Le Président du Faso, Chef de l’État et Président de la Confédération des États du Sahel (AES), le Camarade capitaine Ibrahim Traoré, a accordé un grand entretien à la presse. Pendant plusieurs échanges, le chef de l’État est revenu sur la situation sécuritaire, l’économie nationale, la lutte contre la fraude, les grands projets d’infrastructures, l’enseignement supérieur ainsi que l’avenir de l’AES.
Sécurité : « Il faut se préparer à toutes les éventualités »
Abordant la situation sécuritaire, Ibrahim Traoré affirme que les équipements militaires acquis par le Burkina Faso ne sont pas destinés uniquement à la lutte contre le terrorisme, mais doivent également permettre au pays de se préparer à d’éventuels conflits de grande ampleur.
Revenant sur une incursion terroriste enregistrée dans une localité de l’Est, il a déploré la diffusion d’informations sur les réseaux sociaux par des habitants, estimant que cette exposition pouvait contribuer à renseigner les groupes armés.
Le chef de l’État a ainsi appelé les populations à davantage de prudence dans leurs publications sur les réseaux sociaux, notamment lorsqu’elles concernent les opérations ou mouvements liés à la situation sécuritaire.
Selon lui, des efforts sont également engagés pour prévenir les infiltrations. Il affirme que les attaques d’envergure ont diminué et que les incursions sont désormais moins fréquentes.
Le capitaine Ibrahim Traoré estime toutefois que la menace demeure et appelle le Burkina Faso et ses partenaires de l’AES à « se préparer à toutes les éventualités ».
« L’hiver noir est en train de commencer. Il faut se préparer à cela. Ils ne vont pas nous laisser », a-t-il déclaré, évoquant également la poursuite des attaques au Burkina Faso et au Mali et affirmant que les autorités disposent d’une cartographie de leurs adversaires.
Cohésion sociale : les responsables religieux interpellés
Le Président du Faso a également appelé les responsables religieux à renforcer la cohésion sociale et à promouvoir l’entraide entre les citoyens.
Il a averti que les personnes qui chercheraient à diviser les communautés devraient, selon lui, « assumer leurs responsabilités ».
Économie : le gouvernement veut renforcer le contrôle de certains secteurs
Sur le plan économique, Ibrahim Traoré affirme que l’économie burkinabè « se porte de mieux en mieux ». Il attribue cette évolution à l’assainissement de la gouvernance, à la révision de certaines procédures et de certains textes ainsi qu’aux initiatives engagées dans le secteur agricole.
Le chef de l’État estime par ailleurs que l’État doit reprendre davantage la main sur certains secteurs économiques stratégiques. Il appelle notamment les opérateurs économiques à évoluer d’un modèle fondé sur l’importation vers la production et l’exportation locales.
Concernant les entreprises publiques, il attribue leurs difficultés de gestion principalement à ce qu’il qualifie de « mauvaise gouvernance ». Il estime que l’État peut gérer efficacement certaines entreprises à condition de renforcer la responsabilité des agents publics.
Évoquant particulièrement les industries extractives, il affirme que l’État doit pouvoir mieux les organiser.
Fraude : Ibrahim Traoré évoque des sanctions maximales
La lutte contre la fraude a également occupé une place importante dans l’entretien.
Le Président du Faso affirme vouloir appliquer des sanctions maximales contre les fraudeurs, allant, selon ses propos, « jusqu’à la peine de mort ». Il estime que certaines formes de fraude peuvent affecter l’économie nationale, provoquer des pertes humaines et contribuer indirectement au financement du terrorisme.
« Si ta fraude va tuer l’économie, on va appliquer la peine qu’il faut », a-t-il déclaré.
Pour lui, la lutte contre la fraude constitue également un préalable au développement de l’industrie et à la transformation de l’économie burkinabè.
APEC : une place importante dans l’entrepreneuriat communautaire
Ibrahim Traoré a également évoqué l’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire (APEC), dont il estime que les activités sont en train de progresser.
Il dit attendre de cette structure un rôle important dans la création et le développement d’entreprises communautaires.
Routes et autoroute : le gouvernement maintient le cap
Malgré la saison des pluies, le chef de l’État assure que les travaux routiers se poursuivent.
