Devant le Tribunal | « Les propos injurieux visaient les Kémites et non l'imam », soutient Bamogo pour injure publique sur TikTok (2/2)

Submitted by Redaction on
Image
tribunal

Après les faits du dossier publiés dans la première partie, voici la suite avec les débats, les réquisitions et le délibéré du procès ouvert le lundi 1er juin 2026, dans l’affaire d’injures publiques au préjudice de l’imam Ouédraogo.

 

 

Invité par le tribunal à s'expliquer sur les faits qui lui sont reprochés, Bamogo a reconnu avoir tenu des propos sur le réseau social TikTok, tout en contestant avoir directement visé l'imam Ouedraogo.

 

« J'ai effectivement tenu des propos sur TikTok. Je m'adressais essentiellement aux Kémites et, entre-temps, j'ai parlé de l'imam », a-t-il déclaré.

 

Le tribunal lui a alors demandé ce que l'imam avait dit ou fait pour qu'il soit ainsi pris à partie dans la vidéo incriminée.

« Je n'ai pas écouté l'intégralité du sermon de l'imam. Mes vidéos datent de six mois et certaines personnes ont extrait des séquences pour déformer le sens de mes propos. Mes déclarations ne visaient pas directement l'imam », a répondu le prévenu.

 

Invité à préciser ses propos, Bamogo a expliqué : « J'ai dit que toute personne qui se dit musulmane mais qui soutient une autre religion au détriment de l'islam est une personne indigne et immorale. La partie où j'ai tenu des propos injurieux s'adressait aux Kémites qui qualifiaient la religion musulmane de malédiction. »

 

Le tribunal l'a alors interrogé sur le fait qu'il ait cité le nom de l'imam dans sa vidéo.

« Cette vidéo avait été enregistrée avant le sermon de l'imam. Mon intention était de répondre aux Kémites », a-t-il soutenu.

 

Le procureur a poursuivi les questions : « Qu'est-ce qui ne vous a pas plu dans les propos de l'imam pour que vous vous en preniez à lui ? »

« C'était en rapport avec l'arrestation de musulmans par la Brigade Laabal, évoquée dans son sermon », a répondu Bamogo.

« Et vous l'injuriez pour cela ? », a répliqué le représentant du ministère public.

« Les propos injurieux visaient les Kémites et non l'imam, même si certains passages de ma vidéo s'adressaient également à lui. Par ailleurs, je lui ai présenté mes excuses », a affirmé le prévenu.

 

Prenant la parole, l'avocat de la partie civile a interrogé Bamogo sur les prédicateurs ayant déclaré que « s'il existe une Bible qui ne parle pas du prophète Mohamed, alors il faut manger de l'attiéké avec cette Bible ».

« Ils ont commis une erreur », a répondu le prévenu.

 

Au titre des intérêts civils, l'avocat de l'imam Ouedraogo a indiqué que son client ne réclamait qu'un franc CFA symbolique en réparation du préjudice moral subi. Il a toutefois demandé au tribunal de prononcer une sanction proportionnée à la gravité des faits reprochés. Il a également sollicité la condamnation des prévenus au paiement de 2 000 000 FCFA au titre des frais exposés.

 

Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que les faits d'injure publique via le réseau social TikTok étaient suffisamment établis. Selon le procureur, l'imam Ouedraogo s'était contenté, dans son sermon, d'appeler les fidèles à ne pas s'attaquer aux autres confessions religieuses.

Toujours selon le parquet, Bamogo et Tondé ont ensuite publié des vidéos dans lesquelles ils ont notamment remis en cause la qualité de musulman de l'imam, lui reprochant de ne pas avoir défendu les prédicateurs interpellés par la Brigade Laabal, tout en proférant à son encontre des propos injurieux.

« L'infraction est entièrement caractérisée », a soutenu le ministère public, qui a demandé au tribunal de déclarer les deux prévenus coupables des faits qui leur sont reprochés.

 

Le procureur a requis contre chacun d'eux une peine de six mois d'emprisonnement ferme et une amende ferme de 1 000 000 FCFA. Il a également demandé la délivrance d'un mandat de dépôt contre Bamogo et d'un mandat d'arrêt contre Tondé.

 

 

Dans son délibéré du lundi 22 juin 2026, la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I a reconnu Bamogo et Tondé coupables des faits d’injures publiques qui leur étaient reprochés.

Elle les a condamnés chacun à une peine de 6 mois d’emprisonnement assortie du sursis et à une amende ferme de 250 000 FCFA.

 

Le tribunal a également reçu et déclaré bien fondée la constitution de partie civile de l’imam Ouédraogo. Il a condamné solidairement les prévenus à lui verser la somme de 1 franc symbolique à titre de dommages et intérêts.

Ils devront en outre lui payer solidairement la somme de 500 000 FCFA au titre des frais exposés. La contrainte judiciaire a été fixée à trois mois.

 

 

Par Ibrahim Cissé|Zoodomail.com

Les trois dernières publications