Les évacuations sanitaires

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A quand la fin de ce cauchemar que nous vivons ensemble comme dans un rêve éveillé ? à peine venons- nous de dire bonjour à 2020 en la souhaitant meilleure à l’année précédente que nous voilà brutalement ramenés face à ce qui commence à faire partie des habitudes ici au Faso : encore un deuil national ! cela prendra -il fin un jour et quand ? auto questionnements pour le moment sans réponse. En attendant, je me propose de vous conter une histoire, la triste histoire d’une  tentative ratée de sauvetage d’une des victimes, certainement la plus jeune des victimes de ceux qui endeuillent notre pays chaque jour que dieu fait.

          Arbinda, 24 décembre 2019. Souvenez- vous !  c‘est ce jour -là  que la garnison de cette localité fut attaquée par une horde de djihadistes fortement armée ; surpris par la courageuse riposte de nos braves soldats, ces agents des forces du mal durent replier et certainement enragés face à cette résistance imprévue, ils n’hésitèrent pas à tirer sur tout ce qui bougeait sur le chemin de leur débandade ; bilan : 34 femmes sur le carreau. En tombant ces pauvres femmes ont laissé choir au sol les enfants qu’elles portaient, qui dans les bras, qui au dos, des bébés  devenus du coup orphelins. Des enfants ramenés depuis dans la capitale sur initiative de Mme Hélène Laurence Ilboudo, ministre en charge de l’enfance et de l’action humanitaire ; une vingtaine de petits malheureux qui commencent à retrouver tout doucement le sourire ; tous sauf un : la benjamine des enfants, un bébé de 8 mois, tombée du dos de sa mère tuée elle sur le coup. Ce gros nourrisson prénommée Zénab, mignonne comme un cœur, devait être évacué vers un hôpital tunisien sinon les médecins ne cachaient pas qu’ils craignaient le pire ; ne pouvant supporter un vol régulier il ne restait plus que la solution du vol spécial. Se déclencha alors en coulisses un   branle- bas de combat, une véritable course contre la montre qui, dix jours plus tard, aboutit : un avion médicalisé se tenait prêt à décoller avec la petite malade à son bord en direction de Tunis ; seulement voilà : dix jours ajoutée à la semaine déjà passée sans soins dans son village soit 17 fois 24 longues heures de souffrance ont rendu la patiente trop affaiblie pour supporter le voyage. donc trop tard !

 Epilogue de l’histoire : 3 semaines après l’agression, la petite Zenab referma à jamais ses beaux yeux sur ce monde, rejoignant ainsi sa mère dans l’au-delà, d’où toutes les deux continuent certainement de s’interroger sur les raisons de ce qui leur est arrivé. Ce que dieu dit qui peut dire le contraire aurait certainement prêché l’imam de la mosquée de leur village dans son oraison funèbre! Certes !mais entre nous cette question : est-ce qu’avec une meilleure organisation alliée à une dose de bonne volonté nous n’aurions pas pu sauver cette pauvre fillette ? une chose est sure : si ce n’est déjà fait, il n’est pas trop tôt  d’imaginer un mécanisme d’évacuation sanitaire d’urgence capable d’entrer en action dans les 24 heures.

 En attendant il apparait, de mon avis, tout aussi nécessaire de nous interroger sérieusement sur notre système d’évacuation sanitaire : est- il suffisamment efficace, tout le monde peut- il en  profiter réellement ou est -il là juste au service des   mogo - puissants de ce pays et de leurs proches tout en laissant voir sa lourdeur administrative et sa complexe paperasserie quand il s’agit du pauvre citoyen lamda ? et puis le Faso est-il si pauvre au point de ne pas pouvoir s’offrir ces fameux plateaux techniques médicaux sur les quels pourraient officier nos professeurs de médecine que nous savons parmi les meilleurs d’entre les meilleurs du continent  ou est- ce la volonté politique qui a manqué jusque’ là ?  dans tous les cas une concertation nationale sur ce grave et vaste sujet ne serait pas de trop par ces temps qui courent ;et de toute urgence svp vite avant que ne se reproduisent d’autres situations similaires à celles de la pauvreté petite  Zénab ; une victime, pour paraphraser Norbert Zongo, une victime certes blessée par la méchanceté des gens mauvais mais certainement achevée par nous autres gens prétendument bien en raison, non pas cette fois ci de notre silence, mais  de la torpeur de nos consciences endormies.

Bernard KABORE

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