Politique

Roch Kaboré, président du Burkina: «Je ne refuse pas la main tendue (par Blaise Compaoré)»

Soumis par Redaction le ven 16/10/2020 - 06:54
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Le président Kaboré a accordé un entretien à RFI et France 24 le 15 octobre 2020, à Ouagadougou, bilan du mandat, les élections du 22 novembre 2020, la lutte contre le terrorisme, la réconciliation. Voici l'intégralité de l'interview. 

France 24 : Monsieur le président, il y a une semaine, quatre otages ont été libérés au Mali, en échange de la libération de quelque 200 présumés terroristes. Parmi eux, figure le cerveau présumé d’attaques en 2016 à Grand Bassam en Côte d’Ivoire et contre l’hôtel Splendid à Ouagadougou et le restaurant Capuccino, qui avait fait une trentaine de morts. Est-ce que cela vous révolte ?

Roch Marc Christian Kaboré (R.M.C.K.) : Je voudrais saluer la libération des otages. Vous savez très bien, Soumaïla Cissé, chef de file de l’opposition politique au Mali, avait été enlevé il y a quelques mois. Il était important qu’on puisse aboutir à sa libération. En ce qui concerne la contrepartie, nous pouvons dire qu’elle a été payée chère. Mais en tout état de cause, comme c’est une négociation entre les autorités maliennes et le camp des preneurs d’otages, je ne pourrai pas donner un avis motivé sur cette question, sauf de dire que nous devons continuer à assumer la lutte contre le terrorisme comme étant une priorité aussi bien pour le Burkina Faso que pour tous les autres pays du G5-Sahel.

France 24 : Juste après cette libération, il y a eu de multiples attaques au Mali revendiquées par le groupe-même avec qui on avait négocié. N’est-ce pas un cadeau ?

R.M.C.K. : Il est difficile d’apprécier la situation dans ce contexte. Même ici au Burkina Faso, hier seulement (le 14 octobre, ndlr), nous avons subi une attaque contre des populations civiles dans un marché et des villages, coûtant la vie à une vingtaine de personnes. Le terrorisme est un domaine tellement ondoyant. Il y a tellement de groupes et de sous-groupes qui y sont, qu’il est difficile d’apprécier dès maintenant. Donnons-nous le temps de voir comment les choses évoluent parce que je ne connais pas les conditions de négociations telles qu’elles ont été menées. Ont-elles été menées de sorte à amener une accalmie? Est-ce que c’était simplement de pouvoir sauver des otages ? Je n’en sais rien. C’est pourquoi, je préfère ne pas me lancer dans une appréciation hasardeuse de la situation.

France 24 : Et quand le cerveau des attaques de Grand Bassam et de Capuccino a été libéré, étiez-vous au courant à l’avance ?

R.M.C.K. : Pas du tout ! On a suivi les événements comme tout le monde avec beaucoup d’impatience. Quant à la contrepartie, nous n’y étions pas et je considère que c’est le Mali qui a décidé de gérer cette situation de manière à pouvoir libérer les otages. En tout état de cause, cela n’entame en rien notre engagement dans la sous-région, à lutter contre le terrorisme et dans notre pays, en particulier.

France 24 : Depuis votre élection, la situation sécuritaire s’est beaucoup dégradée au Burkina Faso et particulièrement dans le Nord-est, le Nord et l’Est. On déplore plus de 1 100 morts et plus d’un million de déplacés internes. Un tel bilan oblige à se demander si vous n’avez pas sous-estimé la menace, il y a cinq ans. Est-ce que vous reconnaissez des erreurs

R.M.C.K. : Je pense que nous n’avons rien sous-estimé. Au moment où nous organisions ces élections en 2015, il était loin de l’esprit de tout Burkinabè que nous serions rattrapés par des attaques terroristes sur notre territoire. Et 15 jours après l’investiture, nous avons eu la première attaque à Capuccino qui a causé une trentaine de morts. Dès cet instant, les attaques terroristes se sont multipliées sur quasiment toutes nos frontières avec le Mali et le Niger. C’est une situation inédite et nouvelle pour nous. Il était tout à fait normal que dans un premier temps, après la période de stupeur, nous nous concentrions pour nous organiser, de manière à apporter une riposte conséquente à ce phénomène. Ce qui est certain, la lutte contre le terrorisme est une lutte de longue haleine, parce que nous n’avons pas affaire à des personnes qui sont assises sur un pan du territoire pour le gérer. Les terroristes se déplacent quotidiennement, tendent des embuscades à nos armées, attaquent les populations civiles, de manière à créer la psychose, la désarticulation du tissu social, les batailles entre les communautés. Cela a entrainé aujourd’hui un million de personnes déplacées et des conséquences humaines importantes. A cela, il faut ajouter la stigmatisation et le repli identitaire qui sont des questions sur lesquelles nous devons travailler avec les communautés, pour amener les gens à se démarquer de ce processus sanguinaire engagé par les terroristes.

