Le jour où le Royaume-Uni a largué les amarres de l'UE

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Après 47 années passées en son sein, le Royaume-Uni est devenu, vendredi 31 janvier 2020, le premier pays à quitter l'Union européenne. Voici ce qu'il faut retenir de cette soirée historique et ce qui va changer à court et moyen terme.

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Le 23 juin 2016, les Britanniques choisissaient à 52% de quitter l'Union européenne. 1317 jours après, le vote s'est concrétisé ce vendredi 31 janvier 2020 à 23h. Une chose est sûre : jamais le royaume n'a paru aussi désuni.

Boris Johnson : le Brexit sera un « succès retentissant »

La soirée a véritablement commencé vers 22h avec une brève allocution du premier ministre britanique, qui restera comme l'homme qui a mené le Brexit à sa réalité.

 

Ce soir, nous quittons l'Union européenne. Pour beaucoup de personnes, c'est un extraordinaire moment d'espoir, un moment qu'ils pensaient ne jamais voir se produire. Mais bien sûr, beaucoup d'autres éprouvent un sentiment d'anxiété, de deuil. puis il y a un troisième groupe, peut-être le plus grand, qui a commencé à s'inquiéter que le combat politique autour du Brexit ne prenne jamais fin. Je comprends tous ces sentiments, et notre travail en tant que gouvernement, mon travail, est maintenant de rassembler ce pays et d'aller de l'avant. La chose la plus importante à dire ce soir est que tout ceci n'est pas une fin, mais un début. C'est un lever du jour, et le rideau se lève sur un jour nouveau dans la grande histoire de notre pays. Et oui,il s'agit de faire usage de ces nouveaux pouvoirs, de cette souveraineté retrouvée pour mettre en oeuvre les changements pour lesquels le peuple a voté.

Boris Johnson, qui a souhaité célébrer le moment dans la sobriété - il  est resté en privé au 10 Downing Street - a tenu à assurer que le Brexit marque « le début d'une nouvelle ère de coopération amicale » avec l'UE. Il prédit que le Brexit sera un « succès retentissant », et ce « quels que soient les obstacles ».

Nigel Farage : « nous ne reviendrons jamais »

« C'est la victoire du peuple contre l'establishement », a clamé Nigel Farrage, chantre de la première heure du Brexit, qui a harangué la foule de quelque 5000 Brexiters réunis devant lui. « Devant le Parlement de Westminster, les Brexiters ont fait la fête, bu du champagne, jouent des percussions : ils fêtent un moment historique », a témoigné l'envoyé spécial de France 24.

« Nous l'avons fait. Nous avons transformé le paysage de notre pays », a lancé Farage à la foule. « Nous faisons la fête ce soir parce que nous savons que c'est le moment le plus important de l'histoire moderne de notre grand pays (...) La guerre est finie, nous avons gagné. »

Un montage vidéo relatant l'histoire de la relation de la Grande-Bretagne avec l'Europe a provoqué des huées lorsque des pro-Europe comme l'ancien Premier ministre travailliste Tony Blair sont apparus à l'écran, tandis que les images des eurosceptiques Boris Johnson, Nigel Farage et Margaret Thatcher ont donné lieu à des clameurs.

■  Les Brexiters à la fête

Pour des raisons d'économie, Big Ben, par ailleurs en chantier, n'a pas sonné, comme l'auraient voulu les plus farouches Brexiters. Mais les coeurs étaient bien à la fête, en liesse même. Des milliers de partisans du Brexit ont accueilli l'événement historique par des applaudissements et l'hymne britannique devant le Parlement à Londres. La foule rassemblée autour du palais de Westminster a scandé le compte à rebours dans les 30 secondes précédant 23h locales. A la fin, elle a laissé éclater sa joie en applaudissant, lâchant des ballons dans le ciel et échangeant des embrassades.

