Le lundi 13 juillet 2026, kuilga, fonctionnaire à la retraite âgée de 73 ans, a comparu devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I pour répondre des faits de meurtre de son neveu, Joa, survenus à Paspanga dans la nuit du 24 décembre 2022.
Le 24 décembre 2022, les membres de la famille Ilboudo quittent la cour familiale pour assister à la messe du réveillon de Noël. Seuls Joa et son oncle, Kuilga, restent sur place.
Au retour de la messe, vers minuit, la mère de Joa vérifie si son fils est présent. Elle le voit allongé sur son lit, entièrement recouvert d'une couverture. Rassurée, elle se couche sans chercher davantage.
Le lendemain matin, jour de Noël, jusqu'aux environs de 8 heures, Joa ne se réveille toujours pas. Les appels restant sans réponse, les membres de la famille retirent finalement la couverture et découvrent son visage ensanglanté.
Alertés, les habitants de la cour affluent dans la chambre. Kuilga entre également dans la pièce, observe le corps sans dire un mot avant de quitter discrètement la concession. Les soupçons se portent rapidement sur lui. Il est interpellé le 26 décembre 2022 par la brigade territoriale de la gendarmerie.
Les éléments de l'enquête
Selon le procès-verbal du juge d'instruction lu à l'audience, plusieurs témoins ont indiqué que les disputes et les injures étaient fréquentes entre l'accusé et certains membres de la famille.
Des témoins ont également déclaré avoir entendu des détonations entre 21 h 30 et 22 heures dans la cour familiale.
Lors de ses premières auditions, Kuilga nie toute implication. Au cours d'une seconde audition, il reconnaît finalement avoir tiré.
Il explique avoir aperçu une silhouette près des toilettes.
« J'ai demandé qui c'était. La personne s'est précipitée vers moi avec une machette. J'ai tiré deux coups de feu. Ensuite, j'ai réalisé qu'il s'agissait de mon neveu. J'ai transporté son corps avec respect jusque dans sa chambre. »
Le juge d'instruction retient la qualification de meurtre, estimant que l'accusé a tenté de faire disparaître des preuves et n'a alerté personne après les faits.
Un rapport psychiatrique versé au dossier conclut que l'accusé n’avait pas d'anomalies ayant altéré son discernement au moment des faits.
Après avoir bénéficié d'une liberté provisoire en 2024, il comparaît libre, le lundi 13 juillet 2026 devant le tribunal.
Les explications de l'accusé
Interrogé par le tribunal, kuilga maintient sa version.
« Périodiquement, je fais la ronde dans la cour vers 22 heures parce qu'il y a beaucoup de voleurs dans le quartier. J'ai vu une ombre près des toilettes. J'ai demandé qui c'était. La personne fonçait vers moi. J'ai tiré une première fois en l'air, mais elle continuait d'avancer. J'ai alors tiré deux fois. Ce n'est qu'après avoir pris ma torche que j'ai découvert que c'était mon neveu. »
Le président lui fait remarquer qu'il partageait la cour avec plusieurs membres de sa famille.
« Vous décidez de tirer sans envisager qu'il puisse s'agir d'un membre de la famille. Comment l'expliquez-vous ? »
L'accusé répond :
« Des personnes entrent parfois dans la cour sans que je m'en aperçoive. »
À la question de savoir pourquoi il n'avait pas visé les jambes de son agresseur présumé, il répond :
« J'étais paniqué. »
Le président rétorque :
« Même dans la panique, il faut garder sa maîtrise. »
Le tribunal s'étonne également qu'il n'ait porté aucun secours à son neveu après avoir découvert son identité.
« J'étais sous le choc », répond-il.
Il reconnaît toutefois que des tensions existaient entre eux.
