Luttes syndicales

Contribution du mouvement syndical aux grands tournants historiques du Burkina Faso

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Le mouvement syndical burkinabè, à l’image du mouvement syndical africain, a été marqué dès sa naissance par l’engagement de ses leaders dans la lutte anticoloniale.

Après les indépendances formelles, le mouvement syndical, caractérisé entre autres par son pluralisme et la lutte constante contre les diverses tentatives de le caporaliser ou de le contrôler, va engager de grandes luttes notamment unitaires. Ainsi, les grands tournants de la vie du pays portent les empreintes indélébiles du mouvement syndical. 

Nous allons aborder les grands moments de la vie sociopolitique du pays en mettant en exergue l’apport des syndicats.

 

Sous la première république de Maurice YAMEOGO, la gestion du pouvoir a été marquée par un certain nombre de dérives, notamment la gabegie, la corruption, la restriction des libertés politiques et syndicales, le mépris et l’arrogance vis-à-vis des organisations démocratiques :

  • expulsion de leaders syndicaux d’origines sénégalaise et guinéenne dans leurs pays d’origine.
  • interdiction pure et simple sur le territoire national de l’Union Générale des Étudiants Voltaïques (UGEV) créée en juillet 1960.
    • Le vote par l’Assemblée Nationale le 27 avril 1964, d’une loi faisait obligation aux syndicats du pays de fusionner en une centrale syndicale unique qui devait être sous le contrôle du parti unique ;
    • adoption de mesures de baisse des salaires et des allocations familiales, accompagnées d’arrestations de dirigeants politiques et syndicaux.

Ces dernières mesures d’un pouvoir qui s’était fait réélire avec un score de 99, 97% vont susciter une forte réaction des syndicats. Malgré un déploiement policier impressionnant, malgré la proclamation de l’état d’urgence et la caractérisation de la grève d’illégale, l’action des syndicats aboutit le 3 janvier 1966, à un véritable soulèvement populaire qui mettait fin à la première république. 

 

Sous le général Sangoulé LAMIZANA, aux sacrifices imposés aux travailleurs et les menaces contre les « fauteurs de troubles et les colporteurs de fausses nouvelles » vont succéder des pratiques du nouveau pouvoir telles que les détournements des dons de vivres, l’institution de l’IUTS et une “ contribution patriotique ” pour soutenir le conflit frontalier Mali-Haute-Volta et surtout un projet de mise en place d’un parti unique. Face à ces attaques et surtout aux tentatives d’embrigadement du peuple engagées par le général Sangoulé LAMIZANA et ses hommes avec son projet de parti unique, le mouvement syndical de l’époque a encore pris ses responsabilités : il a appelé à la grève générale pour les 17 et 18 Décembre 1975.

La grève des 17 et 18 décembre 1975 a paralysé pendant 48 heures l’activité économique du pays et a contraint le Général LAMIZANA et son équipe à abandonner leur projet de création de Parti unique, à augmenter les salaires, à supprimer la “ contribution patriotique ” et à poursuivre en justice les détourneurs de céréales.

 

Les pouvoirs d’exception du CMRPN, du CSP et du CNR ont sérieusement malmené les libertés démocratiques et syndicales :  interdiction des Assemblées Générales syndicales, perquisitions de domiciles et détentions de responsables syndicaux, suppression, puis limitation du droit de grève, arrestations et déportations de militants syndicaux pour faits de grève, licenciements et procès de syndicalistes, dissolution de la centrale syndicale CSV avec mandat d’arrêt contre son Secrétaire Général, le 10 novembre 1984, notification au bureau du SNEAHV qu’il n’a plus le droit d’existence en tant que syndicat, l’organisation de putschs syndicaux (SYNTSHA,…),licenciements massifs, arrestations, détentions et tortures de militants syndicaux, levées d’assemblées générales et d’instances, attaques et occupations de la Bourse du Travail, etc. L’unité d’action entre travailleurs, élèves et étudiants qui s’est manifestée dès les années 82-83 va se renforcer et se matérialiser sous le CNR à travers le FRONT SYNDICAL qui va organiser la résistance, dénoncer combattre l’immixtion du pouvoir dans les affaires internes des syndicats et exiger le retour à une vie constitutionnelle normale.