France 24 : En septembre 2019, lors d’un sommet de la CEDEAO organisé ici même à Ouagadougou, une centaine de soldats français se sont déployés à votre demande pour sécuriser la ville de Djibo. Il y a eu plusieurs autres interventions françaises sur le sol burkinabè. Cela ne justifie-t-il pas ce que le Chef d’état-major général de l’armée française, le Gal François Lecointre avait déclaré il y a quelques mois : « Si on s’en va, les pays du Sahel s’effondreront sur eux-mêmes » ?

R.M.C.K. : Les opérations que nous organisons avec la France sont des opérations à caractère ponctuel. Parce que de façon fondamentale, pour l’armée burkinabè, depuis les constats faits aux premières heures des attentats, tout en travaillant dans le cadre du G5 Sahel avec Barkhane, nous avons fait de sorte à pouvoir, aussi bien en termes de formation que de matériel, doter notre armée pour qu’elle assure ses missions de sécurisation du territoire national. Nous avons de très bon rapport avec Barkhane et le G5 Sahel dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, mais ce que le Burkina Faso et les armées du G5 Sahel ont toujours demandé, c’est d’avoir une source de financement pérenne. Au-delà, si cette source existe et que nous avons de bons encadrements pour la formation de nos hommes, nous pouvons nous-mêmes, assumer cette mission.

France 24 : Sans les forces françaises, les terroristes seraient à Ouagadougou…

R.M.C.K. : Peut-être pas, parce que pour l’instant, à l’intérieur du Burkina Faso, ce sont les Forces de défense et de sécurité et les Volontaires pour la défense de la Patrie qui travaillent sur le territoire burkinabè. C’est un combat qui se mène au quotidien. Il y a des pour et des contre, mais globalement, la situation est bonne. Elle est difficile, mais nous avons bon espoir de réussir dans ce combat.

France 24 : Les Etats-Unis bloquent les financements pérennes de l’ONU. Est-ce que vous souhaitez la victoire de Joe Biden, le 3 novembre prochain à l’élection présidentielle américaine ?

R.M.C.K. : Le peuple américain choisira son président. En tout état de cause, nous continuons avec nos partenaires à insister sur cette question. Mais je dois vous rappeler que la plus grande force de Barkhane est installée plutôt au Mali qu’au Burkina Faso. Je réitère que les opérations que nous menons ensemble sont des opérations à caractère ponctuel entre le Burkina Faso, la Force Barkhane et le G5 Sahel. Mais de façon structurelle, dans la lutte contre le terrorisme, c’est l’armée burkinabè qui assume ses missions.

France 24 : Vous venez de parler de batailles entre communautés, un mot très fort. Les terroristes ont réussi à monter les communautés, les unes contre les autres. En janvier dernier, vous avez fait voter une loi qui permet le recrutement des Volontaires pour la défense de la patrie qui ressemblent à des milices d’autodéfense. Cela n’aboutit-il pas à armer des civils anti peulhs ? Ne risquez-vous pas de tomber dans le piège que vous tendent ces terroristes ?

R.M.C.K. : Il s’agit d’une loi adoptée pour favoriser la participation de la population à la défense de la patrie. Ce n’est pas du tout une milice. Cette participation est règlementée et les VDP sont encadrées par les forces de défense et de sécurité. Nous avons 8000 à 9 000 villages au Burkina Faso. L’idée était d’instaurer une forme de sécurité villageoise connue, qui permette d’anticiper sur les attaques des terroristes dans les villages et à l’armée, au cas échéant, de pouvoir défendre les populations. Parce qu’aujourd’hui, les terroristes bougent. De passage, ils s’arrêtent dans un village, dans un marché et tuent les civils parce qu’il n’y a aucune sécurité dans le village. De façon technique et matérielle, l’armée ne peut pas être déployée dans 8 000 villages en même temps. C’est dire que nous ne sommes pas tombés dans un piège, mais cela correspond à un recrutement sur l’ensemble du territoire et avec l’ensemble des communautés qui participent à ce travail de défense. Les terroristes cherchent à séparer les communautés, de manière à entrainer des guerres intercommunautaires que nous n’avons jamais connues depuis notre indépendance.

