La musique africaine est en deuil. Boncana Maïga, figure majeure et bâtisseur infatigable des ponts sonores entre continents, s’est éteint ce samedi 28 février à Bamako. Lauréat du Kundé d’honneur 2024, il laisse derrière lui une œuvre monumentale et un héritage qui continuera d’inspirer bien au-delà des frontières africaines.
Auteur-compositeur prolifique, arrangeur d’exception, concertiste virtuose et pédagogue rigoureux, Boncana Maïga maîtrisait avec brio plusieurs instruments, dont la flûte traversière, le saxophone, la guitare acoustique et la batterie. Cofondateur du mythique groupe Las Maravillas de Mali en 1965, il a très tôt contribué à façonner un dialogue fécond entre l’Afrique et l’Amérique latine.
Maestro de l’afro-cubain (salsa), fin connaisseur des sonorités mandingues et explorateur audacieux de l’afro-pop, il a su marier traditions et modernité, inscrivant son nom dans l’histoire des grandes fusions musicales. À la tête de l’Orchestre de la RTI en Côte d’Ivoire, il a accompagné, formé et révélé de nombreuses voix majeures du continent.
Il a ainsi participé à l’essor d’artistes tels que Aïcha Koné, Nahawa Doumbia, Amy Koïta, Abdoulaye Diabaté, Kassé Mady Diabaté, Kandia Kouyaté, Oumou Sangaré et Adja Soumano. Son talent d’arrangeur s’est également exprimé auprès de Alpha Blondy, Nayanka Bell et Gadji Celi, entre autres figures de la scène africaine.
Sur le plan international, il a collaboré avec le légendaire Manu Dibango et pris part, en 1980, à la tournée africaine des Fania All-Stars. En 1992, il devient directeur musical et arrangeur du groupe panafricain Africando, insufflant une nouvelle énergie au dialogue afro-cubain sur la scène mondiale.
Dans l’univers audiovisuel, il crée et anime l’émission Star Parade, diffusée sur Canal France International puis sur TV5 Monde, offrant une vitrine internationale aux talents africains.
Compositeur inspiré pour le cinéma, il signe notamment la bande originale de Bal Poussière du réalisateur Henri Duparc, ainsi que celle de Moolaadé de Ousmane Sembène.
Lors des Kundé 2024, flûte traversière à la main, il avait offert au public burkinabè un moment suspendu, interprétant « Rendez-vous ce soir chez Fatimata » et « Marietou » avec une intensité rare. Ce soir-là, le Kundé d’honneur qui lui fut remis par le Premier ministre Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo, alors ministre en charge de la Culture, venait saluer un parcours exceptionnel celui d’un maître, d’un formateur exigeant et d’un passeur entre les époques et les cultures.
Avec la disparition de Boncana Maïga, l’Afrique perd un architecte du son. Mais son œuvre, vibrante et transcontinentale, demeure pour l’éternité. Selon, le commissariat des Kundé.
Zoodomail.com
- Log in to post comments
