Les vieux démons de la xénophobie sont de retour en Afrique du Sud depuis 2025. Subséquemment, les violences contre les étrangers connaissent de nouvelles flambées principalement contre les migrants en provenance des autres pays d’Afrique noire.
Quelques éléments factuels et actuels pour illustrer ces propos : quatre (04) étrangers tués à Addo (Cap-Oriental) en mai 2025 lors d’attaques collectives contre des migrants africains ; des centaines de migrants déplacés ou contraints de fuir leurs quartiers dans plusieurs villes sud-africaines depuis mars 2026 ; plusieurs commerces pillés ou incendiés appartenant à des Nigérians, Congolais, Somaliens, Éthiopiens et Zimbabwéens ; deux Nigérians morts en garde à vue selon des médias africains relayant les réactions d’Abuja ; cent-trente (130) Nigérians rapatriés volontairement par leur gouvernement ce mois-ci à cause des violences et menaces sécuritaires ; des ressortissants congolais gravement blessés ces jours-ci lors d’attaques à Pretoria, Durban et Johannesburg ; etc.
Si, avant les élections générales du 26 au 29 avril 1994 qui ont mis fin au système et au régime d’Apartheid, les immigrants, quelle que soit leur origine, subissaient déjà la discrimination et même la violence, les choses se sont empirées, contre toute attente, après l’avènement de la majorité noire au pouvoir.
Les violences récurrentes xénophobes en Afrique Sud : des traditions hélas ancrées
Malheureusement cette manifestation de la furie destructrice n’est ni la première, ni la deuxième, ni la troisième dans ce pays. Elle en est la énième comme le confirment les éléments ci-après : du 1er au 03 septembre 2019, sept (07) personnes de nationalité étrangère ont été tuées, des commerces d’étrangers pillés, saccagés ou incendiés, des véhicules appartenant à des étrangers détruits par des chauffeurs routiers sud-africains suite à une grève pour dénoncer l’emploi de conducteurs non-sud-africains, deux cents (200) personnes arrêtées, c’est le triste bilan, établi à travers des sources médiatiques, d’une vague d’agressions anti-étrangers, sur fond de xénophobie.
Ainsi, entre 2000 et mars 2008, au moins soixante-sept (67) personnes sont décédées des suites d'attaques xénophobes. En mai 2008, une série d'attaques a coûté la vie à soixante-deux (62) personnes dont vingt-et-une (21) citoyens sud-africains. Les attaques étaient motivées par la xénophobie (From 'Foreign Natives' to 'Native Foreigners': Explaining Xenophobia in Post-Apartheid South Africa, Michael Neocosmos, CODESRIA, Dakar, 2010).
En 2015, une autre flambée nationale d'attaques xénophobes contre les immigrés a incité un certain nombre de gouvernements étrangers à commencer à rapatrier leurs citoyens (Nyamnjoh, Francis B. (2014). "Exorcising the demons within: Xenophobia, violence and statecraft in contemporary South Africa". Journal of Contemporary African Studies. 32 (3): 397–401. doi:10.1080/09637494.2014.937165).
Les étrangers perçus comme les responsables des difficultés socioéconomiques sud-africaines par la plupart des citoyens du pays
En 2018, un sondage réalisé par Pew Research a montré que 62% des Sud-Africains considéraient les immigrants comme un fardeau pour la société en profitant des emplois et des avantages sociaux et que 61% d'entre eux pensaient que les immigrants étaient plus responsables du crime que d'autres groupes.
Certes, l’Afrique du Sud vit un contexte de difficultés se traduisant par :
Le chômage massif : l’Afrique du Sud reste confrontée à un chômage très élevé, surtout chez les jeunes ;
La pauvreté et les inégalités héritées de l’Apartheid ;
La criminalité élevée, souvent attribuée — parfois sans preuve — aux étrangers.
La concurrence économique dans le petit commerce informel ;
Les tensions migratoires régionales, l’Afrique du Sud étant perçue comme la première puissance économique du continent.
Toutefois, il n’en demeure pas moins que cette situation n’est pas le fait des étrangers ; sauf si on veut faire de ces derniers des boucs émissaires parfaits.
Des violations graves et répétitives par l’Afrique du Sud de ses engagements internationaux
C’est pourquoi, face à ces actes qui sont manifestement des violations graves et répétitives par l’Afrique du Sud de ses engagements internationaux et africains et des atteintes graves aux droits humains perpétrées par certains Sud-Africains, il n’est pas permis de se taire pour les raisons suivantes :
L’article 2.1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel l’Afrique du Sud a adhéré le 10 décembre 1998 dispose que « Les Etats parties au présent Pacte s'engagent à respecter et à garantir à tous les individus se trouvant sur leur territoire et relevant de leur compétence les droits reconnus dans le présent Pacte, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. » ;
Les articles suivants de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (date d’adhésion de l’Afrique du Sud : 23 octobre 2013) stipulent :
Article 1 Les Etats membres de l'Organisation de l'Unité Africaine, parties à la présente Charte, reconnaissent les droits, devoirs et libertés énoncés dans cette Charte et s'engagent à adopter des mesures législatives ou autres pour les appliquer.
