COVID-19 :les théories des relations internationales à l’épreuve

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Depuis l’apparition du Coronavirus ou COVID-19, les trois (03) grandes théories des relations internationales sont à nouveau mises en branle. Le Réalisme, le Libéralisme et l’Idéalisme (proche du Constructivisme) ont servis de substrats théoriques dans l’approche et la gestion de la pandémie. Comment concrètement les Grandes Puissances et les pays en développements affectés sont en train de gérer cette pandémie à travers le prisme de ces théories ?

 

Tout d’abord, que recouvrent ces théories brièvement?

 

Le réalisme ou réalisme classique affirme rigoureusement que l'Etat poursuit et doit poursuivre son intérêt national. Un de ses postulats est que le manque de confiance entre les États implique qu'ils doivent augmenter leur propre puissance pour assurer leur défense et leur propre survie face à d'autres États potentiellement hostiles et plus puissants. Le réalisme comme doctrine, se définit principalement comme opposition à l'espoir ou l'illusion idéalistes d'un système international fondé sur la négation de la force et la valeur absolue accordée à une idée ou à une loi (ici, le droit international). Le réalisme rejette l'idéalisme pour deux sortes de raisons : parce qu'il lui reproche de ne pas correspondre à la réalité mais aussi parce que l'idéalisme, lorsqu'il défend des principes totaux, peut mener au fanatisme et donc à la guerre la plus violente.

Comme praxéologie, le réalisme déduit de son opposition à un idéalisme excessif, la recommandation de faire montre de prudence dans la conduite des affaires étrangères, ce qui signifie qu'il faut se fixer des objectifs limités et concrets au lieu du triomphe de grands principes absolus. L’un des concepteurs (sinon le principal) du réalisme classique est l’Américain d’origine allemande, Hans Joachim Morgenthau (1904-1980) tandis que l’un des praticiens le plus célèbre est Henry Kissenger (1923-1977), ancien Secrétaire d’Etat américain. L’actuel président des USA, Donald Trump, est aussi l’un des adeptes du réalisme classique.  

 

Le libéralisme est, dans la matière des relations internationales, un courant subséquent au réalisme.  Il se caractérise par l'importance qu'il accorde aux acteurs non étatiques, au rôle des entreprises multinationales, d’ONG et d'organisations humanitaires ou de coopération entre Etats (telle que l’ONU), etc. Le libéralisme est étroitement lié à l’idéalisme qui vient mettre l'accent sur d'autres facteurs déterminants des relations internationales au lieu de s'en tenir à des analyses basées uniquement sur les intérêts des États. La globalisation économique ainsi que les technologies de l’information et de la communication ont conduit à l'intensification des relations internationales et transnationales. L’un des postulats du libéralisme est l’interdépendance entre les Etats. Le libéralisme  plonge ses racines dans les réflexions des philosophes écossais Adam Smith (1723-1790) et  allemand Emmanuel Kant (1724-1804). Bill Clinton ancien président américain et Koffi Annan (1938-2018), ancien Secrétaire Général des Nations Unies font partie des personnalités qui ont pratiqué cette théorie.

 

En relations internationales, l’idéalisme promeut une diplomatie ouverte et multilatérale, régulée par le droit international et les organisations internationales. L’idéalisme dont la nouvelle version est le constructivisme, prône une politique étrangère construite sur des valeurs morales, un substrat culturel et le respect des droits de l’homme. Le but de cette école est la paix. Pour éliminer la menace de guerre, il faut passer par une diplomatie ouverte et un désarmement général. Les conflits doivent être résolus par des procédures de règlement pacifique comme la négociation. Cette théorie est aussi appelée « théorie légaliste ».  Les idéalistes tout comme les constructivistes postulent la thèse selon laquelle l’intérêt national est une aberration. Ils promeuvent un ordre international basé sur des valeurs communes. Le processus de formation de l’Union Européenne est considéré par certains auteurs comme l’illustration parfaite de l’idéalisme (constructivisme) parce que cette entité est une réalité historiquement et socialement construite. Elle partage les mêmes valeurs de démocratie, un même substrat culturel et se fonde sur une économique intégrée dont l’histoire remonte à l’exploitation commune du fer et du charbon. Parmi les concepteurs de l’idéalisme et du constructivisme, l’on note respectivement Emmanuel Kant et l’Américain Alexander Wendt. L’un des praticiens les plus connus est l’Indien Mahatma Ghandi (1869-1948), adepte de la non-violence.

 

L’application au COVID-19

 

La gestion de la pandémie liée au Coronavirus ou COVID-19 se fait à travers le prisme des théories des relations internationales ci-dessus évoquées. De ces trois (03) grandes théories, le réalisme semble être la plus privilégiée. Dès les premières semaines de l’épidémie, la Chine et les autres Etats (USA, Grande Bretagne, France, etc.) sont entrés chacun dans une logique de protection son intérêt national. La Chine, quoique foyer de l’épidémie, a décidé de fermer ses frontières ; ce qui a engendré des pertes sèches pour certaines compagnies aériennes occidentales. A l’inverse, plusieurs Etats ont procédé au rapatriement de leurs ressortissants vivant en Chine. Avec l’évolution de l’épidémie en pandémie (dimension mondiale), la plupart des Etats affectés ont procédé à la fermeture de leurs frontières. Cette mesure drastique dans un contexte de mondialisation, procède du réalisme. Elle a été prise dans le but de défendre et de protéger l’intérêt national de chaque pays concerné qui est la préservation de la santé des populations. Le Burkina Faso s’est inscrit dans la même logique. L’épidémie y a été officiellement annoncée en début mars 2020 et la fermeture des frontières actée quelques jours plus tard. Cette mesure d’une très haute souveraineté vient confirmer un des postulats majeurs du réalisme classique selon lequel «le manque de confiance entre les États implique qu'ils doivent augmenter leur propre puissance pour assurer leur défense et leur propre survie face à d'autres États potentiellement hostiles et plus puissants». C’est ce qu’a fait le Gouvernement du Burkina Faso et c’est de bonne guerre. La conséquence de cette décision en cas de violation, n’est autre que l’usage de la force tel que prôné par le réalisme.

