1932, cette colonie est démembrée et partagée entre la Côte d’Ivoire, le Soudan et le Niger. Le 04 septembre 1947, sous la pression de la chefferie coutumière et d’hommes politiques patriotes, la Haute Volta est reconstituée. Le 11 décembre 1958, elle est proclamée République.

Chers amis,

Notre pays, le Burkina Faso, est sans conteste le symbole d’un triomphe, matérialisé par les résistances multiformes à la domination et à l’humiliation coloniale, le rejet du néocolonialisme et la volonté de s’assumer à travers la Révolution Démocratique et Populaire et les insurrections du 03 janvier 1966 et de fin octobre 2014. L’histoire politique du Burkina Faso est assurément longue, riche, et mouvementée.

C’est dans ce contexte de préparation du 59e anniversaire de l’indépendance de notre pays, que Monsieur Emmanuel MACRON, Président de France, à Watford en Angleterre, en marge d’un sommet de l’OTAN, a convoqué les chefs d’Etats des pays membres du G5 Sahel le 04 décembre dernier, à se présenter à Pau, au Sud-Ouest de la France pour le 16 décembre !

Cette convocation, d’un jeune homme fut-il président de la France, à ses paires et ainés africains, est arrogante et méprisante. Elle appelle pour nous des observations aussi bien sur la forme que sur le fond.

 

Sur la forme de la convocation

-L’OPA constate que les convoqués, manifestement, n’ont pas été consultés auparavant. Comment convoquer des chefs d’Etats de pays souverains, sans même les consulter au préalable sur leurs agendas et autres ? Cela s’appelle du mépris.

-L’OPA regrette également le ton discourtois avec lequel le président MACRON s’est adressé à ses paires du G5 Sahel. Les relations entre Etats souverains doivent être empruntes de courtoisie et de respect mutuel.

Si Macron ne peut avoir de l’égard pour les chefs d’Etat Africains, ils ne doivent non plus lui en accorder en retour. Et cela en refusant simplement d’y répondre. Au besoin, l’ambassadeur de France pourrait être convoqué afin de recevoir la condamnation ferme du manque de respect et de courtoisie de son Président.

 

Sur le fond de la convocation

Monsieur MACRON a en résumé convoqué les 5 chefs d’état du G 5 Sahel afin qu’ils viennent clarifier leur position par rapport au sentiment anti français qui est nourrit dans leurs pays respectifs et qu’ils formalisent leurs demandent à l’égard de la France et de la Communauté Internationale, parce que lui ne peut plus et ne veut plus voir des soldats français sur des sols où persiste des mouvements anti-français.

Autrement dit, MACRON a convoqué nos Chefs d’Etats autours de deux problématiques suivantes : la montée des mouvements anti-impérialistes qu’il qualifié d’anti-français, et le renouvèlement d’un engagement éventuel. Se pose alors les questions suivantes :

- Comment expliquez-vous la montée des mouvements anti-français dans vos pays et pourquoi vous laissez faire ?
- En réponse il dit ceci : eh bien, si vous n’êtes pas capables de contenir ces mouvements, je ne peux plus et ne veux plus voir un soldat français chez vous. Alors, dites-moi clairement si vous voulez toujours de notre présence militaire oui ou non ?
- Si vous voulez toujours de nous, alors signer ces engagements clairs de contenir ces mouvements anti-français…
- Si vous ne voulez pas de nous, alors on vous laissera avec vos terroristes avec tout ce que cela comporte pour vos régimes et pour les élections de 2020...
Quelles prétentions ???

Nous sommes nous également tentés de nous poser les questions suivantes : de quel droit monsieur MACRON parle-t-il au nom de la communauté Internationale ? ou la communauté internationale se confond -elle à la France ?

Parlant de la clarification et de la demande à formaliser à l’égard de la France. Devons-nous donc comprendre que jusque-là l’intervention de la France n’était pas formalisée ? auquel cas nos chefs d’état nous doivent des comptes. C’est aux peuples africains que nos présidents doivent rendre des comptes et non à la France fut-elle l’ancienne puissance coloniale.