Il affirme que les ressources humaines et les équipements nécessaires sont disponibles et cite notamment la présence de quatre centrales de concassage.
Concernant le projet de l’autoroute, il assure que les travaux suivent leur cours.
« Nous avons changé de paradigme. Le projet de l’autoroute suit son cours normal. Nous avons tous les ingénieurs et matériaux nécessaires pour que le projet aboutisse », a-t-il déclaré.
Prix des produits : vers un système de contrôle renforcé
Face aux pratiques de certains commerçants que le chef de l’État qualifie de « véreux », le Burkina Faso pourrait, selon lui, intervenir davantage dans l’importation de certains produits et dans la fixation de leurs prix.
Il indique qu’une phase de sensibilisation est actuellement engagée avant d’éventuelles décisions.
Le Président du Faso annonce également la mise en place d’un système de stickers sur les produits. Ces dispositifs devraient permettre aux consommateurs d’accéder, notamment à partir de leur téléphone, à des informations sur les produits ainsi qu’à leurs prix.
L’objectif annoncé est également de parvenir à la fixation d’un prix plafond applicable sur l’ensemble du territoire.
Agriculture : l’objectif de multiplier les superficies exploitables
Sur le secteur agricole, Ibrahim Traoré affirme que le Burkina Faso a réalisé « plus de trois fois plus d’aménagements » agricoles que durant toute son histoire.
Pour la deuxième phase de l’offensive agro-pastorale, il annonce l’objectif de multiplier par cinq les superficies exploitables, avec un recours accru aux systèmes d’irrigation par aspersion.
Enseignement supérieur : 40 amphithéâtres annoncés
Le chef de l’État annonce également la construction de 40 amphithéâtres équipés de laboratoires afin de renforcer les infrastructures des universités publiques et d’améliorer les conditions d’enseignement.
Il a par ailleurs évoqué le projet nucléaire, affirmant que celui-ci prendra le temps nécessaire mais que le Burkina Faso entend le réaliser.
« Nous voulons une souveraineté complète et nous sommes sur ce chemin », a-t-il déclaré, précisant que les premiers corps d’ingénieurs sont en formation.
« Immersion » : un dispositif présenté comme distinct du recrutement des réservistes
Ibrahim Traoré a également parlé de l’« immersion », qu’il présente comme un moyen de mieux former et sensibiliser certaines catégories de citoyens.
Il estime que des cours particuliers doivent être ciblés afin de permettre aux populations de mieux comprendre l’histoire du pays, son évolution et les orientations futures.
Le Président du Faso précise que cette initiative est différente du projet de recrutement de 100 000 réservistes au profit de l’armée.
AES : Ibrahim Traoré appelle à accélérer l’intégration
Concernant la Confédération des États du Sahel, le capitaine Ibrahim Traoré estime que l’intégration du Burkina Faso, du Mali et du Niger doit aller plus vite.
Il cite notamment la libre circulation des citoyens comme un enjeu concret. Selon lui, les ressortissants des trois pays devraient pouvoir circuler dans l’espace AES avec une carte d’identité de l’espace.
Le Burkina Faso aurait déjà mis en place une structure chargée de lutter contre les tracasseries aux frontières. Le Mali et le Niger doivent encore, selon lui, valider et mettre en place leurs propres structures pour permettre au dispositif de fonctionner pleinement.
Sur la question monétaire, le chef de l’État indique que les pays de l’AES restent « à l’écoute » et qu’ils observeront l’évolution de la situation avant de se prononcer sur une éventuelle monnaie confédérale.
Il estime également réalisable l’objectif de construire plusieurs infrastructures communes dans l’espace AES à l’horizon 2032, notamment dans les domaines sportif et hôtelier.
Relations avec la France : « Aucune erreur n’est permise »
Interrogé sur une éventuelle reprise des relations diplomatiques avec la France, Ibrahim Traoré estime que celle-ci dépendra notamment de la « posture » du Burkina Faso et de son niveau de préparation.
Il appelle à la prudence et affirme qu’il ne faut pas « jouer avec le feu » tant que le pays n’est pas totalement préparé sur les différents plans.
Le chef de l’État affirme également ne pas être favorable au maintien de représentants diplomatiques qu’il soupçonne de mener des activités contre le Burkina Faso.
