Devant le Tribunal | Recrutée comme aide ménagère, elle accuse son employeur de viol et de transmission du VIH : le tribunal tranche

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Le lundi 2 mars 2026, un homme, retraité d'une soixantaine d'années, comparaissait devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I pour répondre de faits de traite aggravée de personnes, de séquestration, de viol et de transmission du VIH, au préjudice d'une jeune femme. Le verdict, initialement attendu le 23 mars 2026 puis prorogé à plusieurs reprises, a finalement été rendu le 27 juillet 2026. Retour sur les temps forts de cette audience.

 

Selon les éléments du dossier, courant 2025, Tina, alors âgée de 18 ans et à la recherche d'un emploi, aurait été mise en relation avec un certain Karim. Ce dernier lui aurait proposé un travail dans un restaurant. Par la suite, il lui aurait indiqué qu'un homme du nom de Bila recherchait une aide ménagère pour l'assister pendant un séjour dans son village.

 

Tina accepte la proposition et rejoint Bila. Après environ huit mois passés à son service, elle quitte son domicile et confie à une dame les difficultés qu'elle dit avoir vécues. Celle-ci l'oriente vers les services de l'Action sociale, puis l'affaire est portée à la connaissance de la police en octobre 2025. Une enquête est ouverte, conduisant au renvoi de Bila devant la chambre criminelle.

 

« Il m'avait dit que j'allais travailler dans un restaurant »

 

Invitée par le tribunal à relater les faits, Tina explique qu'elle cherchait du travail lorsqu'un ami l'a mise en contact avec Karim.

 

« Mon ami m'a mise en contact avec Karim. Il m'a dit que j'allais travailler dans un restaurant. Quand je suis arrivée, il n'y avait pas de restaurant. Je suis partie seule avec Bila. On m'a expliqué que son épouse venait d'accoucher et que je devais travailler comme aide ménagère », déclare-t-elle.

 

À la question du tribunal de savoir si Bila s'était renseigné sur son âge, Tina répond par l'affirmative.

« Oui. Je lui ai dit que j'avais 17 ans. Il m'a demandé mon acte de naissance et il a essayé de contacter mes parents. Plus tard, il m'a montré une copie de mon acte sur son téléphone. J'ai remarqué que la date de naissance semblait avoir été modifiée. »

 

Elle précise qu'avant leur départ pour le village, Bila lui avait remis 15 000 francs CFA pour acheter des effets personnels.

 

Huit mois passés au village

 

Le tribunal s'intéresse ensuite aux conditions de vie de Tina.

« Nous étions seulement deux dans la cour : Bila et moi », répond-elle.

Elle indique toutefois qu'elle pouvait sortir à certaines occasions.

« Il m'envoyait parfois appeler un voisin. Lorsqu'il s'absentait, je pouvais discuter avec le voisinage. »

 

Interrogée sur les accusations de viol, Tina affirme avoir entretenu des rapports sexuels avec Bila à plusieurs reprises.

« Je ne peux pas dire combien de fois. C'était pendant les huit mois où je vivais chez lui », déclare-t-elle.

 

À la question de savoir si ces rapports étaient consentis, elle répond :

« J'étais malade et couchée. Il est venu vers moi, il a enlevé mes vêtements. Je me suis débattue. Quand j'ai voulu crier, il m'a serré le cou. »

Elle ajoute que Bila ne se protégeait jamais lors des rapports sexuels et qu'il lui aurait déclaré vouloir faire d'elle son épouse.

Selon Tina, Bila aurait également tenté de la convaincre d'avoir des relations sexuelles avec un cousin, ce qu'elle affirme avoir refusé.

 

Pourquoi être restée huit mois ?

Le président du tribunal cherche à comprendre pourquoi la jeune femme est restée aussi longtemps au domicile de Bila.

Tina explique avoir eu peur.

« Il m'avait dit qu'il avait parlé à mes parents de notre relation. »

 

Le tribunal poursuit :

« Pourquoi n'avez-vous rien dit à votre père lorsqu'il vous appelait ? »

« Si je lui avais dit, il n'aurait pas été content », répond-elle.

Le président relève alors que son père lui avait demandé si elle était bien traitée.

« Il m'a demandé si on me payait, si on me frappait et si quelqu'un couchait avec moi. J'ai répondu que ce n'était pas vrai. »

 

Questionnée sur les raisons de sa fuite après huit mois, Tina répond simplement :

« Je ne supportais plus. Le travail et tout le reste. »

Elle affirme enfin que Bila n'a jamais renoncé à la garder auprès de lui après avoir pris connaissance de son âge.

 

« Tout ce qu'elle a dit est faux », réplique Bila

 

Invité à s'expliquer, Bila rejette catégoriquement les accusations portées contre lui.

« Tout ce qu'elle a dit est faux », déclare-t-il d'emblée.

 

Il affirme avoir toujours payé le salaire de Tina et soutient que le père de cette dernière lui aurait même confié qu'il était « le seul employeur à la rémunérer correctement ».

 

Selon lui, avant de travailler à son service, Tina avait déjà exercé dans plusieurs localités, notamment à Dori, à Kaya et dans un maquis à Kienfangué.