Interrogé sur la propriété de la cour familiale, il indique :
« Ce n'est pas ma cour. C'est une cour familiale. En tant qu'inspecteur, mon salaire ne m'a jamais permis d'acheter une parcelle. J'y ai construit une maison et j'en suis le responsable. »
Les observations du procureur
Le ministère public déclare :
« Respectez-nous, respectez votre âge. Vous avez abattu votre propre fils. Au lieu de demander pardon, vous tentez encore de vous justifier. Même un voleur aurait pris la fuite en voyant votre arme. Vous l'avez tué comme un animal et vous l'avez abandonné. »
Le témoignage de la mère
La mère de la victime affirme que l'accusé souhaitait régulièrement qu'elle quitte la cour familiale.
« Il disait souvent que chacun devait retourner chez son père. Je suis fatiguée. »
Elle raconte ensuite les circonstances de la découverte du corps.
« Après la messe, je l'ai vu allongé sur son lit. J'ai cru qu'il dormait. Ce n'est que le lendemain matin que nous avons découvert qu'il avait été tué dans la nuit, puis déposé sur son lit. Mon fils de 35 ans a été tué comme un poulet par Kuilga. » »
Le témoignage du frère de la victime
Absent au moment des faits, le frère de Joa estime que le crime était prémédité.
Selon lui, l'accusé attendait que les autres membres de la famille partent à la messe pour passer à l'acte.
Il affirme également que Kuilga aurait nettoyé les traces de sang avant de déplacer le corps dans la chambre.
Le témoin oculaire
Appelé à la barre, un voisin, familier de la famille, affirme avoir assisté à la scène depuis un immeuble voisin.
Selon lui :
« J'ai vu tonton braquer sa lampe torche sur Joa. J'ai entendu Joa dire : "Ne faites pas ça, la lumière me fait mal aux yeux." Puis l'accusé a répondu : "C'est moi que tu as insulté ?" Immédiatement après, deux coups de feu ont retenti. Plus tard, un troisième tir a été entendu. »
Le lendemain matin, il dit avoir constaté des traces de sang dans la cour.
L'accusé rejette entièrement ce témoignage.
« Je ne suis pas d'accord avec ses propos. »
À la question du tribunal sur l'intérêt qu'aurait ce témoin à mentir, il répond :
« C'est le bras droit de la victime. »
L'avocat de la défense tente de discréditer ce témoignage en soutenant qu'il était matériellement impossible de voir ou d'entendre la scène depuis l'endroit indiqué.
Le témoin maintient sa version et se dit prêt à un transport judiciaire immédiat sur les lieux afin de démontrer la véracité de ses déclarations.
Les demandes des parties civiles
La mère et le grand frère de la victime sollicitent la condamnation de l'accusé au paiement de 6 millions de FCFA de dommages et intérêts.
Les réquisitions
Le ministère public estime que les éléments constitutifs du meurtre sont réunis.
Selon le procureur, la légitime défense ne peut être retenue.
Il relève notamment que l'accusé reconnaît avoir tiré sur son neveu et qu'il aurait pu neutraliser son supposé agresseur autrement, notamment en visant les membres inférieurs.
Il requiert 11 ans de prison ferme.
La défense
L'avocat de Gomkuilga plaide la légitime défense.
Selon lui, son client, âgé de 69 ans au moment des faits, s'est senti en danger face à une personne qu'il n'avait pas identifiée.
Il rappelle également que son client a déjà passé près de deux ans à la MACO avant d'obtenir une liberté provisoire et souligne son âge avancé ainsi que son état de santé.
Il demande au tribunal de faire preuve de clémence.
Dernier mot
Avant la clôture des débats, l'accusé déclare :
« Je regrette ce qui s'est passé avec la mort de mon fils. »
Le verdict
Dans son délibéré rendu le vendredi 17 juillet 2026, la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I a reconnu kuilga coupable de meurtre.
Elle l'a condamné à 10 ans d'emprisonnement, dont 8 ans ferme et 2 ans avec sursis.
Le tribunal a également déclaré fondées les demandes de la mère et du grand frère de la victime et a condamné Kuilga à leur verser 6 millions de FCFA à titre de dommages et intérêts.
Enfin, la juridiction a décerné un mandat de dépôt, entraînant son retour à la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO).
Image illustrative
Par Ibrahim Cissé | Zoodomail.com
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