À l'occasion de l'audience foraine tenue à Pabré, le mercredi 22 juillet 2026, D. Abdoulaye 1, Z. Adama, O. Alidou, D. Abdoulaye 2, D. Alidou et G. Yacouba ont comparu devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I pour séquestration, coups et blessures volontaires et atteinte à la vie privée d'autrui, au préjudice de Y. Jules. Quant à S. Noaga, il est poursuivi pour complicité d'atteinte à la vie privée d'autrui. Les prévenus ont tous contesté les faits mis à leur charge.
Selon les déclarations de la victime, les faits remontent au mois de septembre 2025. Jules explique qu'un porc était entré dans son maquis et avait endommagé des décorations qu'il venait de réaliser. Il affirme avoir capturé l'animal et l'avoir gardé pendant trois jours dans l'attente de son propriétaire.
Ne voyant personne venir le réclamer, il dit avoir demandé à un boucher de conduire le porc à l'abattoir afin de retrouver son propriétaire. À défaut, il lui avait demandé de vendre l'animal et de lui remettre 25 000 FCFA pour compenser les dégâts subis.
Quelques jours plus tard, Jules raconte avoir été convoqué par les Koglweogo à l'initiative de S. Noaga. Conduit à leur siège, il affirme avoir été ligoté, violenté, filmé puis que la vidéo a été diffusée sur les réseaux sociaux. Après sa libération, il a porté plainte, entraînant l'interpellation des prévenus.
« Je l'ai filmé pendant qu'il était attaché »
Entendu à la barre, D. Abdoulaye 1 reconnaît avoir filmé la scène, tout en niant avoir frappé ou séquestré la victime.
« J'ai filmé la scène, mais je ne lui ai donné aucun coup. Je ne l'ai pas séquestré et je n'ai pas partagé la vidéo sur les réseaux sociaux. Je l'ai seulement publiée dans le groupe WhatsApp des Koglweogo. »
À la question du tribunal sur le moment où il avait filmé la victime, il répond :
« C'était lorsqu'il était attaché avec un caoutchouc et un morceau de bois entre les doigts. Il pleurait et criait. »
Interrogé sur l'auteur de ces sévices, il désigne un certain Manga, présenté comme celui qui applique les sanctions au sein du groupe.
Le président du tribunal poursuit :
« Après un vol, les Koglweogo attachent donc les personnes ? »
Le prévenu répond :
« Chez nous, après un vol, l'auteur est jugé par nos supérieurs. »
Le président lui demande alors :
« Avez-vous un tribunal ? »
« Non. »
Le prévenu explique ensuite que des coups de fouet sont parfois administrés à ceux qui, selon leurs responsables, « ne disent pas la vérité ».
Face aux questions du tribunal, il finit par reconnaître :
« Les Koglweogo n'ont pas le droit d'infliger des peines aux populations du Burkina Faso. Cela fait quatre ans que je suis Koglweogo. »
Le propriétaire du porc reconnaît n'avoir aucune preuve
À la barre, S. Noaga affirme que Jules avait vendu l'un de ses porcs à un boucher.
Toutefois, interrogé par le tribunal, il reconnaît ne pas avoir personnellement vu Jules voler ses animaux.
« Je ne l'ai pas vu voler. C'est un boucher qui m'a dit que c'était Jules qui lui avait vendu le porc. »
Le procureur lui demande alors :
« Avez-vous une preuve matérielle que Jules a volé vos porcs ? »
« Non. »
À la question de savoir pourquoi il avait préféré dénoncer Jules aux Koglweogo plutôt qu'aux forces de l'ordre, il répond :
« Je les ai saisis parce qu'ils sont plus rapides que la police pour conduire quelqu'un au commissariat. »
Il affirme également n'avoir pas assisté aux violences ni au tournage de la vidéo et dit avoir appris seulement 72 heures plus tard que Jules avait payé le prix du porc avant d'être libéré.
« Nous n'avions pas le droit d'interpeller un citoyen »
À son tour, O. Alidou reconnaît avoir participé à l'interpellation de Jules à Tampouy avant de le conduire au siège des Koglweogo de Panzani.
« Personnellement, je ne l'ai ni frappé, ni filmé, ni séquestré. Mais je faisais partie de ceux qui sont allés le chercher. »
Interrogé sur les pratiques habituelles de leur groupe, il explique :
« Lorsqu'une personne est amenée au siège, nous l'interrogeons. Si elle est reconnue coupable, nous lui demandons de rembourser. »
Le président lui rappelle alors que ces actes ne relèvent pas de leurs prérogatives.
