Lucianne, ressortissante de Bobo-Dioulasso et étudiante en Master I en comptabilité et finance, a été contactée par Issaka, un ancien camarade de lycée installé au Ghana. Celui-ci lui promet une opportunité d’études en anglais suivie d’un départ vers l’Europe, notamment la Belgique ou l’Espagne. Pour cela, elle devait payer 850 000 FCFA et fournir un passeport pour des frais “tout compris”.
Convaincue, Lucianne vend sa moto et sa famille complète la somme. Le transfert est effectué. Après plusieurs semaines de retard, Issaka lui demande finalement de prendre un car pour Accra. À son arrivée, elle est accueillie par une jeune femme envoyée par Issaka, puis logée dans un hôtel. Le lendemain, Issaka se présente et lui demande 500 000 FCFA supplémentaires pour les “frais de change”, prétextant que le franc CFA n’est pas accepté au Ghana.
Lucianne est ensuite conduite dans un site présenté comme un centre de formation. Son passeport et ses téléphones lui sont retirés sous prétexte de ne pas communiquer avec l’extérieur afin de ne pas “compromettre” la procédure de visa. Elle découvre alors une réalité inquiétante : 12 filles dans une même chambre, et une vingtaine de garçons dans d’autres pièces, encadrés par des Burkinabè et des Ghanéens.
Les cours d’anglais, promis comme élément central du projet, ne durent que deux heures par jour pendant une semaine, puis s’arrêtent. Après un mois, Lucianne est contrainte de recruter d’autres personnes au Burkina Faso pour les faire venir selon le même schéma. Ses communications sont surveillées et dictées par le groupe.
Peu à peu, elle comprend qu’il s’agit d’un réseau d’escroquerie. Aucun visa, aucun départ vers l’Europe. Sa famille, sans nouvelles, sombre dans l’angoisse.
Pire encore, Issaka la harcèle sexuellement. Elle finit par céder dans l’espoir de récupérer son téléphone. Il lui est rendu sous conditions strictes : 15 minutes le matin, à midi et le soir. C’est ainsi qu’elle parvient à contacter son petit frère.
Après six mois de captivité, Lucianne tombe enceinte de Issaka. Elle demande à rentrer au Burkina Faso, mais le réseau refuse. Grâce aux échanges discrets avec son frère, elle transmet sa géolocalisation. Celui-ci parvient à venir au Ghana avec un chauffeur connaissant bien le pays.
Un piège est monté : Lucianne annonce à Issaka qu’une nouvelle recrue arrive avec de l’argent. Le rendez-vous est fixé dans le même hôtel. Quand Issaka demande l’argent pour les “changes”, Lucianne, son frère et le chauffeur profitent d’un moment d’inattention pour s’échapper. Après 14 mois sous l’emprise du réseau, elle retrouve enfin la liberté et rentre au pays.
Alerte sociale
Cette affaire, survenue courant 2023, met en lumière un système organisé de trafic humain, d’escroquerie et d’exploitation sexuelle qui cible des jeunes Burkinabè en quête d’avenir. Les fausses promesses d’études et de visas servent de piège pour dépouiller, enfermer et exploiter des victimes.
Toute offre de départ à l’étranger demandant de l’argent, sans structure officielle, est un signal de danger.
Image IA
Par Ibrahim Cissé |Zoodomail.com
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