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Burkina Faso : bâtir un nouveau leadership

Soumis par Redaction le lun 22/02/2021 - 13:03
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La longue file des ralliements au MPP et l’espèce de nostalgie que suscite toujours le président Blaise Compaoré, dans certains milieux, constituent, peut-être, des preuves d’une pauvreté de leadership, dans le nouveau paysage politique burkinabè. D’autres figures, jeunes, crédibles et solides, doivent émerger, pour que notre pays redonne espoir à sa population.

Nous définissons, ici, le mot leadership comme un groupe de personnalités fiables, jouissant d’une aura ou d’un charisme à même de susciter l’adhésion des masses populaires à leurs programmes de société respectifs. Ajoutons à cela, « un acte fort de leadership » que nous disséquons, ainsi qu’il suit : le fait, prouvé, d’une action d’envergure, menée à bien, avec le soutien consensuel de la population, par une personnalité publique. Ces préliminaires, forcément restreintes, nous permettent d’avancer dans notre cheminement.

Questions sur les ralliements

Le nouveau paysage politique burkinabè, ou paysage de l’après élections de novembre 2020, pourrait entrainer et provoquer des questionnements divers :

1 - Que vise le MPP, à travers ces débauchages ou ces recrutements d’opposants, durement sanctionnés par le suffrage universel, dont, a priori, il n’a pas besoin pour gouverner, confortablement ?

2 - Qu’est-ce qui a pu pousser une partie de l’opposition dans les bras du pouvoir en place, dans une position où elle n’a aucune possibilité de négociation avec le pouvoir en place, et à un moment où elle a intérêt à tout accepter de sa nouvelle tutelle, contrainte ou autosuggérée ?

3 - Qu’en pensent les rares Burkinabè de bonne volonté, qui s’essaient encore à jouer le jeu démocratique, en se rendant aux urnes ?

4 - Quelle configuration aura l’opposition, les semaines à venir, quand le président du CDP, avec ses vingt députés, aura été consacré Chef de file de l’opposition (CFOP) ?

Question de base : Dans ce nouveau paysage politique, comment bâtir un nouveau leadership au Burkina Faso, pour redonner ou donner au peuple l’espoir d’une amélioration de la gouvernance du pays ?

Quelques esquisses de réponses que les personnes, qui liront ces propos, enrichiront ou contesteront, je l’espère, en toute courtoisie…

1. Les visées supposées du MPP : « C’est pour brider les ambitions et les appétits du NDT ». « C’est du sauvetage, humanitaire, d’opposants laminés et en détresse ». « C’est pour reconstituer, peu à peu, la Galaxie Compaoré, avec sa frange active de l’Insurrection d’octobre 2014 ». « C’est pour élargir la base sociale et politique du MPP ». « C’est pour faire baisser la tension politique, après la virulente campagne électorale ». « C’est, c’est, c’est … ». La liste d’hypothèses s’allonge, indéfinie et incertaine, donc dynamique.

2. Le ralliement d’opposants : « Ils ont voulu se venger du peuple souverain, qui les a bien sanctionnés dans les urnes ». « Ils ont voulu régler leurs problèmes sociaux, car, financièrement essorés par cinq ans d’opposition et par des campagnes électorales coûteuses ». « Ils redoutaient des ralliements individuels de leurs cadres ». « Ils veulent prendre la citadelle MPP, de l’intérieur ». « Ils veulent mettre fin à cette guerre civile politique, que nous avons connue, ces cinq dernières années ». « Ils, ils, ils… ».

3. Ceux qui croient encore au jeu démocratique pour changer la réalité s’accrochent aux arguments suivants : « Il y a encore des forces de changement dans le reste de l’opposition ». « Il n’y avait pas de différence entre les opposants ralliés et le MPP ». « Ils ont, tous, été formés et promus par Blaise ». « Gardons espoir en les potentialités de changement de notre peuple ! » « Nous sommes déroutés voire dégoûtés par ces retournements de veste. »

4. La nouvelle opposition politique : Inutile de se perdre en conjectures, ce n’est pas la peine de se griller les neurones, les semaines prochaines nous révéleront les partis et formations politiques qui vont continuer à grignoter la maigre broussaille du maquis idéologique de notre pays, sous la bannière du nouveau CFOP. Nous réaliserons aussi quels seront les positionnements des autres. Patience !

Comment bâtir un nouveau leadership au Burkina Faso ?

Commençons par un exemple d’acte fort de leadership. Au lendemain de l’Insurrection d’octobre 2014, M. Simon Compaoré a invité le Peuple insurgé à nettoyer la ville de Ouagadougou des saletés et ordures provoquées par cette intervention directe de notre peuple. Dans la discipline, et toutes tendances politiques confondues, des Burkinabè ont répondu à l’appel. Notre chère capitale n’avait jamais été aussi belle !

Personnellement, ému jusqu’aux larmes, je me suis posé ces deux questions :

1. Quelle recette Simon a-t-il utilisée pour convaincre ce large spectre de la société burkinabè de le suivre ?

2. Pourquoi le peuple insurgé, savourant encore sa victoire de la veille, et bien que fatigué par les veilles et par les marches, a-t-il accepté de répondre à l’Appel de Simon ?

Un leader est une personnalité que l’on suit parce qu’on est convaincu que la voie et l’action qu’elle propose sont bénéfiques à la nation entière. Comment faire éclore des jeunes de cette trempe ? La population burkinabè est jeune, très jeune. Par conséquent, il serait rationnel que le Burkina Faso soit dirigé, dans un proche avenir, par des jeunes. Pourquoi pas des jeunes personnes de 18 à 40 ans, maximum ?  Les plus de quarante ans seraient là, pour leur prodiguer des conseils, sur demande : se montrer disponibles, sans s’imposer !

Faudra-t-il créer des « Académies de leadership » ? Pourrions-nous dispenser des « cours de leadership », dès l’école primaire ? Les partis et formations politiques pourraient-ils, enfin, se mettre à former leurs militants et sympathisants jeunes, en les préparant à prendre la relève, dans cinq ans, aux élections prochaines ? Il ne s’agit pas d’allumer une « guerre générationnelle » dans les partis et formations politiques. Plutôt, ce serait une forte incitation, dans le sens de l’histoire.

Une histoire édifiante, vécue, pour conclure : En Ouganda, dès l’école primaire, chaque classe doit désigner, à la rentrée, un « Chef ». Les chers enfants constituent des « listes » ou des « états-majors » de campagne, qui s’affrontent, avec des « programmes d’amélioration des conditions de vie et de travail au sein de l’école ». Les enseignants accordent du temps de campagne auxdites listes qui défilent, au tableau, pour défendre, chacun, leur programme. À l’occasion, les enfants démontrent que le pays regorge de tant de Yoweri Museveni en herbe ! C’est à l’issue de cet affrontement d’idées que le vote intervient… Ah, quel bel exercice ou quel bel apprentissage de leadership ! À méditer…

André Marie POUYA

Journaliste & Consultant

 

 

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