S’agissant du sentiment anti-français et des menaces à peine voilées contre la jeunesse panafricaine et anti-impérialiste, permettez-moi de m’adresser directement à Monsieur MACRON et de lui dire ceci :

Président MACRON, ce que vous appelez sentiment anti-français n’est rien d’autre que le refus de la jeunesse africaine consciente de se soumettre au dictat de la France ; le refus de cette jeunesse d’assister sans mot dire au pillage de ses ressources ; le refus de cette jeunesse de se voir imposer en Afrique vos valets locaux comme dirigeants ; le refus de voir nos réserves stockées en France ; le refus d’admettre que notre monnaie soit battue en France alors que nous sommes des états souverains ;

Cette jeunesse aspire à la liberté et au droit de s’autodéterminer. Elle ne nourrit aucune haine contre le peuple français qui lui-même est victime des politiques des systèmes de domination et d’exploitation ;

Quelles que soient les réponses qui seront données par nos Chefs d’Etats, nous tenons à rappeler que cette sortie de Monsieur MACRON n’est pas la première du genre. Nous nous souvenons encore de la tournée effectuée par un certain Général de Gaule, suite à la seconde guerre mondiale, pour imposer aux peuples africains demandeurs de l’indépendance un choix entre le Oui et le NON à la communauté.

Après le Général François LECOINTRE, c’est le Président français lui-même, qui s’agace des interrogations des populations des pays assistés par les armées françaises, quant à la loyauté et l’efficacité de leur engagement.

L’on peut comprendre l’émotion de certaines autorités françaises, suite au décès de 13 français sur le théâtre des opérations, le 26 novembre dernier dans la région de Ménaka au Mali. Mais qu’elles se souviennent des 200 000 « Sénégalais » de l'AOF qui se battirent sous le drapeau français en 1914-1919, dont environ 15 %, soit 30 000 soldats, y ont trouvé la mort, qu’elles se souviennent de l’histoire du Sequana et de ses 198 « tirailleurs » disparus le 8 juin 1917 au large de l’Ile d’Yeu, qu’elles se souviennent des 300 000 à 350 000 Africains issus des colonies subsahariennes qui ont combattu pour la France entre 1939-1945, qu’elles se souviennent du millier de « tirailleurs sénégalais » massacré par les Allemands entre le 24 mai 1940 à Aubigny et le 22 juin 1940 autour de Lyon.

Pour l’OPA, les Chefs d’Etats convoqués n’ont rien à faire à Pau le 16 décembre prochain. S’ils ont des comptes à rendre sur les revendications de leurs Peuples, c’est à ces Peuples-là même et à leurs électeurs qu’ils le doivent et non à MACRON.

Ces revendications, il faut le savoir, portent non seulement sur les visées des richesses de nos sols et sous-sols, mais aussi sur la tutelle du franc CFA.

A contrario, si Monsieur MACRON, de plus en plus en difficulté dans les réformes qu’il propose dans son pays, s’attend à ce que le peuple français lui demande des comptes sur les résultats de la présence des armées françaises dans le Sahel et sur l’expression du sentiment anti-français qui s’amplifie, qu’il prépare ses réponses au lieu de faire de la diversion en convoquant ceux qu’il convoque. Pour l’y aider, nous lui rappelons que le Sahel n’a pas pu être envahi par les hordes terroristes sans la destruction de la Libye. Ces hordes, pour la plupart, nous viennent de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Syrie, et Monsieur MACRON et ses collègues occidentaux savent très bien quelle est leur responsabilité dans cette donne.

Nous osons espérer des réponses concertées des convoqués, réponses qui seront développées par leur porte-parole.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, en ce qui concerne le Burkina, l’OPA n’a pas l’intention de blanchir le pouvoir en place. Nous le redisons : assurer la sécurité des citoyens et de leurs biens est un des devoirs régaliens de l’Etat, en l’occurrence du pouvoir actuel. Et pour paraphraser Thomas SANKARA, nous disons : « si un peuple conscient ne saurait confier la défense de sa patrie à un groupe d’hommes quelles que soient leurs compétences ; ce n’est à des armées étrangères d’occupation et de déstabilisation que ce peuple devrait faire confiance ».

L’OPA appelle le président du Faso et les 04 autres chefs d’Etats du G 5 sahel à ne donner aucune suite à la convocation du président MACRON ;

 

L’OPA propose que l’ambassadeur de France soit convoqué afin de protester vigoureusement contre cette attitude méprisante et discourtoise du président macron ;

L’OPA exige le démantèlement de toutes les bases militaires étrangères au Burkina Faso et en Afrique, car la liquidation de ces bases militaires contribuera à l’indépendance politique et à la libération totale de l’Afrique ;

L’OPA appel à la mise en place d’une force militaire panafricaine pour suppléer aux armées nationales en cas de besoin.

L’OPA appelle tous les patriotes africains à faire front contre toute politique d’asservissement ou de reconquête coloniale…

L’OPA invite tous les panafricains anti-impérialistes à s’unir pour affronter notre ennemi commun qui prépare sans doute des représailles …

Le Burkina ma fierté, l’Afrique ma force !

Me FARAMA Ségui Ambroise

Le Président

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