Devant le Tribunal|Escroquerie aggravée : ils simulaient des virements bancaires pour arnaquer des commerçants

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Prison MACO

Le mercredi 11 février 2026, Démé et Sawadogo ont comparu devant le Tribunal de grande instance de Ouaga I pour escroquerie aggravée au préjudice de plusieurs personnes à la barre et d’autres victimes non encore identifiées. À la barre, les deux prévenus ont d’abord nié les faits qui leur étaient reprochés.

 

Selon les éléments du dossier, courant début l’année 2025, plusieurs commerçants qui font la promotion de leurs produits sur les réseaux sociaux ou à travers des enseignes publicitaires ont été contactés par les prévenus pour effectuer des achats.

 

Un mode opératoire bien rodé

 

Le stratagème consistait à contacter les commerçants et à s’entendre avec eux sur le prix de la marchandise. Les prévenus demandaient ensuite un numéro de compte bancaire afin d’effectuer un prétendu virement.

 

Après la communication du compte, ils rappelaient les commerçants pour leur indiquer que le virement avait été effectué, mais qu’un montant supérieur à la somme convenue avait été transféré par erreur. Ils demandaient alors aux victimes de rembourser rapidement le surplus en le déposant sur un compte mobile appartenant prétendument au chauffeur chargé de venir récupérer la marchandise.

Pour convaincre leurs victimes, les prévenus envoyaient une capture d’écran du bordereau de virement.

Les opérations étaient généralement effectuées les vendredis entre 15 h 30 et 16 h ou les samedis à l’approche de la fermeture des banques, ce qui empêchait les commerçants de vérifier immédiatement l’effectivité des virements.

 

Des commerçants piégés

 

Plusieurs victimes ont relaté leur mésaventure devant le tribunal.

La première victime a expliqué qu’un des prévenus s’était présenté au téléphone comme vendeur de carreaux et avait passé une commande d’une valeur de 3 425 000 FCFA.

Une autre victime, commerçant dénommé OMO FASI, a déclaré avoir été contactée par un individu se présentant comme El Hadj Ouédraogo basé à Ouahigouya. Celui-ci a effectué une commande de la somme de 35 000 000 FCFA et envoyé un document de virement de la somme de 36 000 000 FCFA, demandant ensuite le remboursement rapide du surplus d’un million de FCFA.

 

Une troisième victime a indiqué qu’un samedi vers 15 h 30, un client avait commandé 15 tonnes de riz, mais n’en avait finalement retiré que 12 tonnes, avant que la victime ne puisse vérifier le virement auprès de sa banque.

 

Une quatrième victime, qui publiait ses produits sur Facebook, a reçu une commande de 10 tonnes de riz pour un montant de 9 950 000 FCFA. Le client lui a envoyé un bordereau de la somme de 10 500 000 FCFA et lui a demandé de lui retourner la somme de 750 000 FCFA correspondant au surplus. La victime affirme avoir contracté des dettes auprès de son fournisseur et de son époux pour effectuer ce remboursement.

 

Une autre victime, vendeur de chaussures, raconte avoir reçu une commande de la somme de 500 000 FCFA. Le client lui a envoyé un bordereau de 600 000 FCFA et lui a demandé de transférer 100 000 FCFA sur le compte mobile d’un chauffeur prétendument en panne à Tanghin-Dassouri. Après le dépôt, tous les messages ont été supprimés et la communication interrompue.

 

Les prévenus confondus par leurs propres voix

 

À la barre, les deux prévenus ont d’abord nié toute implication. Mais lors de l’audience, des messages vocaux extraits de leurs téléphones ont été diffusés. Confrontés à ces enregistrements, ils ont fini par reconnaître leurs voix dans certaines conversations, notamment celles décrivant le mode opératoire utilisé.

 

Le parquet dénonce une escroquerie bien organisée

 

Dans ses réquisitions, le ministère public a mis en garde les victimes contre la précipitation dans les transactions commerciales.

 

« Permettez-moi de dire un mot aux victimes. On ne peut pas se construire dans la précipitation. Vous avez en face de vous des escrocs que vous ne connaissez pas, et vous vous laissez facilement entraîner », a déclaré le procureur.

 

Selon lui, les deux prévenus fonctionnaient en binôme. L’un contactait les commerçants et leur envoyait de faux bordereaux de virement pour les convaincre que le paiement avait été effectué. L’autre se faisait passer pour le chauffeur chargé de récupérer la marchandise et prétextait des difficultés afin d’obtenir le remboursement du prétendu surplus d’argent.

 

Le parquet a également indiqué que la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BCLCC) avait été saisie et avait permis de mettre fin à leurs activités.

 

L’enquête a par ailleurs révélé que Sawadogo fabriquait les faux bordereaux de virement à l’aide de IA, et qu’une CNIB appartenant à un certain Bayala avait été retrouvée en sa possession.

Le ministère public a aussi rappelé que Démé avait déjà été condamné pour escroquerie en 2018, tandis que Sawadogo avait été condamné à deux reprises pour les mêmes faits.

Le parquet a ainsi requis 7 ans de prison ferme assortis d’une amende de la somme de 5 500 000 FCFA contre Sawadogo. Il a également demandé au tribunal de condamner Démé à 6 ans d’emprisonnement ferme et à une amende de la somme de 5 000 000 FCFA.

 

La défense plaide la relaxe

 

L’avocat de Sawadogo a soutenu que son client n’avait pas participé aux opérations avec Démé. Il a également indiqué que son client était incarcéré à la MACO entre avril 2024 et mai 2025, ce qui, selon lui, rendait impossible sa participation à certaines opérations.

La défense a donc sollicité la relaxe de Sawadogo pour infractions non constituées, tout en demandant la clémence du tribunal.

 

Le verdict

 

Dans son délibéré rendu le 25 février 2026, le tribunal a reconnu les deux prévenus coupables d’escroquerie.

En conséquence, Démé a été condamné à 5 ans d’emprisonnement ferme, tandis que Sawadogo a écopé de 7 ans de prison ferme.

 

Par Ibrahim Cissé|Zoodomail.com

 

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