Évoquant la possibilité de l’arrestation d’espions qu’il qualifie d’« impérialistes », il affirme que la peine de mort pourrait être appliquée dans ce type de situation, selon sa déclaration.
Il avertit également les personnes qu’il qualifie de « réactionnaires de l’intérieur » et qui travailleraient, selon lui, pour des puissances étrangères.
Le Président du Faso affirme par ailleurs que le Burkina Faso a mis en garde certains pays après des « sorties hasardeuses » de leurs parlementaires au sein de l’Union européenne. Il prévient que la poursuite de décisions jugées hostiles pourrait conduire Ouagadougou à rompre ses relations avec les pays concernés.
« Nous voulons du respect », a-t-il déclaré, affirmant que le Burkina Faso est prêt à assumer les conséquences de ses choix.
Retrait de la CPI : le chef de l’État maintient sa position
Sur le retrait des trois pays de l’AES de la Cour pénale internationale (CPI), Ibrahim Traoré affirme que cette décision n’a pas été prise dans le but de « avoir raison », mais à la suite d’un constat fait par les États concernés.
Il qualifie la CPI d’« instrument de l’impérialisme » et conteste son traitement des crises et conflits en Afrique.
Démocratie : Ibrahim Traoré défend une autre conception
Répondant aux critiques relatives à son rapport à la démocratie, le chef de l’État affirme que le Burkina Faso ne se reconnaît pas dans la conception de la démocratie défendue par certains pays occidentaux.
Il conteste notamment la légitimité de ces États à donner des leçons de démocratie au Burkina Faso.
Selon lui, la démocratie ne devrait pas servir de justification à des guerres ou à l’imposition de systèmes politiques à d’autres pays.
« Changer le système » pour construire l’État sur le long terme
Ibrahim Traoré a également critiqué ce qu’il appelle « l’esprit politicien » et appelé à privilégier le travail et la construction de l’État plutôt qu’une compétition politique permanente.
Il estime que les alternances de cinq ans peuvent empêcher, selon lui, la mise en œuvre de projets de long terme dans plusieurs pays africains.
Le chef de l’État appelle ainsi les États africains à se doter de visions de développement couvrant plusieurs générations. Il cite notamment la Chine, la Russie et l’Iran comme exemples de pays ayant, selon lui, développé une vision de l’État sur le long terme.
Il affirme que le Burkina Faso entend « changer le système » afin de construire l’État dans la durée.
Trois ans de la Charte de l’AES : « Un révolutionnaire n’est jamais satisfait »
Interrogé sur le bilan de trois années de la Charte de l’AES, Ibrahim Traoré refuse de considérer que les résultats sont « à la hauteur des espérances ».
« Un révolutionnaire n’est jamais satisfait », a-t-il déclaré, estimant que l’adversité demeure présente.
Il affirme que ceux qui cherchent à combattre ou à détruire les pays de l’AES n’attendent pas que ces derniers soient prêts avant d’agir. D’où, selon lui, la nécessité d’accélérer les actions engagées.
Le chef de l’État estime par ailleurs que la réussite de l’expérience engagée au Burkina Faso pourrait, selon lui, constituer « le départ d’une révolution en Afrique ».
Il reconnaît cependant que l’échec aurait des conséquences importantes et appelle à « travailler sans relâche » pour améliorer les conditions de vie des populations.
Souveraineté énergétique : moderniser les infrastructures
Le Président du Faso a enfin évoqué les actions engagées dans le domaine énergétique.
Il cite notamment la modernisation du réseau, le passage progressif de certaines lignes de 225 kV à 400 kV, le renouvellement des équipements, le développement des capacités de production ainsi que la formation d’ingénieurs et de techniciens burkinabè.
L’objectif annoncé est d’atteindre une couverture électrique de 100 % à l’horizon 2030.
Créer des emplois et améliorer les conditions de vie
En conclusion de l’entretien, Ibrahim Traoré réaffirme que la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie des populations doivent rester des priorités.
Il reconnaît que le processus engagé depuis trois ans « n’est pas parfait » et qu’il reste encore « tellement de choses à faire ».
Sur les relations avec la France, il résume sa position par un principe de prudence : « Aucune erreur n’est permise. »
RTB
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