Le sommet de la CEDEAO du 14 décembre 2025 aura beau être scruté sous le prisme politique, il livre surtout un enseignement majeur sur le terrain financier : malgré la séparation institutionnelle consommée, les canaux économiques et techniques entre la CEDEAO et les pays de l’AES demeurent ouverts. Mieux, ils sont formalisés.
Deux décisions, en apparence techniques, traduisent en réalité un choix stratégique fort : celui de la continuité pragmatique plutôt que de la rupture brutale.
La première concerne la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC). En acceptant que le Burkina Faso, le Mali et le Niger poursuivent leur participation à la BIDC en tant que membres non-régionaux, la Conférence des chefs d’État acte une vérité simple : le développement ne peut être pris en otage des recompositions politiques. Plus encore, le maintien du personnel ressortissant des pays de l’AES au sein de l’institution est un signal de maturité institutionnelle. La compétence prime sur l’appartenance géopolitique du moment. Pour l’AES, c’est un acquis non négligeable : l’accès à un instrument financier régional stratégique reste préservé, tout comme les carrières de ses cadres.
La seconde décision touche au GIABA, organe central de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. En actant l’adhésion du Burkina Faso, du Mali et du Niger comme membres non-CEDEAO, le sommet reconnaît à la fois la nécessité de leur implication et la responsabilité qui l’accompagne. L’adhésion n’est pas un blanc-seing : elle est conditionnée à des engagements clairs, exigeants, notamment la correction des insuffisances dans les dispositifs LBC/FT/CPF et une coopération totale avec les mécanismes régionaux et internationaux.
Ici encore, le message est double. À la CEDEAO, qui refuse l’isolement sécuritaire et financier d’États voisins exposés aux mêmes menaces. À l’AES, qui accepte que la souveraineté revendiquée s’exerce aussi dans le respect des normes et obligations collectives.
Ces deux décisions montrent que, derrière les discours parfois tranchés, la réalité impose des passerelles. La finance, la sécurité financière et le développement ne se redessinent pas à coups de déclarations, mais par des arrangements institutionnels intelligents. Le sommet du 14 décembre 2025 aura ainsi confirmé une chose essentielle : la CEDEAO et l’AES peuvent ne plus marcher ensemble politiquement, sans pour autant tourner le dos à l’intérêt commun.
En définitive, la région ouest-africaine semble avoir choisi la voie de la coexistence fonctionnelle. Une voie étroite, certes, mais sans doute la plus responsable dans un contexte déjà lourd de défis économiques, sécuritaires et sociaux.
Par Yamyélé|Zoodomail.com
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