France 24 : A Nouakchott en juin dernier lors du dernier sommet du G5 Sahel, Emmanuel Macron a dit que les Peulhs ne sont l’ennemi de personne. Ne pensait-il pas au Burkina Faso ?

R.M.C.K. : Les Peulhs ne sont pas les ennemis des Burkinabè. Vous pouvez aller dans tout le pays, partout où vous avez des villages, il y a toujours un chef de la communauté peule. Nous avons une situation née dans le Sahel où communément, la majorité des personnes qui y vivent sont des Peulhs, mais on n’a aucunement une question de stigmatisation des Peulhs au Burkina Faso. Je défie quiconque d’aller dans tous les villages, il trouvera toujours, à côté des chefs des autochtones, une chefferie peule, une population peule qui vit en harmonie avec les autres.

France 24 : Le risque de guerre entre les communautés n’existe-t-elle donc pas ?

R.M.C.K. : Il est limité pour l’instant aux zones de combat.

France 24 : Des abus de certaines de ces milices ont été dénoncés. En juillet, Humain rights Watch a également affirmé avoir découvert au moins 180 corps enterrés dans la région de Djibo et affirme que c’est l’armée qui en est à l’origine. Cela a créé un émoi au sein de la communauté internationale et a même poussé des officiels de l’administration Trump à menacer de suspendre la coopération sécuritaire si une enquête indépendante n’était pas ouverte. Quelle est votre réaction à ces exactions et est-ce qu’une véritable enquête est menée pour satisfaire la communauté internationale ?

R.M.C.K. : Lorsqu’il y a des conflits dans un pays, il y a toujours un certain lobby qui diffuse un certain nombre d’informations. Nous attendons qu’ils viennent nous montrer ces 180 corps. Dans notre cas, certaines organisations travaillent sur la base d’éléments qui contribuent à salir l’image de marque du Burkina Faso. Vous étiez surpris et nous aussi.

France 24 : Vous enquêtez sur ces accusations ?

R.M.C.K. : Nous avons fait des enquêtes et nous avons répondu au gouvernement américain. Qu’il y ait de temps à autre des insuffisances, oui ! Mais jamais, l’armée burkinabè n’osera tuer 180 personnes en une fois, pour les enterrer dans des fosses communes. Je peux mettre ma main au feu pour cela, parce que les questions des droits humains ont toujours été des questions sur lesquelles j’ai été très ferme avec nos militaires, pour dire qu’il faut que nous fassions en sorte à gagner la confiance des populations. Dans ces zones aujourd’hui, et vous-mêmes vous le diffusez, des combats entre les terroristes eux-mêmes se mènent et il y a des cinquantaines de morts. Nous n’y intervenons pas. C’est entre eux que les règlements de comptes se font. Je refuse donc de porter la casquette qu’on veut nous faire porter, en disant qu’au Burkina Faso, nous avons tué 180 personnes qu’on a enterrées dans des fosses communes. Ça n’existe pas et je suis catégorique là-dessus.

France 24 : Le 22 novembre vous serez candidat à un deuxième mandat de cinq ans. Mais à l’heure du bilan, Zéphirin Diabré affirme que vos cinq ans au pouvoir ont été caractérisés par la mauvaise gestion, la gabegie. Eddie Komboïgo dénonce le marasme économique, la corruption. Kadré Désiré Ouédraogo pointe vos résultats calamiteux sur le plan du vivre- ensemble. Est-ce que vos principaux adversaires ne disent pas là certaines choses pertinentes ?