Lorsque le président américain Donald Trump qualifie le Coronavirus de virus chinois, il prépare l’opinion nationale américaine et l’opinion internationale à des formes de représailles contre la Chine. Si la thèse selon laquelle, le Coronavirus serait une arme bactériologique lancée contre la Chine, n’est pas vérifiée, la posture de Donald Trump vis-à-vis de cette puissance rivale semble suspecte. Et dans une logique réaliste, les USA ne se priveraient pas d’applaudir si l’économie de la Chine sombrait suite à cette pandémie.

Mais l’approche réaliste n’est pas la seule mise œuvre dans la gestion du Coronavirus. Qu’en est-il du libéralisme ?

Le libéralisme comme ci-dessus évoqué, appelle à la coopération entre les Etats et non à la compétition. Dans la gestion de cette pandémie, certains Etats ont manifesté leur solidarité à d’autres. En Italie, alors que le nombre de décès ne cessait d’augmenter, le pays a bénéficié de l’aide internationale. En effet, la Chine, la Russie et Cuba ont envoyé des équipes médicales et des tonnes de matériel pour prêter main forte au personnel soignant. Cette solidarité, est l’expression de l’interdépendance entre ces Etats. Hier, c’était la Chine qui était fortement affectée, aujourd’hui c’est l’Italie. Venir en aide à l’Italie, permettra d’endiguer la pandémie. C’est cette attitude que le reste du monde devait avoir vis-à-vis de la Chine dès le début de l’apparition de l’épidémie. Avec la globalisation économique et le développement des moyens de transport, l’interdépendance entre les pays se trouve accentuée et il était illusoire de penser qu’une épidémie comme celle du Coronavirus qui se déclenche dans un pays ne toucherait pas le reste du monde. Le virus ne connaît pas de frontières.

Il faut signaler que la Chine a aussi apporté son aide à plusieurs pays africains. A travers son ambassade au Burkina Faso, elle a remis un important lot de matériels médicaux au Gouvernement burkinabè.

Le libéralisme s’est aussi mis en branle par l’entrée en jeu d’organisations internationales et d’entreprises multinationales. Ainsi, en est-il de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), agence spécialisée des Nations Unies. L’OMS, après un diagnostic de la situation, a proposé des mesures et gestes-barrières pour lutter contre le virus. Le Groupe de la Banque Mondiale a mobilisé une aide initiale de 12 milliards de dollars pour apporter un appui rapide aux pays en voie de développement confrontés aux conséquences sanitaires et économiques de la pandémie. Des entreprises multinationales ou celles ayant cette dimension ont aussi apporté leur appui à des Etats.

 

Le réalisme classique et le libéralisme ne sont pas les seules théories appliquées au COVID-19. L’idéalisme (ou le constructivisme) a aussi été mis en œuvre. Idéologie articulant les valeurs de paix et le respect de droits de l’homme, cette théorie se traduit en réalité tangible dans certaines décisions telles que celle du Pape François. En effet, le souverain pontife a demandé à ses coreligionnaires de faire une prière commune. Dans cette école de la paix, on peut aussi loger l’appel du Secrétaire Général des Nations Unies à éteindre tous les foyers de guerre pour se focaliser sur la lutte contre la pandémie. Ici, l’intérêt national ne saurait être la priorité. L’accent est mis sur le vivre-ensemble dans un espace commun qui est la planète Terre. Ce vivre-ensemble se fonde sur notre appartenance à la communauté humaine et le partage d’un certain nombre de valeurs morales. En activant cette dimension de l’humanisme, l’idéalisme (ou le constructivisme) prône l’adoption de comportements favorables à la lutte contre la pandémie. L’appel du Pape, au-delà de la prière, vise à susciter au niveau individuel, une attitude de charité et de générosité en vue de se protéger et d’éviter de propager le virus. Celui du Secrétaire Général des Nations Unies s’adressant beaucoup plus aux Etats et prônant la fin des conflits, devrait permettre à chaque Etat de prendre des mesures pacifiques idoines susceptibles d’endiguer la pandémie. On pourrait dire que cela relève de l’utopie, mais le mérite de ce genre d’appels est qu’ils demeurent une force morale dans un monde en perte de valeurs.

Les trois (03) grandes théories des relations internationales mises en œuvre dans l’approche et la gestion de la crise liée au COVID-19, ne s’excluent pas mutuellement. Au contraire, elles se complètent. Aucune n’est bonne ni mauvaise en soi. C’est dans leur savante combinaison que les Etats peuvent parvenir à trouver la solution à cette pandémie qui, sur le plan géopolitique, achève de convaincre les plus sceptiques de la véracité de l’adage selon lequel «lorsque la Chine éternue, c’est le monde entier qui s’enrhume».

 

K.Y.K

 

 

 

 

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