Le Café | PPA-CI : Laurent Gbagbo peut-il réellement partager le pouvoir ?

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La décision de Laurent Gbagbo de déléguer une partie de ses prérogatives à cinq responsables du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) n’est pas un simple réaménagement interne. Elle pose une question politique de fond : un parti construit autour d’une figure historique peut-il progressivement apprendre à fonctionner autrement que par la centralité de son leader ?

 

En confiant des responsabilités précises à Assoa Adou, Hubert Oulaye, Ackah Emmanuel, Justin Koné Katinan et Dano Djédjé Sébastien, Laurent Gbagbo semble vouloir répondre à cette question par l’organisation. Ligne du parti, vie interne, animation, programme de gouvernement, direction générale et supervision : plusieurs leviers importants sont désormais répartis entre différentes personnalités.

 

Le message du président du PPA-CI est d'ailleurs explicite. La force d'un parti, affirme-t-il, ne saurait résider dans un homme seul, mais dans la capacité de ses responsables et de ses militants à travailler ensemble. Sur le principe, difficile de ne pas souscrire à une telle vision.

 

Mais en politique, les principes sont souvent plus faciles à proclamer qu'à appliquer.

 

La véritable question est donc moins de savoir si Laurent Gbagbo délègue que de déterminer ce que cette délégation changera réellement dans le fonctionnement du PPA-CI.

 

Car déléguer des responsabilités ne signifie pas nécessairement partager le pouvoir. Une organisation peut multiplier les postes, répartir les missions et conserver malgré tout un fonctionnement fortement centralisé. La véritable collégialité commence lorsque ceux qui reçoivent une responsabilité disposent aussi d'une capacité réelle d'initiative, de décision et de proposition.

 

C'est là que se trouve le véritable pari de Laurent Gbagbo.

 

Le PPA-CI reste profondément marqué par la personnalité de son fondateur et président. Son histoire, son discours politique et une partie de son identité sont intimement liés à l'ancien président ivoirien. Cette réalité constitue à la fois une force et une vulnérabilité.

 

Une force, parce que Laurent Gbagbo demeure une personnalité politique majeure, capable de mobiliser une partie importante de son électorat et de donner une identité forte à son parti. Une vulnérabilité, parce qu'un parti qui dépend excessivement de la personnalité de son leader peut avoir du mal à préparer sereinement l'avenir.

 

C'est pourquoi cette nouvelle organisation mérite d'être regardée comme une possible étape de maturation du PPA-CI.

 

Les cinq personnalités choisies ne sont pas de simples exécutants. Elles sont appelées à exercer des responsabilités qui touchent directement à la conduite politique et organisationnelle du parti. Leur capacité à travailler ensemble, à coordonner leurs actions et à prendre des initiatives permettra de mesurer la portée réelle de la décision annoncée par Laurent Gbagbo.

 

Mais un autre défi apparaît déjà : celui de la coexistence de plusieurs centres de responsabilité.

 

Lorsque plusieurs personnalités disposent de prérogatives importantes, les frontières doivent être suffisamment claires pour éviter les chevauchements, les incompréhensions et, surtout, les rivalités. Une direction collégiale ne peut fonctionner durablement que si chacun connaît son rôle, respecte celui de l'autre et accepte les mécanismes d'arbitrage lorsqu'un désaccord survient.

 

Le succès de cette réforme dépendra donc moins du nombre de responsabilités distribuées que de la qualité de la confiance instaurée entre les différents responsables.

 

Il faudra également observer la place qui sera progressivement accordée aux nouvelles générations. Car préparer l'avenir d'un parti ne consiste pas seulement à mieux répartir les responsabilités entre des cadres expérimentés. Cela suppose aussi de créer les conditions d'un renouvellement politique et générationnel.

 

Laurent Gbagbo semble avoir compris que l'avenir d'une organisation politique ne peut reposer éternellement sur la seule force de son fondateur. C'est sans doute l'un des enseignements les plus importants de cette décision.

 

Mais il existe une dernière difficulté, et elle est essentielle : accepter réellement les conséquences du partage du pouvoir.

 

Si la délégation permet aux cinq responsables d'exercer pleinement les missions qui leur sont confiées, alors le PPA-CI pourrait progressivement évoluer vers une organisation plus institutionnelle, moins dépendante d'un seul centre de décision. Si, en revanche, les nouvelles responsabilités restent largement subordonnées à une décision présidentielle omniprésente, la collégialité risque de demeurer davantage une intention qu'une réalité.

 

Le temps permettra de départager les deux scénarios.

 

Pour l'heure, Laurent Gbagbo fait un choix qui mérite d'être salué comme une tentative de faire évoluer la culture interne de son parti. Mais le véritable courage politique ne réside pas seulement dans la capacité à déléguer. Il réside dans la capacité à laisser ceux à qui l'on délègue agir, décider, proposer et, parfois, prendre des chemins différents.

 

Le PPA-CI est donc devant une expérience importante. Elle dépasse la simple répartition des fonctions. Elle touche à une question fondamentale pour toute organisation politique : comment passer du leadership d'un homme à la solidité d'une institution ?

 

La réponse ne se trouvera pas dans les communiqués. Elle se vérifiera dans les actes, dans les débats internes et dans la capacité de ces cinq responsables à exercer effectivement les responsabilités qui leur sont confiées.

 

C'est à cette condition que la promesse d'une direction collégiale pourra devenir une véritable nouvelle étape dans l'histoire du PPA-CI.

 

Par Yamyélé | Zoodomail.com

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