R.M.C.K. : Je n’ai jamais vu dans un pays, une opposition qui dit du bien du président sortant. C’est une valeur qui est universelle, comme j’ai l’habitude de le dire, il est facile de s’asseoir devant sa télévision et faire des déclarations. La question ne se trouve pas là-bas. Le bilan que nous avons soumis aux populations est un bilan positif. Je le dis, ce n’est pas parce que je manque de modestie, mais c’est une réalité. De 2015 à nos jours, nous avons avancé sur un certain nombre de domaines qui sont importants. Sur le plan de la démocratie, sur la base du Pacte national du renouveau de la justice, nous sommes engagés dans un travail qui permet d’avoir une justice indépendante. Deuxièmement, sur le plan des libertés, comme vous pouvez le constater, nous pouvons dire que l’ancrage démocratique est une réalité au Burkina. Sur le plan des infrastructures toutes confondues, que ce soit au niveau sanitaire ou en matière d’électricité, nous avons fait en cinq ans ce que les autres n’ont pas pu faire les années précédentes. Sur le plan de la santé, dès 2016 nous avons fait en sorte qu’il y ait la gratuité des soins pour les femmes et les enfants de moins de cinq ans. Cette mesure que nous avons prise continue d’avoir ses effets et d’améliorer les conditions de vie de nos populations. Concernant les avantages concédés aux travailleurs du Burkina, malgré le contexte aussi bien sécuritaire que sanitaire, les efforts que nous avons consentis n’ont jamais été faits dans ce pays. Je ne dis pas que nous avons tout résolu, mais je suis certain que des efforts notables ont été faits et sont appréciés.

France 24 : Vous espérez passer dès le premier tour comme en 2015. Mais si vous êtes mis en ballotage, accepterez-vous le verdict des urnes ?

R.M.C.K. : Je suis un démocrate et vous pouvez être sûr que quelle que soit la situation en ce qui me concerne en tant que candidat, j’accepterai les résultats des urnes tels qu’ils se présenteront. Je ne dis pas que je passerai au premier tour. Tout dépend du peuple burkinabè. C’est lui qui vote. Je respecte les autres candidats, les résultats seront proclamés au soir du 22 novembre. Soyons patient, je souhaite que tous les autres candidats aient la même attitude que moi. Que nous acceptions tous le verdict des urnes.

France 24 : Vous en doutez ?

R.M.C.K. : Je n’en doute pas. J’attends de voir. (Rires)

France 24 : Nous sommes aujourd’hui le 15 octobre, la commémoration du 33e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara. C’est une date symbolique pour tous les Burkinabè. Une instruction menée par un juge qui est bouclée. Une dizaine de suspects ont été identifiés dont l’ancien président Blaise Compaoré. Une question se pose : y aura-t-il un procès bientôt ? J’aimerais avoir votre intime conviction au-delà des affaires juridiques. Pensez-vous que Blaise Compaoré est impliqué dans la mort de Thomas Sankara ?

R.M.C.K. : Comme vous l’avez souligné, c’est un dossier qui est aux mains de la justice et l’objectif est qu’il y ait un jugement. On ne peut pas faire des investigations et mettre le dossier sur le boisseau. Forcément, il y aura jugement. C’est la justice qui décidera du rythme qu’elle va mettre. Je ne voudrais pas m’avancer pour accuser des gens de participer ou de n’avoir pas participé. Laissons la justice faire son travail et la vérité sera mise à jour pour tout le monde. C’est la seule attitude correcte que je peux avoir en tant que chef de l’Etat. Même si j’ai des avis politiques que je peux exprimer, je ne suis pas obligé de le faire.

France 24 : Comme promis par Emmanuel Macron, c’était ici même au palais de Kosyam, il y a trois ans, la France a déclassifié deux lots d’archives secrètes sur l’assassinat de Thomas Sankara. Les parties civiles sont plutôt déçues par le contenu de ces archives. Apparemment un 3e lot qui est attendu n’est pas encore arrivé. Parlons franchement M. le président, est-ce- que la France a quelque chose à cacher ? Est-ce que François Mitterrand est impliqué dans cette affaire ?

R.M.C.K. : Je ne saurai le dire. Ce que je constate simplement est qu’en dépit du fait que tous les trois lots ne sont pas parvenus, la justice burkinabè a décidé de poursuivre avec les éléments mis à sa disposition. La France est impliquée ou elle ne l’est pas, l’histoire nous le dira plus tard.

France 24 : Vous avez un soupçon ?

R.M.C.K. : Pas du tout, je n’ai aucun soupçon. J’apprécie la réalité des faits.

France 24 : Les relations entre Houphouët Boigny et Thomas Sankara n’étaient pas bonnes. Tout le monde s’en souvient, la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët Boigny est-elle totalement étrangère à cette affaire ?

R.M.C.K. : Comme je vous le dis, il est difficile d’apprécier ces différentes questions parce que Thomas Sankara a été une icône de la lutte pour l’indépendance véritable du Burkina Faso et des Etats africains. Je pense qu’il dérangeait certainement beaucoup de monde de par son langage, sa franchise et le fait qu’il tenait à ce que les Etats puissent eux-mêmes, de façon interne, mobiliser les ressources pour faire face aux besoins des populations. Peut-être que c’était un rêve, mais en tout état de cause, il a posé des actes qui sont restés dans la mémoire collective des Burkinabè.