Les Remainers font la tête

Autre ambiance, à quelques rues de là. Des centaines de partisans de l'UE ont tenu à sortir pour exprimer leur émotion. Reportage au milieu des « Remainers » déçus, avec notre envoyée spéciale, Frédérique Lebel

 

Nous sommes là pour marquer cette horrible journée de l'histoire britannique

 

Mine défaite, mais avec panache, à l'anglaise, avec perruques et bérets européens, Jane se dit «dévastée, furieuse et endeuillée»

Mais pour certains, tout n'est pas terminé, au contraire. Peter French a organisé pendant trois ans et demi des manifestations avec son mouvement United for Europe, mais il ne s'avoue toujours pas vaincu : « Pour moi, c'est la fin de la campagne pour rester dans l'Europe. Demain matin, c'est le début d'une autre campagne pour rejoindre l'Europe. Quelque soit le temps que cela prendra, je mènerai cette campagne jusqu'à ma mort et on va y arriver, je n'ai aucun doute, c'est un combat pour la prochaine génération, pour les jeunes, pour qu'ils aient les mêmes opportunités que nous avons eues au cours des quarante dernières années. »

■ Au nord du Royaume, la triste mine des Écossais

À Édimbourg, les Remainers sont nombreux : le non au Brexit l’avait emporté à 62% en 2016.

Des centaines de manifestants pro-européens et pro-indépendance se sont réunis devant le Parlement écossais. Tristesse - certains essuient des larmes -, colère :  ces deux mots reviennent invariablement dans les conversations face à ce départ forcé, rapporte notre envoyée spéciale Anastasia Becchio. Mais aussi espoir : celui de voir l'Écosse regagner, un jour, l'UE.

Alors on pense très fort à l'indépendance. Le mot a été scandé à 23h, l'heure fatidique. « C'est la seule alternative maintenant », constate Dario, venu d'Aberdeen, qui n'était pourtant pas un indépendantiste jusque-là.

La foule entonne « ce n'est qu'un au revoir » au son de la cornemuse. Puis, peu avant 1h, ils sont partis. Le drapeau européen va rester en face du Parlement écossais, en défi.

 

Les gens ne se sentent pas entendus, ni considérés. L'Irlande du Nord, l'Écosse et le Pays-de-Galles ont voté contre le deal et ont été tout à fait ignorés. On parle d'un Royaume-Uni mais ici les gens vont vous dire que c'est un royaume désuni, dans la mesure où même les Parlements des autres parties constituantes ne sont pas entendues. C'est un grand malaise.

Au nord du Royaume, la triste mine des Écossais

À la frontière irlandaise, cinq rassemblements, d’une centaine de personnes chacun, ont été organisés en opposition à la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Emeline Vin s’est rendue à Lifford, au nord-ouest de l'île, où une rivière marque la frontière. Tom Murray, porte-parole local de l’association des frontaliers contre le Brexit, a donné rendez-vous sur le pont, rapporte notre envoyée spéciale.

« Beaucoup de gens pensent que le Brexit, c’est fini. Le Brexit n’est pas fini, il y a toujours un risque d’un Brexit dur, jusqu’à ce que les négociations commerciales soient terminées, et garantissent la liberté de circulation des biens et des personnes. Et puis c’est important de marquer un jour aussi important que celui-ci, de rappeler que nous ne changerons pas la manière dont nous vivons sur cette île depuis 30 ans. »

Drapeau européen à la main, Andrew Morrow manifeste pour la première fois depuis les années 1970. « C’est une tragédie pour l’Europe, c’est une tragédie pour l’Irlande, déplore-t-il au micro d’Emeline VinSi à la frontière, ici, ça revient comme avant, ça serait un désastre. »

Parmi les manifestants, Maoliosa McHugh, élu à l’Assemblée nord-irlandaise - laquelle a refusé de donner son consentement à l’accord de retrait. « C’était pour refléter le sentiment qu’ont les gens du nord de l’Irlande envers le Brexit. Beaucoup étaient contre dès le départ, maintenant les gens sont contre à cause de la manière dont ça va être mis en place. »

Pour cet élu Sinn Féin, et pour beaucoup de manifestants ici, la solution au Brexit, c’est la réunification des deux Irlandes.

■ Et maintenant ?