 

Concernant les accusations de viol, Bila est catégorique :

« Coucher avec elle est archi faux. Je n'ai jamais eu de rapports sexuels avec Tina. »

 

Il explique que lorsqu'elle est tombée malade, il avait autorisé une autre personne à lui faire des massages.

 

À propos de l'acte de naissance de la jeune fille, il affirme l'avoir demandé uniquement pour disposer de renseignements sur son employée.

 

Interrogé sur les raisons qui auraient poussé Tina à quitter son domicile, Bila évoque des différends avec le voisinage.

« Il y avait des bagarres avec les voisins. Je lui avais demandé de faire attention. »

 

Pour lui, les accusations seraient motivées par une volonté de nuire à sa réputation.

 

« Elle veut salir mon image. Elle est manipulée par des personnes qui sont contre moi. Je suis candidat à la chefferie et je pense que cette affaire est liée à cela. »

 

 Les questions sur son statut sérologique

 

Le président du tribunal interroge ensuite Bila sur sa sérologie.

« Connaissez-vous votre statut sérologique ? »

« Non. Je n'ai jamais fait de test. Je tombe rarement malade et mes croyances ne m'encouragent pas à le faire », répond-il.

 

À la question de savoir s'il accepterait de se soumettre à un dépistage, Bila répond par la négative.

« Au regard de mes croyances, non. »

 

Les échanges avec le ministère public

 

Le procureur revient sur les circonstances de la fuite de Tina.

 

La jeune femme explique qu'elle avait profité d'une sortie au marché pour raconter sa situation à une dame, qui l'avait conduite aux services de l'Action sociale, avant qu'une plainte ne soit déposée au commissariat.

 

Le ministère public interroge également Bila sur sa situation familiale.

« Avez-vous une épouse ? »

« Oui. »

 

« Où réside-t-elle lorsque vous êtes au village ? »

« À Ouagadougou », répond-il.

 

Le procureur revient ensuite sur les accusations de viol.

Tina maintient avoir été immobilisée lors des faits et affirme n'avoir alerté personne par peur.

 

Enfin, le président relève une contradiction entre les déclarations des deux parties concernant la période à laquelle Bila aurait surpris Tina avec son cousin. Bila évoque le mois de juin, tandis que Tina situe les faits au mois d'avril.

 

La défense interroge Tina

 

L'avocat de Bila demande à son client s'il a eu des rapports sexuels avec Tina.

« C'est impensable. Je n'ai rien fait », répond l'accusé.

 

L'avocat souligne ensuite que Tina pouvait circuler librement, sortir du domicile et discuter avec le voisinage. Il relève également qu'elle n'a jamais été enfermée à clé.

Interrogée sur ce point, Tina confirme qu'elle n'était pas enfermée.

 

Constituée partie civile, la jeune femme réclame, dans l'hypothèse où Bila serait déclaré coupable, la restitution de son acte de naissance, le paiement de 125 000 FCFA de salaires impayés, 400 000 FCFA au titre du préjudice lié aux faits dénoncés, 10 000 FCFA correspondant à la valeur de son téléphone et 300 000 FCFA pour les frais liés aux examens médicaux.

 

Les réquisitions du ministère public

 

Dans ses réquisitions, le procureur estime que plusieurs infractions poursuivies ne sont pas suffisamment établies.

 

S'agissant de la traite de personnes, il relève que Tina disposait d'une certaine liberté de mouvement et qu'aucun élément ne permet de caractériser l'infraction.

 

Concernant le viol, le ministère public souligne les dénégations constantes de l'accusé, certaines contradictions relevées au cours des débats ainsi que les conclusions du rapport médical, qui ne font état d'aucune lésion.

 

Le procureur estime également difficile, au regard des circonstances décrites, d'établir avec certitude les faits dénoncés.

 

Pour ce qui est de la transmission du VIH, il rappelle que cette infraction suppose que la transmission soit démontrée et que, les faits de viol n'étant pas établis selon lui, cette prévention ne peut davantage être retenue.

 

En conséquence, le ministère public requiert la relaxe de Bila au bénéfice du doute pour les faits de viol et de transmission du VIH, ainsi que la relaxe pour infraction non constituée concernant la traite de personnes.

 

La défense s'associe à cette analyse et sollicite également la relaxe de son client sur l'ensemble des chefs de poursuite.

 

Prenant la parole en dernier, Bila déclare :

 « Je n'ai été l'auteur d'aucun des faits qui me sont reprochés. Je vous remercie. »

 

Initialement attendu le 23 mars 2026, le verdict a été prorogé. La chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I a finalement rendu sa décision le lundi 27 juillet 2026.

 

Après en avoir délibéré conformément à la loi, le tribunal a renvoyé Bila des fins de la poursuite pour traite de personnes aggravée, estimant que l'infraction n'était pas constituée.

 

S'agissant des faits de viol, la juridiction a également prononcé la relaxe de Bila pour infraction non constituée.

 

En ce qui concerne l’infraction de transmission du VIH à une personne autre que son partenaire, le tribunal a accordé à l'accusé le bénéfice du doute et l'a également renvoyé des fins de la poursuite.

 

Enfin, la chambre criminelle a déclaré irrecevable la constitution de partie civile de Tina.

 

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Par Ibrahim Cissé| Zoodomail.com

 

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