Le jeudi 15 octobre 2026, Nikièma Lebinoua, administrateur des services financiers, a comparu devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I pour répondre des faits d’incitation à l’atteinte à la sûreté de l’État, de participation à une entreprise de démoralisation des forces armées et d’outrage envers les dépositaires de l’autorité publique.
Selon les éléments présentés dans le dossier, ses publications sur Facebook, diffusées au début du mois de septembre 2026, contenaient des affirmations considérées comme fausses ou non étayées concernant l'armée burkinabè. Il a été interpellé par la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BCLCC).
Dans une vidéo, le prévenu avait reconnu ses torts et présenté ses excuses aux institutions ainsi qu'au peuple burkinabè.
Par ailleurs, le Conseil des ministres du 24 septembre 2026 a officiellement mis fin à ses fonctions à la Commission nationale des droits humains (CNDH). Il a ensuite été placé sous mandat de dépôt à la Maison d'arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), dans l'attente de son jugement.
« Je n'ai jamais voulu chasser les autorités »
À la barre, Nikièma Lebinoua a reconnu avoir publié des messages sur sa page Facebook. Il a toutefois contesté avoir voulu provoquer le départ des autorités en place.
Pour lui, ses publications relevaient de l'expression d'une opinion. Il a également estimé que le débat devait se faire à travers les idées plutôt que par le combat.
Le procureur lui a alors demandé si ses écrits traduisaient une opposition à la Révolution progressiste populaire (RPP).
« Vous vous opposez à ça à travers vos écrits ? Vous voulez qu'on vous traite comment ? », lui a lancé le représentant du ministère public.
En réponse, le prévenu a déclaré : « Je ne partage pas l'idéologie. Par contre, je n'ai jamais été hostile aux autorités actuelles, qui m'ont nommé en 2024 à la CNDH. »
Le parquet requiert 36 mois de prison ferme
Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que les trois infractions reprochées au prévenu étaient caractérisées. Il a demandé au tribunal de le maintenir dans les liens de la prévention et de le déclarer coupable des faits qui lui étaient reprochés.
En répression, le procureur a requis une peine de 36 mois d'emprisonnement ferme, assortie d'une amende ferme d'un million de FCFA.
La défense a, pour sa part, contesté la caractérisation des infractions et sollicité la clémence du tribunal.
« Camarade président, mon client, Nikièma Lebinoua, a formellement reconnu certains faits. Je voudrais que vous teniez compte de sa personnalité. Il n'est pas logique avec lui-même, parce qu'il a déclaré devant votre barre qu'il est contre le mode politique, tandis qu'il accepte une nomination à un poste relevant de ce dernier », a plaidé son avocat.
Pour la défense, les infractions n'étaient pas constituées. L'avocat a donc demandé au tribunal de prononcer une peine d'amende ou, à défaut, une peine d'emprisonnement assortie du sursis.
Invité à prononcer ses derniers mots, Nikièma Lebinoua a sollicité la clémence des juges.
« Je demande la clémence du tribunal. Dès que j'aurai la liberté, je travaillerai pour la bonne marche du RPP », a-t-il déclaré.
Le tribunal prononce 12 mois de prison, dont 2 mois ferme
Dans sa décision rendue le mardi 27 octobre 2026, la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I a relaxé Nikièma Lebinoua du chef d'incitation à l'atteinte à la sûreté de l'État, au motif que l'infraction n'était pas constituée.
En revanche, le tribunal l'a déclaré coupable de participation à une entreprise de démoralisation des forces armées et d'outrage envers les dépositaires de l'autorité publique.
En répression, il l'a condamné à 12 mois d'emprisonnement, dont 2 mois ferme, ainsi qu'à une amende ferme d'un million de FCFA. La contrainte judiciaire a été fixée à six mois.
Aussitôt la décision prononcée, le parquet a interjeté appel.
Par Reine Zongo | Zoodomail.com
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