Dans l'immédiat, rien ne va réellement changer à partir de ce 1er février : pendant la période transitoire qui s'ouvre, le Royaume-Uni reste arrimé aux règles de l'UE tant que le statut de partenariat n'est pas établi. Pour le budget par exemple, le Royaume-Uni, deuxième contributeur net derrière l'Allemagne, continue à verser sa part jusqu'à la fin de la transition. Les seuls changements sont pour le moment symboliques.

À Bruxelles, il y a désormais un drapeau en moins devant la Commission européenne : l'Union Jack. Le drapeau britannique a été remisé du Conseil européen à Bruxelles, vers 18H30 GMT, puis simultanément une demi-heure

plus tard des deux sièges du Parlement européen, à Strasbourg et Bruxelles, dans une atmosphère solennelle. Ensuite, à l'intérieur même de cette Commission, il n'y aura plus de députés britanniques : les 73 eurodéputés élus en mai ont plié bagage. Leurs postes sont répartis, pour 27 d'entre eux, entre 14 États membres. Les sièges restant sont mis en réserve en cas d'élargissement. L'Assemblée passe de 751 à 705 membres.

Par ailleurs, l'UE compte désormais 66 millions d'habitants en moins pour tomber à environ 440 millions ; son territoire perd 5,5% de sa surface ; elle voit surtout lâcher la deuxième puissance économique et une large part de son PIB.

Le Brexit devrait être effectif au 31 décembre 2020. Les changements profonds n'interviendront donc qu'à partir de 2021. S'ouvre aujourd'hui la deuxième phase, celle de la négociation entre Londres et Bruxelles sur leurs relations, économiques, politiques, commerciales, etc.

Pour ce faire, Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit, va reprendre son bâton de pèlerin dès la semaine prochaine pour mettre en chantier les nombreux dossiers. Michel Barnier doit présenter lundi les priorités de son mandat et le modus operandi de cette seconde phase. Il a rencontré vendredi en fin d'après-midi à Paris le président Emmanuel Macron, qui a qualifié le Brexit de « signal d'alarme historique ». Boris Johnson doit également annoncer la semaine prochaine, peut-être dès lundi, son programme de négociation, qu'il entend boucler avant la fin de l'année.

Il y aura deux volets principaux : les enjeux de sécurité seront centraux, mais c'est le partenariat économique et commercial qui annonce un long bras de fer. La principale préoccupation de Bruxelles est que Londres ne dérégule pas son économie, respecte les règles, sociales, environnementales ou fiscales . Sauf qu'outre-Manche, Boris Johnson a déjà prévenu : pas question de s’aligner sur les normes européennes. L'ouverture de ce volet est prévue pour février/mars.

 

« Il est très probable que la Grande-Bretagne et l'Union européenne trouvent un accord complet dans le secteur du commerce des biens. Mais dans les services c est autre chose. Ce secteur est très lié à l'immigration. C’est facile d’importer des voitures allemandes, mais autoriser des dentistes allemands à s’installer à Londres, c’est autre chose. Sur les services et l’immigration ça va être vraiment difficile de trouver un accord, parce que le pays veut changer la loi sur ces sujets, et entre autres très probablement mettre fin à la liberté de circulation.Ce qui aussi très important à mes yeux, ce n'est pas que la Grande-Bretagne change sa relation avec l'UE, mais le processus pour passer du marché unique européen à ce nouvel traité commercial, quel qu’il soit. Comment l'Union européenne et la Grande-Bretagne vont-elles se mettre d’accord pour adoucir la transition, c’est un point très important, et je pense qu’il ne sera pas abordé avant la fin de l’année.

 

Kallum Pickering, chef économiste chez Berenberg

« Nous voulons avoir le meilleur partenariat possible avec le Royaume-Uni », a assuré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « Mais il est clair qu'il y aura toujours une différence. Appartenir à l'Union européenne, c'est quelque chose qui compte », a-t-elle aussi averti lors d'une conférence de presse, aux côtés des présidents du Conseil Charles Michel et du Parlement David Sassoli, le drapeau européen en arrière-plan.

RFI

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