Rakiiré : les premiers saints de l’Église catholique au Burkina risquent d’être des Samo/Sana

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Depuis des mois, la photo d’un prêtre, candidat à la béatification, circule dans les églises, les Communautés chrétiennes de base (CCB) et les familles catholiques. Le cliché montre le visage juvénile et lisse du Père Alexandre Toé, un faciès dénué de tout signe extérieur de bagarre et de dispute avec des Mossi. Les fidèles sont invités à s’investir, spirituellement et financièrement, dans le processus qui conduira, à terme, à déclarer ce jeune Samo/San (SASA) saint de l’Église famille au Burkina Faso. Des Mossi catholiques (MOCA) se préparent à cette échéance qui va donner la préséance céleste à leurs esclaves. La pilule, fût-elle spirituelle, est dure à avaler pour eux, car, déjà, sur le parvis des églises, des SASA sifflent, au passage des Mossi : « Saint comme un Samo/San ! ».

Sous le magistère de Mgr Jean-Marie Untani Compaoré, l’annonce de cet honneur aux SASA avait fait tressaillir les MOCA. Le prélat avait lui-même signifié au Vatican qu’il s’agissait d’une provocation en règle, pour le « petit Moaga » qu’il est. Le Pape Jean-Paul II n’avait daigné accorder la moindre attention à sa noble objection. Des MOCA, tout autant indignés, avaient menacé l’Église catholique au Burkina Faso de provoquer un schisme en son sein. D’un côté, il y aurait les catholiques soutenant le procès en béatification et canonisation de SASA ; de l’autre, se rangeraient ceux tenant, mordicus, à la hiérarchie des valeurs régissant les relations entre les deux entités. Surtout, faisaient-ils valoir, que des dossiers de princes de l’Église et princes mossi, tel Son Éminence le cardinal Paul Zoungrana, se trouvaient également en instruction. Face à cette surdité pontificale, certains des frondeurs avaient menacé non seulement de quitter l’Église catholique mais encore de se tourner, résolument, vers les églises protestantes. Là ! Ils allaient découvrir que, y compris chez ceux-là, régnait, en grand maître, un autre SASA, à la carrure de lutteur d’arène. Sans engager de combat, ils battirent alors en retraite, puis confessèrent leur erreur d’hérésie théologique. Par la suite, ils plaidèrent leur retour au sein de l’Église famille, qui les accueillit. La seule condition était qu’ils acceptassent le qualificatif de « fils prodigues », une expression bien biblique. Leur retour en grâce fut favorisé aussi par une fraction du clergé SASA, qui estima, en toute mauvaise foi, que les « preuves matérielles de leur apostasie » étaient trop minces pour écoper de l’indignité d’ostracisme. Certains prêtres SASA, dit-on, relevèrent les larges manches de leurs chasubles dans les sacristies, afin de brandir leurs biceps de lutteurs en guise de menace physique contre le représentant de la Conférence épiscopale, qui comprit le message. Jusqu’à son décès, il couvrit ce forfait de cette partie du clergé des originaires du Nayala et du Sourou. Leur suspension a divinis ne fut jamais évoquée, même en esprit. Mais, l’information est fiable, car, vérifiable auprès de témoins du presque-pugilat qui sont encore vivants.

Le sacrifice des Mossi catholiques (MOCA)

L’Église famille demanda aux MOCA d’accepter l’antériorité en béatification et canonisation des SASA comme une épreuve à eux envoyée par Dieu. Il y en eût qui dénoncèrent, dans des réunions de CCB, la sous-estimation d’un tel sacrifice qu’ils qualifièrent de « supplice spirituel », de « mortification jusqu’au sang ». Une autorité ecclésiastique, dépêchée par le Vatican, s’en vint leur parler d’une acceptation comme un « acte de foi », qui leur vaudra des indulgences, plus tard. Un prêtre SASA ayant vécu dans l’alors République fédérale d’Allemagne, donc avant la « chute du mur de Berlin », et ayant milité dans le parti des Verts, baptisa les pros and cons de la préséance en sainteté des siens de Realos et Fundis. Une duplication du lexique de son ancienne formation politique. Les premiers, les réalistes, regroupent les MOCA se soumettant aux recommandations du Vatican, tandis que les seconds, les fondamentalistes, rassemblent ceux rechignant à franchir ce pas. L’argumentaire des premiers est le suivant : « Accompagner et soutenir les SASA dans le processus, c’est aussi accélérer le traitement des dossiers des Mossi qui sont en instruction ». Les seconds, pour donner leur nihil obstat (non-objection), attendent le même engagement de leurs esclaves dans le procès de canonisation de prélats mossi. 

Des marchands du temple

Opportunément, des MOCA, revenus du coma, racontèrent le comportement des SAHA au Ciel. En effet, il semble que, chaque fois qu’un Monsieur Ouédraogo, une Madame Sawadogo ou une Mademoiselle Kaboré meurt, une délégation de SASA approche Saint Pierre avec cette mise en garde : « Attention, ce sont des Mossi ! » « Ces pratiques, aux antipodes de la charité chrétienne, doivent cesser », insistent les Fundis. Là-dessus, les SASA, comme un aveu de culpabilité implicite, ont exhibé, dans les différentes paroisses de l’archidiocèse de Ouagadougou, un brouillon de « Mémorandum de changement de comportement au sujet de l’accession au Ciel des Mossi, nos esclaves ». Dans le document, ils prônent la solidarité, sur terre et au Ciel, de l’ensemble des chrétiens de l’Église famille. Les Fundis en attendent la ratification par l’ensemble des SAHA et l’impact sur les admissions de Mossi auprès de Saint Pierre. Suspense. Un autre fait intrigue l’Église : dans le Sourou et dans le Nayala, fleurissent déjà des « Centres de formation en sainteté (CFS) », dirigés exclusivement par des SASA. Cette commercialisation du spirituel n’équivaut-elle point au fait que Jésus dénonça en son temps à savoir l’action des « marchands du temple » ? Une main sur le cœur mais l’autre dans la poche, les SASA répondent qu’il s’agit plutôt de « cadres de renforcement de la foi ». Ils précisent que les frais demandés en ces lieux servent à des « œuvres de charité ». Cependant, la dernière Note trimestrielle sur les statistiques du commerce intérieur du pays San indique plutôt que « les recettes, abondantes, des CFS sont, majoritairement, réinvesties dans l’économie gustative locale ». Un euphémisme pour désigner les cabarets de dolo. Si, si.

 Une clarification supplémentaire : selon les SASA, même des MOCA paieraient leur inscription afin de « bénéficier des différentes sessions d’accompagnement menant aux portes du Ciel ». Dont acte …

 

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André Marie POUYA

Journaliste & Consultant

 

 

 

 

 

 

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