Société

Ouagadougou : dans l'univers du "kinkir baga"

Soumis par Redaction le lun 01/03/2021 - 18:17
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Zenabo Bebamba, est une veuve de 77 ans. Elle est ce qu'on appelle en mooré "kinkir baga" depuis 12 ans dans le quartier Tanghin à Ouagadougou. Ces traitements à base de plantes que propose la vieille Zenabo à ces patients qui souffrent de folie ou encore d'autres maux à l'entendre, lui sont dictés par sept " kinkirssi" (génies) qui ont fait d'elle leur hôte. Zoodomail.com a rencontré, Dame Zoenabo,  pour en savoir plus sur son métier de "kinkir baga".

 Au départ commerçante au grand marché de Ouagadougou, la vieille Zenabo va tout  abandonner pour se consacrer à son métier de guérisseuse il y a de cela 12 ans. Et ce par la force des choses, explique-t-elle, parce qu'elle refusait au départ d'endosser cette casquette de "Kinkir baga".

«Au début, ça n'a pas été simple. Je suis tombée gravement malade. Mes yeux me faisaient mal et n'arrêtaient pas de larmoyer comme de l'eau qui coule d'un robinet. J'en ai même perdu la vue momentanément. A mon réveil les matins, je constatais des incisions sur mon corps. Une fois, ils m'ont battu de 8hr jusqu'à 22 hr au point que je suis restée dans un état comateux. Tout cela, parce que je refusais d'accéder à leur requête en devenant guérisseuse. La nuit arrivée, je n'arrivais pas à trouver le sommeil, il se passe comme une sorte de mystère et je me retrouve à me promener dans la brousse. Là, ils me montrent les plantes à choisir pour les traitements, si ce sont les racines, ils me conduisent aux racines de l'arbre. Et si ce sont les feuilles, ils me conduisent au pied de l'arbre et me montrent les feuilles de l'arbre».

De ce récit, la vieille Zenabo raconte qu'elle trouvera finalement soulagement auprès d'un guérisseur à Saponey chez qui les "kinkirssi" se sont dévoilés. «Là bas, ils ont dit que je suis bête, qu'ils cheminent avec moi depuis que je suis petite, et que leur objectif n'est autre que de me faire connaître en tant que facilitatrice dans cette vie en guérissant les gens». Mais malgré cette conversation étrange, la "kinkir baga" qu'est devenue Zenabo se refusait toujours à s'y consacrer pleinement. La raison, elle est dit être musulmane pratiquante et avait peur des mauvaises critiques que cela pouvait susciter autour d'elle. «J'ai étudié le coran pendant 8 ans, je suis musulmane pratiquante et je ne voulais pas faire ce métier au départ parce que c'est un métier stigmatisé. Les gens ont plein de préjugés là dessus, ils disent que ceux qui le font sont des mécréants», se désole-t-elle.

Ses "kinkirssi" sont sept et ce sont des enfants d'environ deux à trois ans,  "peulh" et "yaarga"

Mais depuis lors, elle dit ne plus s'inquiéter de ces préjugés. C'est vrai dit-elle, «qu'il y a des mauvaises personnes qui n'ont aucun don pour cela et qui escroquent les gens ou font du mal. Ce sont eux qui décrédibilisent le métier». Et d'ajouter, que ce qui l'a conforté que c'est un don de Dieu qu'elle a reçu et qu'elle devait l'exercer, c'est que, c'est quelque chose d'ancestrale chez eux. «Un de nos grands parents est né aveugle, mais lorsque les "kinkirssi" venaient le chercher, il recouvrait la vue. Mon père fut également guérisseur», nous confie Zenabo Bebamba.

A ce jour, les gens viennent de partout pour se faire consulter auprès de la vieille Zenabo. De l'intérieur du pays aussi bien que des pays voisins. «Je ne traite qu'à base de plantes, ce sont les écorces, les racines, les feuilles que j'utilise. Personne n'est encore venue me voir avec sa maladie et n'a pu eu de remède», souligne la "Kinkir baga".

 Au nombre des maladies auxquelles elle prodigue des traitements elle cite, «la folie avec 55 000 francs plus un poulet et une pintade, on enlève le médicament et on  prépare pour que les gens mangent. Les personnes possédées par des femmes ou maris de nuit, leur traitement est de 7 jours avec des décoctions de plantes (racines et écorces) à boire et à se laver. Pour ceux qui souffrent de maux d'yeux, en quatre jours, en se lavant le visage avec les décoctions, ils recouvrent la vue par la grâce de Dieu. Également, pour les femmes qui connaissent des difficultés à leur début de grossesse tels que les vomissements, elles peuvent trouver soulagement en 2 jours de traitement si elles viennent ici. Et tous ces traitements me sont dictés par les "kinkirssi"»

Interrogée sur l'aspect physique de ces "kinkirssi", elle nous les décrit «Ils sont sept et ce sont des enfants d'environ deux à trois ans, "peulh" et "yaarga". Deux sont de sexe féminin et les cinq autres de sexe masculin. Ce sont Horookya, Awa, Lassane, Andma...». On nous proposons même de les faire apparaître si nous le souhaitons, une proposition que nous avons déclinée.

