Devant le Tribunal | Abus de biens sociaux et blanchiment de capitaux : un ancien gérant de LigdiCash condamné après avoir prélevé 59 millions FCFA

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Le lundi 7 septembre 2026, Traoré a comparu devant la chambre ECOFI du Tribunal de grande instance de Ouaga I pour des faits d’abus de biens sociaux et de blanchiment de capitaux au préjudice de la société LigdiCash, pour un montant initialement estimé à 200 millions FCFA.

 

Avant l’ouverture des débats au fond, les avocats de la défense ont soulevé plusieurs exceptions de procédure.

 

Selon les conseils de Traoré, aucune plainte régulière n’aurait été versée au dossier. Ils ont également soutenu que la représentante présente à l’audience n’était pas la gérante de la société au moment des faits et ne pouvait donc valablement représenter LigdiCash. La défense a aussi estimé qu’une personne morale devait être assistée par un avocat.

 

Les avocats ont en outre relevé que les faits reprochés se seraient déroulés en Côte d’Ivoire où, selon eux, l’infraction d’abus de biens sociaux ne serait pas reconnue dans les mêmes termes qu’au Burkina Faso. Ils ont ainsi demandé l’annulation de la procédure ainsi qu’une mise en liberté provisoire du prévenu.

 

Le ministère public a, pour sa part, estimé que le dossier ne souffrait d’aucune irrégularité et s’est opposé à la demande de mise en liberté provisoire. Le tribunal a finalement décidé de joindre les exceptions au fond du dossier.

 

Des prélèvements reconnus à hauteur de 59 millions FCFA

 

Selon les éléments du dossier, Traoré avait été recruté comme agent commercial de LigdiCash, société basée en Côte d’Ivoire. Il aurait contribué à son implantation avant d’en devenir gérant entre 2022 et 2023.

 

Les actionnaires reprochent au prévenu un détournement de 200 millions FCFA. À la barre, Traoré n’a reconnu que des prélèvements d’un montant de 59 millions FCFA, qu’il considère comme un prêt.

 

« Que s’est-il passé ? », demande le tribunal.

 

« Je reconnais avoir pris 59 millions FCFA, mais pas 200 millions. J’ai considéré cela comme un prêt et j’ai déjà remboursé plus de 5 millions FCFA », répond le prévenu.

« Comment avez-vous procédé ? »

 

« J’étais gérant de la société et j’ai utilisé des fonds de LigdiCash pour mes propres affaires. J’ai investi cet argent dans mes activités personnelles entre 2022 et 2023 », explique-t-il.

« Aviez-vous l’accord du propriétaire de la société pour effectuer ces prélèvements ? »

 

« Non », reconnaît-il.

 

Interrogé sur les faits de blanchiment de capitaux, Traoré déclare avoir utilisé les fonds pour des dépenses personnelles, des voyages, des loisirs et des frais locatifs.

Le procureur relève que les prélèvements n’étaient pas autorisés et rappelle que le prévenu était un employé salarié de la société.

 

La partie civile réclame 200 millions FCFA

La représentante de LigdiCash, devenue gérante en 2024, a indiqué ne pas avoir une connaissance directe des faits, ceux-ci étant antérieurs à sa prise de fonction.

 

Le tribunal a toutefois fait observer que des éléments techniques ou d’expertise auraient été utiles pour justifier le montant de 200 millions FCFA réclamé par la société.

 

LigdiCash s’est constituée partie civile et a demandé la condamnation du prévenu au paiement de cette somme.

 

Les réquisitions et la défense

 

Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que Traoré avait utilisé les biens de la société pour ses besoins personnels et réinjecté une partie des fonds dans ses propres activités, caractérisant ainsi les infractions d’abus de biens sociaux et de blanchiment de capitaux.

 

Le parquet a requis une peine de 60 mois de prison dont 18 mois ferme ainsi qu’une amende de 177 millions FCFA.

 

La défense a soutenu qu’il s’agissait d’un prêt et non d’un détournement. Elle a affirmé que d’autres employés bénéficiaient également de prêts et que Traoré percevait des commissions en plus de son salaire. Les avocats ont plaidé la relaxe pour infraction non constituée.

 

La décision 

 

Dans son délibéré rendu le lundi 28 septembre 2026, la chambre ECOFI du Tribunal de grande instance de Ouaga I a rejeté les exceptions de nullité soulevées par la défense.

 

Le tribunal a déclaré Traoré coupable d’abus de biens sociaux portant sur 59 millions FCFA et de blanchiment de capitaux portant sur 5,7 millions FCFA.

 

En répression, il a été condamné à 18 mois de prison ferme et à une amende ferme de 17 100 000 FCFA.

 

Sur les intérêts civils, la juridiction a déclaré partiellement fondée la constitution de partie civile de LigdiCash, représentée par Mme Ouédraogo Clémence, et a condamné Traoré à verser 53 584 000 FCFA à titre de dommages et intérêts.

 

Le surplus des demandes a été rejeté. Le tribunal a ordonné l’exécution provisoire de la décision et fixé la contrainte judiciaire à 12 mois.

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Par Ibrahim Cissé | Zoodomail.com

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