France 24 : Il dérangeait Houphouët ?

R.M.C.K. : Il dérangeait tous ceux qui avaient une pensée publique qui n’était pas celle qu’il avait. Maintenant, qui a fait quoi, qui a contribué à faire quoi, je crois que sur le chemin du droit, on finira par comprendre pourquoi Thomas Sankara a été assassiné.

France 24 : Blaise Compaoré vous a envoyé une lettre il y a 18 mois vous proposant ses offres de services. Vous ne lui avez pas répondu. Pourquoi ?

R.M.C.K. : Je n’ai pas répondu à ces offres, parce que je considère que l’offre était de dire je veux rentrer, j’aime mon pays et bon voilà… Je trouve que c’est un peu surprenant qu’un chef d’Etat, qui a quitté son pays, constate qu’après plusieurs années que celui-ci est en difficulté. De façon globale, malgré les problèmes qui peuvent se poser, la solidarité d’un ancien dirigeant pour son pays doit être, de mon point de vue, constante. Ce n’est pas que je refuse la main tendue, là n’est pas la question. Je dis simplement que nous sommes dans un processus de réconciliation nationale qui a pris son temps. Comme j’ai l’habitude de le dire, la réconciliation n’est pas une course de vitesse. Il faut la faire de manière à ce que les Burkinabè apaisent les cœurs pour que nous puissions aboutir à quelque chose qui nous permette d’avancer. Nous aurons certainement à finaliser ce processus après les élections. Tout le monde pourra rentrer tranquillement au Burkina Faso et ceux qui ont des dossiers en justice se prépareront à les défendre.

France 24 : Est-ce que vous pourriez lui garantir un retour sans procès, sans vous engager dans un modèle sud-africain justice, vérité réconciliation ?

R.M.C.K. : Dans ma vision, si je suis réélu, je considère que le 1er semestre de 2021 doit me permettre de résoudre ces questions. Je ne peux pas dire que je vais l’autoriser à rentrer. C’est avec l’ensemble des composantes de la société que nous pourrons en discuter.

France 24 : En son temps, il n’y avait pas d’attentats au Burkina Faso, peut-être que son savoir-faire pourrait être utile ?

R.M.C.K. : Je préfère ne pas revenir sur des sujets qui fâchent, car ce n’est pas utile en ce moment. Ce qui nous intéresse simplement est de faire face aux défis. En ce qui concerne le terrorisme, il n’y a pas des gens qui ont une solution clé en main. Sinon, il y aurait des endroits aujourd’hui où le terrorisme serait supprimé.

France 24 : Donc d’ici le 30 juin 2021, le président Blaise Compaoré sera au Burkina ?

R.M.C.K. : Vous savez, j’ai toujours dit qu’on n’interdit à personne de rentrer. Nous avons simplement dit que ceux qui veulent et qui ont des problèmes avec la justice doivent se présenter à l’institution. Nous considérons qu’une fois que nous avons terminé avec les élections, nous allons réunir l’ensemble des composantes de notre société pour discuter de cette question de la réconciliation nationale et voir ce qu’il faut faire. En fonction de cela, la décision sera prise.

France 24 : Le coup d’Etat du 18 août dernier au Mali vous fait réfléchir à la fragilité de la démocratie, notamment ici au Burkina où la dernière tentative de coup d’Etat remonte à cinq ans ?

R.M.C.K. : Les coups d’Etat de façon générale sont des questions à bannir dans le processus de démocratie dans nos pays. C’est pour cela que la CEDEAO a été obligée de prendre des mesures fortes, de sorte que le retour à une transition civile puisse se faire et que nous puissions aller à des élections qui permettent au Mali de se retrouver dans le concert des nations. La fragilité est normale, la démocratie en Afrique est une démocratie qui ne prend pas en compte toutes les réalités sociales et culturelles de nos pays. Nous sommes à une soixantaine d’années de pratiques démocratiques souvent interrompues par des coups d’Etat. C’est une culture qu’il faut implémenter. Donc fragilité, je dis oui, mais pas du tout inquiétant dans la mesure où nous avons des outils pour gérer ces questions.

Entretien réalisé par RFI et France 24 et transcrit par La Rédaction sidwaya.info

 

 

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