 

Sous le Front populaire, c’est dans le cadre d’une unité d’action syndicale que les organisations des travailleurs ont pris part aux Assises Nationales sur l’avant-projet de Constitution.

Les 15, 16 et 17 novembre 1991, se tiennent les Etats Généraux du Syndicalisme Burkinabè. A l’occasion, les syndicats, unanimement, ont condamné et rejeté le P.A.S et proposé des solutions internes concertées aux problèmes de l’économie du pays. Par ailleurs, les Etats Généraux, ont formulé des revendications pour la consolidation des libertés démocratiques et syndicales, et une fois encore exigé la réhabilitation de citoyens sanctionnés pour délit d’opinion. La plate- forme du mouvement syndical fera l’objet de négociations avec le gouvernement qui aboutiront à la signature d’un protocole d’accord gouvernement / syndicats en décembre 1991.

 

A noter qu’entre septembre et décembre 1998, suite à la volonté du gouvernement de supprimer le 03 janvier comme jour férié, chômé et payé, l’ensemble des Centrales syndicales firent front contre cette volonté, dans une lettre en date du 03 décembre 1998 adressée au Ministre de l’Emploi du Travail et de la Sécurité Sociale.  Le 3 janvier sera réhabilité.

 

Suite à l’assassinat du journaliste Norbert ZONGO le 13 décembre 1998, Norbert ZONGO, directeur de publication du journal “ L’INDEPENDANT ”, après 5 ans de division syndicale sur la question, le mouvement syndical s’accorde pour inscrire dans son cahier de doléances la revendication portant sur le traitement du dossier Norbert ZONGO. 

Cette évolution est liée au fait qu’une unité d’action a été renouée en 1999 et se maintient depuis lors autour d’une plate-forme et des actions unitaires de formation, de luttes (notamment des grèves et des marches-meetings), de négociations, de commémoration unitaire du 1er mai (dépôt d’un cahier de doléances) et de démarches. Ces actions ont produit d’importants acquis pour le monde du travail et pour les populations en général : baisses des prix des produits de grande consommation dont ceux des hydrocarbures, reconstruction de Rood Woko, reprise du transport en commun, l’annulation de la Taxe de Développement communal (TDC), le traitement de nombreux dossiers sociaux, les réductions sur l’IUTS, le déplafonnement de l’assiette de cotisation à la CNSS, le relèvement du taux de cotisation et d’annuité, le relèvement des allocations familiales, le relèvement du SMIG, le règlement des arriérés d’avancements des agents publics, la prise en charge des risques professionnels des agents publics, l’institution de l’indemnité de fin de contrat pour les fonctionnaires, le relèvement des tranches sociales de l’eau et de l’électricité respectivement à 8m3 et à 75 KWH, l’instauration d’une indemnité de stage, etc.

Dans le domaine de la liberté syndicale, un acquis important est à signaler : c’est la reconnaissance de la grève de solidarité que le gouvernement et le patronat ont rejetée pendant longtemps.

Dans la lutte contre la modification de l’article 37 de la constitution et contre la mise en place d’un Sénat, le mouvement syndical n’a pas pu faire l’unanimité. Cependant, à l’occasion du meeting organisé par la CCVC le 13 juillet 2013, les organisations membres ont adopté une position claire sur la question du changement : il ne s’agissait pas de prôner le changement pour le changement mais d’œuvrer à un vrai changement.

Il est important de souligner que pendant des décennies de répression des différents régimes, cet énorme travail d’éducation et de mobilisation, effectué par les organisations syndicales, aux côtés des autres forces démocratiques de notre pays, a contribué à l’éveil de conscience qui aboutira à l’avènement de l’insurrection populaire des 30 et 31 Octobre 2014.  

 

Sous la transition, dans sa première déclaration post-insurrection, datée du 3 novembre 2014, l’UAS, faisant part de sa réaction et de ses attentes, a imputé la responsabilité des tueries, des destructions et pillages de biens publics et privés au pouvoir de Blaise COMPAORE qui doit donc répondre de ses crimes. L’UAS a par ailleurs exigé que soient recherchés et identifiés les éléments des Forces de Sécurité et de Défense qui ont tiré sur les manifestants(es) lors de l’insurrection populaire et les traduire en justice.