Article 2 Toute personne a droit à la jouissance des droits et libertés reconnus et garantis dans la présente Charte sans distinction aucune, notamment de race, d'ethnie, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
Article 3 1. Toutes les personnes bénéficient d'une totale égalité devant la loi. 2. Toutes les personnes ont droit à une égale protection de la loi.
Article 4 La personne humaine est inviolable. Tout être humain a droit au respect de sa vie et à l'intégrité physique et morale de sa personne: Nul ne peut être privé arbitrairement de ce droit.
Article 5 Tout individu a droit au respect de la dignité inhérente à la personne humaine et à la reconnaissance de sa personnalité juridique. Toutes formes d'exploitation et d'avilissement de l'homme notamment l'esclavage, la traite des personnes, la torture physique ou morale, et les peines ou les traitements cruels inhumains ou dégradants sont interdites ;
L’Afrique du Sud, l’incarnation des contre-valeurs africaines subsahariennes !
Les valeurs cardinales africaines en général et subsahariennes en particulier obligent l’hôte qui reçoit à traiter l’hôte qui est reçu de telle sorte qu’il se sente chez lui et mieux qu’il ait envie de revenir ou de s’installer là où il n’était que de passage. C’est pourquoi, un adage burkinabè, qui a certainement son équivalent en xhosa, zoulou, etc., enseigne pertinemment que « Ce n’est pas par la descendance de ses habitants qu’une localité s’agrandit et se développe mais par l’accueil et l’adoption de personnes en provenance d’autres contrées ». Les valeurs contenues dans le concept d’ubuntu («vous êtes, donc je suis») chères aux peuples d’Afrique australe véhiculent également cet enseignement ;
Les crimes odieux de toute nature dont les Sud-Africains ont été des victimes et la grande âme mondiale qu’a été Nelson Mandela auraient dû servir d’enseignements à leur pays pour qu’il soit, en théorie et en fait, cette nation arc-en-ciel dont ils se réclament ;
Les Africains et les habitants des pays des autres continents n’ont pas soutenu, au péril de leur vie la lutte anti-Apartheid, dans le but d’en recueillir des retombées économiques mais en vue d’être en conformité avec la déclaration universelle des droits de l’Homme. Une action d’une telle noblesse mérite reconnaissance et gratitude dans la mesure où si l’Afrique du Sud est, de nos jours, une démocratie gouvernée par les Noirs, c’est aussi grâce aux autres Africains et aux autres peuples. Elle crédibiliserait davantage la position d’avocat de ce pays dans la défense de la cause palestinienne ;
Si elle est une des premières puissances économiques et industrielles africaines c’est aussi grâce aux Africains (de toutes couleurs), aux Bangladais, aux Chinois, aux Indiens, aux Libanais, …
Les accusations de racisme anti-Blancs du président des Etats-Unis Donald Trump rendues crédibles par les violences xénophobes
C’est pourquoi on ne peut manquer de/d’ :
Accorder un certain crédit des accusations de racisme anti-Blancs proférées par le président Donald Trump contre les dirigeants sud-africains. En effet, si les Sud-Africains sont capables de perpétrer des actes de violence xénophobe à l’encontre de Subsahariens dont les pays les ont soutenus dans la lutte anti-Apartheid, que ne feraient-ils pas aux Blancs qui les ont dominés politiquement, économiquement et socialement pendant environ 342 ans, en considérant comme point de départ l’arrivée des colons européens en 1652 et comme fin officielle l’avènement de la démocratie multiraciale en 1994 ?
Interpeler le gouvernement sud-africain pour qu’il prenne les mesures idoines pour :
assurer la sécurité et des personnes et des biens sans distinction de nationalité, de race et de religion en Afrique du Sud ;
indemniser les ayants-droit des personnes décédées et les blessés ;
dédommager les personnes dont les biens ont été incendiés, saccagés ou pillés.
Recommander à l’Union africaine, la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) et aux autres organisations sous régionales :
la conduite d’actions (condamnations, sanctions, exigence de mise en place de commissions d’enquête indépendantes, etc.) auprès des autorités sud-africaines afin que des décisions fortes soient prises pour faire de l’actuelle poussée meurtrière anti-étrangers la dernière de cette série qui n’honore pas l’Afrique, encore moins la république d’Afrique du Sud ;
des initiatives pour prévenir la xénophobie dans les pays membres de l’Union africaine car même si l’Afrique du Sud passe pour être le pays où il y a le plus de violences anti-étrangers, d’autres pays s’y sont illustrés ou pourraient céder aux sirènes démoniaques de la xénophobie’
Issaka SOURWEMA
Dawelg Naaba Boalga
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