Société

Femmes résilientes : ces amazones qui portent la culotte malgré elles

Soumis par Redaction le lun 31/05/2021 - 07:26
lrkj

Dans la conception commune du mariage, l'homme est celui qui est censé porter principalement les charges de la famille. Nourrir sa femme, ses enfants et ainsi subvenir aux besoins du ménage. L'apport financier de la femme étant pour longtemps considéré comme dérisoire dans le foyer. Mais force est de constater, que dans beaucoup de ménages, ce sont les femmes qui subviennent aux besoins financiers de la famille, ce, souvent malgré elles. Nous sommes allés à la rencontre de quelques unes de ces amazones porteuses de culottes à Ouagadougou.

Elles sont nombreuses ces femmes mariées, mères de famille qui jouent le rôle de chef de famille. Nourrir la famille, payer la scolarité des enfants, payer les frais médicaux, elles sont constamment celles qui délient la bourse dans le ménage. Mariées pour le meilleur et pour le pire, elles l'assument pleinement aux côtés de maris qui peinent à assumer leurs responsabilités familiales.

Nana Adissa, est l'une de ses porteuses de culotte. Mariée religieusement et coutumièrement à son mari depuis plus de dix ans et mère de quatre enfants, c'est elle qui prend en charge le ménage. Son mari, briquetier de son état peine à prendre en charge les frais du ménage depuis quelques années. Sa santé est devenue fragile et il ne ramène plus rien à la maison, nous confie dame Adissa.

Ainsi de la popote quotidienne en passant par les frais de scolarité des enfants, leur prise en charge sanitaire, c'est elle qui doit s'occuper de tout avec son commerce de vendeuse ambulante de produits de beauté. La famille survit grâce à ses recettes de vente de porte à porte.

La souffrance que j'endure est insoutenable mais j'évite d'en parler pour préserver l'honneur de mon mari auprès de sa famille

«Depuis près de trois ans, je ne reçois même plus de popote de mon mari. Mais je comprends vu qu'il est malade. C'est avec les recettes de mes ventes tous les jours, que nous mangeons. Je ne lui en tiens pas rigueur, avant quand il en avait la capacité, on s'entraidait», s'exprime-t-elle l'air pensif. Des dettes, elles en contractent pas mal auprès des vendeurs de vivres afin que les enfants ne dorment pas le ventre vide, mais le plus dur, relève notre interlocutrice demeure la scolarité des enfants.

«Pour la scolarité des enfants c'est compliqué, ils sont régulièrement chassés de l'école pour impayés. La plupart du temps c'est grâce aux micro-credits que j'obtiens pour mon commerce, que j'arrive à payer la totalité de la scolarité et souvent grâce à l'aide de certains membres de la famille. L'an passé par exemple, les enfants ont été chassés pour impayés, et j'ai dû informer le grand frère de mon mari qui m'a remis une partie de la somme ajoutée à une contribution de mon frère avant que les enfants ne puissent regagner les classes».

Une situation qui est loin de rendre le quotidien rose pour cette mère quarantaine. « La souffrance que j'endure est insoutenable mais j'évite d'en parler pour préserver l'honneur de mon mari auprès de sa famille et qu'on ait pas à toujours quémander auprès des autres. J'évite aux mieux de demander de l'aide auprès des membres de la famille parce que ce serait comme humilier mon mari, donc je me serre au mieux la ceinture afin d'éviter d'avoir à tendre la main», dit-elle entre un soupir.

Je ne m'attendais pas à ce que la vie de couple soit ainsi, pour moi on allait s'entraider sinon constater que c'est toi la femme qui porte toutes les charges, ce n'est pas simple.

Malgré tout, dame Adissa nous assure aimer comme au premier jour son mari et lui rend le respect dû à un époux.  Et de lancer, «même pour fumer sa cigarette, c'est moi qui lui donne l'argent. Ses sandales, c'est moi qui paye. Mais je lui témoigne toujours du respect parce qu'il reste mon mari. Et puis, j'ai déjà quatre enfants avec lui alors je ne vois pas l'intérêt de le quitter pour un autre homme tout simplement parce qu'il n'arrive pas à subvenir à nos besoins. C'est dur, mais je supporte espérant qu'une fois les enfants grands, tout cela ne sera que de mauvais souvenirs».

Nana Adissa ajoute ne pas se sentir différente des autres femmes mariées dont les maris assument la charge du foyer. «En dehors des problèmes financiers, il y a l'entente entre nous, même quand je rentre tard de mon commerce, il ne fait pas d'histoires, il sait que je ne peux pas lui être infidèle, que ces rentrées tardives, c'est juste pour pouvoir assurer notre pitance quotidienne», soutient-elle.

Comme elle, dame Assétou, 20 ans de mariage avec son homme, a aussi 4 enfants, et seule à s'occuper d'eux. Monitrice d'école maternelle, c'est avec ses petits commerces couplés, qu'elle gère le ménage. Son mari enchaîne des petits boulots sans cependant arriver à ramener grand chose pour combler les charges de la famille. Éclatant de rire à une de nos questions, dame Assétou répond, «je ne m'attendais pas à ce que la vie de couple soit ainsi, pour moi on allait s'entraider sinon constater que c'est toi la femme qui porte toutes les charges, ce n'est pas simple. Je ne m'attendais pas à ça ». Du reste, il dit tenir le coup pour ses enfants même si au quotidien c'est dur de porter la culotte malgré soit.

 

Samiratou OUEDRAOGO-Zoodomail

Pour vos commentaires, éviter, tout message à contenu diffamatoire, vulgaire, violent, ne respectant pas la vie privée .

Ajouter un commentaire

Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

2 + 1 =
Trouvez la solution de ce problème mathématique simple et saisissez le résultat. Par exemple, pour 1 + 3, saisissez 4.

Les trois dernières publications