Enfin, le mouvement syndical a réaffirmé son attachement au maintien et à l’élargissement des libertés démocratiques et syndicales, à un examen sérieux des préoccupations du monde du travail synthétisées dans le cahier de doléances unitaire et dans les plates-formes revendicatives sectorielles. »

 

Réunie à la Bourse du Travail le jeudi 20 novembre 2014, alors que les OSC se tiraillaient sur les sièges pouvant être accordés aux syndicats, l’UAS a décidé qu’elle ne participerait ni au gouvernement, ni au Conseil National de Transition (CNT) mais estimait qu’elle avait toute sa place dans la Commission de réconciliation nationale et des réformes où elle comptait bien exposer ses préoccupations et ses propositions sur les questions inscrites à son objet.

Dans ce sens, elle a adressé au Premier Ministre une correspondance datée du 30 janvier 2015 avec ampliation au Président du Conseil National de la Transition pour exprimer sa volonté de contribuer pleinement aux travaux de la Commission Nationale de Réconciliation Nationale et des Réformes et lui demander expressément de lui permettre d’être présente dans les différentes sous-commissions. Cette demande est restée sans suite.

Il convient de noter que de nombreuses luttes ont été menées par les syndicats notamment aux niveaux sectoriels autour des préoccupations des travailleurs.  Il convient de noter également que l’esprit de l’unité d’action qui a traversé tout le parcours du mouvement syndical de 1966 à nos jours a contribué à la création de cadres d’organisation dans divers secteurs d’activités où de nombreuses luttes ont été menées par les syndicats autour des préoccupations des travailleurs.

Le renforcement de l’UAS lui a permis de contribuer de façon décisive à la résistance victorieuse contre le coup d’état du RSP du général Gilbert DIENDERE, à travers son mot d’ordre de grève générale lancée dès le 16 septembre 2015 et massivement suivie sur l’ensemble du territoire national.

 

Sous le régime de Rock Marc Christian KABORE, les luttes engagées sous la transition se sont poursuivies et se sont renforcées du fait que :

  • l’esprit de l’insurrection s’est traduit par la naissance de nombreuses organisations syndicales et le déclenchement de luttes multiples et multiformes ;
  • les préoccupations populaires fortement exprimées suite à l’insurrection ne sont pas prises en considération (lotissements, logement, chômage des jeunes, santé et éducation, …)  
  • la gestion du pouvoir par le MPP est fortement marqué par l’impunité, toute chose qui loin de favoriser le vivre ensemble et renforcer la confiance des populations aux dirigeants, fragilise la cohésion sociale et creuse un fossé entre les dirigeants et les populations. Certes il y a eu de timides avancées au niveau de la justice, mais beaucoup reste à faire pour étancher la soif de justice des burkinabè ;
  • les difficultés à assurer la sécurité des burkinabè, ce qui est à l’origine de la création des groupes d’autodéfense appelés koglweogo.

Au regard de tous ces faits, les demandes réitérées de trêve sociale ressemblent à une invite faite aux syndicats de renoncer à leur rôle de veille citoyenne et d’interpellation des autorités sur les manquements constatés dans la gouvernance.

Concernant la gestion de la question sécuritaire, nous observons que les autorités accordent une trop grande place aux forces étrangères. 

 

Conclusion

 

Dans le contexte particulier que connaît notre pays aujourd’hui, marqué d’une part, par l’aggravation de l’insécurité et d’autre part, par de graves atteintes aux libertés, les travailleurs doivent renforcer leurs organisations, développer la solidarité entre eux et avec les autres couches populaires, lutter contre les restrictions aux libertés démocratiques et syndicales, contre la mauvaise gestion des ressources publiques, contre l’impunité des crimes économiques et de sang et pour de meilleures conditions de vie et de travail.

C’est ce que l’UAS s’efforce de faire jusque-là en évitant les pièges de la division et de la compromission. La commémoration du 3 Janvier 1966 permet au mouvement syndical et aux travailleurs de réfléchir sur leur rôle et leur contribution à la résolution des problèmes des travailleurs et de notre peuple. Et pour bien apprécier cette contribution, il suffit d’imaginer ce qui serait arrivé si les syndicats n’avaient pas joué leur rôle, en 1966, en 1975, de 1983 à 1987, dans les années 1990 contre les PAS, et plus près de nous en 2015 contre le coup d’Etat du Général Gilbert DIENDERE

UNITÉ D’ACTION SYNDICALE

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