Face à un accident violent en circulation, tu paniques, ton esprit peut s'envoler. L'esprit de certains revient immédiatement mais pour d'autres non

Pendant que nous nous entretenons avec dame Zenabo, une personne vient pour se faire consulter. Il s'agit d'une dame dont l'esprit a quitté le corps, note Zenabo. «Vous la voyez, elle marche mais son esprit l'a quitté. Les gens rencontrent son esprit. Ils peuvent la croiser, le temps de l'interpeller, elle a disparu. Son mari a témoigné qu'elle était dans la cour avec lui et est sortie avec son bébé au dos. Cependant, après son départ, son mari a entendu sa voix et le bruit de ses pas qui entraient dans la cour. Mais à son grand étonnement, il ne l'a pas trouvée dans la cour lorsqu'il est sorti de la chambre. Étonné, il est parti à sa recherche et l'a retrouvée carrément en ville. Elle n'avait pas fait demi tour pour revenir.  En mooré pour ceux qui comprennent, on appelle cela «tuulg n yi».

Pour la circonstance, elle nous expose qu'elle peut faire des mois sans sortir de sa cour du fait de ce phénomène. «Il y a une période où les esprits sortent. Je peux être assise et je vois des personnes qui marchent mais dont l'esprit a quitté le corps. Mais tu ne peux pas aborder ainsi la personne pour la prévenir au risque qu'on te prenne pour une folle donc pour éviter tout cela, je préfère rester cloîtrer dans ma cour»

La cause de ce phénomène, la vieille Zenabo pointe les soucis permanents et les crises de panique. «Cela peut être dû à une tristesse profonde qu'on n'évacue pas. Il y aussi les accidents de circulation, face à un accident violent en circulation, tu paniques, ton esprit peut s'envoler. L'esprit de certains revient immédiatement mais pour d'autres non».

«il n'y a pas d'autel où je sacrifie des poulets...»

S'agissant du traitement de ces cas, le procédé nous est expliqué. Pour les femmes, il faut payer 700 francs avec un poulet. Le traitement à base de plantes est prélevé et on prépare du tô avec. La personne mange le tô et le reste du médicament doit être mélangé avec du beurre de karité dont elle enduira sa tête avant de dormir. Un effet immédiat s'opère, assure notre interlocutrice.  «Rien que dans la même nuit, si l'esprit n'était pas trop éloigné, il revient. Pour d'autres, c'est au petit matin. Et pour ceux qui l'ont expérimenté, ils témoignent qu'ils ont vu leur esprit soulever leur habit et pénétrer dans leur corps. Pour certains, c'est par la tête ou les pieds».

Par jour, la "kinkir baga" reçoit ainsi un grand nombre de personnes dont elle se dit incapable de nous donner un chiffre précis. «Peu importe le nombre de personnes, je les reçois parce que les "kinkirssi" n'aiment pas qu'on lésine quelqu'un. Ils n'aiment pas l'arrogance. C'est un don que j'ai reçu pour guérir les gens, et si les gens peuvent tout laisser pour venir demander de l'aide, je me dois de faire tout mon possible pour les soulager. Ils ont dit qu'ils veulent que je guérisse les gens, que je sois une facilitatrice. Que c'est cela ma destinée.».

Elle ne manque pas d'indiquer, «je ne guéri que par les plantes. Et comme vous pouvez le constater, dans la maison où je consulte, il n'y a pas d'autel où je sacrifie des poulets ou rien de tel. Ce sont les malades que je guéri». Dame Zenabo est également formelle, son travail n'est pas pour faire du mal à quelqu'un. « Les kinkirssi n'aiment même pas la malhonnêteté, ils sont pour la probité. Ils sont nombreux ces gens qui ont reçu les kinkirssi mais du fait de leur mauvaises actions, les "kinkirssi" se révoltent en les rendant fous et certains finissent par y périr», fait-elle entendre. Du reste, les "kinkirssi" revêtent un certain nombre d'interdits qu'elle s'évertue à suivre. «Je ne mange pas de repas de funérailles, l'argent issu de la prostitution je n'en prends pas, une femme qui a ses règles et qui cuisine, je mange pas. Je ne soigne qu'avec les plantes et c'est Dieu qui les a créées. Et c'est par l'intercession de Dieu, que je donne les traitements», a-t-elle conclu.

S.O

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