Port de chaînes aux chevilles : entre symbolisme et préjugés

Soumis par Redaction le mar 16/11/2021 - 09:03
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Il n'est pas rare de voire des femmes, qu'elles soient jeunes filles ou femmes au foyer arborer des chaînes faites de perles à leur pied droit ou gauche ou souvent même aux deux pieds dans la ville de Ouagadougou. Parures à la mode, celles qui les portent affirment qu'elles le font pour l'esthétisme, cela serait un atout comme un autre qui contribue à donner plus de charme, de sensualité au corps de la femme. Tandis que certain (e)s y associent plutôt une image péjorative, allant à coller une étiquette de femmes aux mœurs légères sur celles qui portent des chaînes aux pieds. Nous avons essayer de comprendre si le port de chaînes aux pieds revêt une signification particulière ou s'il est simplement un effet de mode.

Originellement rattachée à l'Inde, la chaîne de pied ou chaîne de cheville, est réputée être une parure incontournable des femmes indiennes. Portée généralement pieds nus et complétée par les bagues d'orteil, celle-ci symbolise l'expression même de la féminité pour les femmes indiennes. Par contre, en Égypte ancienne, le port de bracelets de cheville était l’une des marques de la prostitution qui permet de distinguer la femme mariée de celle qui ne l’est pas, la femme aux multiples amants de celle qui ne connaît pas d’hommes.

Chez les Senoufo en Afrique de l'Ouest, le bracelet de cheville est porté lors des rites initiatiques, les fêtes et funérailles quand les femmes Peulh réputées pour être très coquettes, arborent elles, volontiers des bracelets de cheville, au même titre que leurs imposantes paires de boucles d’oreille ou leur coiffures très travaillées. Également ici, au Burkina Faso, les femmes appartenant à l’ethnie Kassena reçoivent des bracelets de cheville pour dot.

Traditionnellement portées par les épouses de chefs et les jeunes excisées

Ainsi, interrogées sur le sujet, les vieilles Salamata et Habibou, deux coépouses âgées chacune de plus de soixante ans, que nous avons rencontrées au quartier Cissin à Ouagadougou, nous apprennent, qu'avant, pendant la période de leur jeunesse, traditionnellement, il n'y avait que les épouses des chefs et les jeunes filles excisées qui pouvaient porter des bracelets faits de perles rouges à leurs pieds.

«Aujourd'hui, si des femmes portent des chaînes aux pieds, c'est certainement un effet de mode dû à la modernisation », soutient la vieille Salamata. Elle poursuit, qu'avant, mettre un collier ou une chaîne à son pied, ne se faisait pas au hasard. «Nous, on a porté des bracelets rouges à nos pieds quand nous avons été excisées. Le jour où vous sortez de la maison où vous avez été excisées pour rejoindre la communauté, il y a une cérémonie qu'on organise. Et c'est à cette occasion, que toutes celles qui ont été excisées sont parées avec des des colliers, des bracelets aux mains et aux pieds confectionnés avec des perles rouges», nous dit-elle.

A sa suite, sa coépouse Habibou ajoute qu'outre les nouvelles excisées, il n'y avait que les femmes des chefs qui pouvaient porter des chaînes aux pieds, c'était un privilège réservé aux «grandes dames» et l'idée ne serait venue à aucune femme en dehors de ce milieu élitiste d'en porter, à l'entendre. «Les parures coûtaient en plus chères à l'époque et n'importe quelle femme ne pouvait se le permettre même », indique-t-elle d'ailleurs.

Quant à leur belle-fille, Bibata la trentaine, mère de 3 enfants, elle nous explique que de nombreuses femmes portent les chaînes aux pieds en référence aux femmes indiennes qu'elles voient dans les feuilletons télévisés. «A mon sens, cela n'a rien de péjoratif! C'est comme les boucles d'oreilles ou les «bayas» qu'on porte. Personnellement, je connais beaucoup de femmes de «wahabia» qui en portent, mais comme elles portent le voile intégrale et sont totalement couvertes, beaucoup de gens l'ignorent. Ce n'est, que dans l'intimité de leurs maisons qu'on peut s'en rendre compte. D'ailleurs ce n'est pas interdit par la religion musulmane», nous fait savoir notre interlocutrice.

«Une femme qui se respecte ne porte pas ces genres de choses», foi de Charles

Elle nous confie par ailleurs, qu'elle est elle-même tentée d'en porter, mais à cause des préjugés autour, elle est toujours réticente à le faire. En effet, reconnait Bibata, énormément de personnes associent le port de chaîne aux pieds à la prostitution et cela a tendance à démotiver plusieurs femmes qui voudraient simplement le porter pour «pimenter» leur couple.

 Aussi, a-t-elle souligné, qu'il est vrai qu'il y a beaucoup de «filles de maquis» et des prostitués qui se sont appropriées le port des chaînes de cheville. Et c'est sans doute cela qui a fait une mauvaise publicité de l'accessoire, selon elle, mais, «il ne faut pas généraliser et juger les gens n'importe comment», préconise Bibata.

Charles, jeune mécanicien au bord de la voie, n'est pourtant pas de cet avis. « Une femme qui se respecte ne porte pas ces genres de choses. Ce sont les «wembas» (prostitués) qui mettent des chaînes à leurs chevilles pour faire savoir aux hommes quel genre de travail, elles font. C'est comme leur code ».

Convaincu que le port de chaînes aux pieds est l'apanage des filles aux mœurs légères, Charles soutient, que si sa copine s'hasarde à porter cela un jour, elle peut d'office considérer que c'est fini entre eux.

Une position qui tranche bien avec celle du copain de Sali, une coiffeuse. «En plus, de la chaîne à mon pied droit, comme vous pouvez le voir, je porte une bague sur une de mes orteils et cela ne dérange absolument pas mon copain. Au contraire, il trouve cela sexy!» dira-t-elle. Sali estime en effet, que le fait de porter une chaîne à sa cheville rend ses jambes plus gracieuses et belles donc elle n'en à que faire des «mauvaises langues». «De toutes façons quoi que vous fassiez de nos jours, il va toujours avoir des gens pour vous critiquer. Donc c'est mieux de vivre ta vie et faire ce qui te plaît », a-t-elle lancé.

 S.O-Zoodomail

 

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