Le prévenu finit par reconnaître :
« Nous n'avons pas le droit d'interpeller des citoyens ni d'exiger un remboursement. »
D. Abdoulaye 2 reconnaît également avoir participé à l'opération avant de rebrousser chemin en raison d'une panne de moto.
« Je reconnais que ce que nous faisions n'était pas conforme à la loi. »
« Nos responsables nous disaient que notre reconnaissance nous autorisait à agir »
G. Yacouba explique avoir participé à l'interpellation ainsi qu'aux interrogatoires.
Le président lui demande si leur association dispose d'une reconnaissance officielle.
Le prévenu répond par l'affirmative avant d'ajouter :
« Nos supérieurs nous expliquaient que cette reconnaissance nous autorisait à conduire les personnes au siège pour les interroger. Si elles reconnaissaient les faits, nous leur demandions de réparer le préjudice. Sinon, nous les conduisions à la police ou à la gendarmerie. »
Le tribunal lui rappelle alors que toute personne soupçonnée d'une infraction doit être conduite directement devant les autorités compétentes.
Z. Adama, pour sa part, déclare :
« Vu mon âge, je reconnais que je ne devrais pas être ici devant le tribunal. Lorsque je suis arrivé au siège, Jules n'était pas attaché. Je lui ai conseillé de payer afin de retrouver sa liberté. J'ai joué le rôle de médiateur. »
La victime affirme avoir payé pour retrouver sa liberté
Invité à s'exprimer, Jules maintient sa version.
Il affirme avoir été conduit au siège des Koglweogo, où il a été attaché, frappé et contraint de verser 100 000 FCFA, ainsi que 45 000 FCFA correspondant, selon lui, au prix des chaînes utilisées pour l'attacher.
« Compte tenu des sévices que je subissais, j'ai sollicité ma famille afin qu'elle réunisse l'argent pour que je retrouve ma liberté. »
Interrogé sur ces déclarations, S. Noaga répond simplement :
« Je ne regrette pas ce qui s'est passé. Mes porcs ont été volés. »
Cinq millions de FCFA réclamés au titre du préjudice moral
À la clôture des débats, Jules s'est constitué partie civile et a réclamé 5 millions de FCFA en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi.
Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que les infractions étaient pleinement constituées.
Le procureur a notamment déclaré :
« Les prévenus ont transformé leur siège en tribunal. Au lieu de conduire les citoyens devant les autorités légalement compétentes, ils les interpellent, les violentent et leur prennent de l'argent. Eux-mêmes ont reconnu à cette barre qu'ils n'avaient pas le droit d'agir ainsi. Quant à Noaga, il ne manifeste aucun regret et ne semble pas s'être amendé. »
En conséquence, le parquet a requis :
60 mois de prison ferme, une amende ferme d'un million de FCFA et un mandat de dépôt contre S. Noaga ;
48 mois de prison avec sursis et une amende ferme d'un million de FCFA chacun contre D. Abdoulaye 1, Z. Adama, O. Alidou, D. Abdoulaye 2, D. Alidou et G. Yacouba.
Le tribunal requalifie plusieurs infractions et prononce une condamnation ferme contre S. Noaga
Dans son délibéré rendu à l'issue de l'audience foraine tenue à Pabré le mercredi 22 juillet 2026, la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I a procédé à plusieurs requalifications des faits avant de prononcer les condamnations.
Le tribunal a requalifié les faits de coups et blessures volontaires et de séquestration reprochés à D. Abdoulaye 1 en complicité de coups et blessures volontaires et complicité de séquestration, tout en le déclarant également coupable d'atteinte à la vie privée de Jules. En répression, il a été condamné à 36 mois d'emprisonnement avec sursis et à une amende ferme d'un million de FCFA.
Concernant Z. Adama, le tribunal l'a relaxé des faits de coups et blessures volontaires et d'atteinte à la vie privée au bénéfice du doute. En revanche, les faits de séquestration ont été requalifiés en complicité de séquestration, infraction pour laquelle il a été déclaré coupable. Il a été condamné à 60 mois d'emprisonnement avec sursis et à une amende ferme d'un million de FCFA.
S'agissant de D. Abdoulaye 2, le tribunal a requalifié les faits d'atteinte à la vie privée en complicité d'atteinte à la vie privée de Jules. Il l'a également déclaré coupable de séquestration et de coups et blessures volontaires. Il a écopé de 60 mois d'emprisonnement avec sursis et d'une amende ferme d'un million de FCFA.
Pour O. Alidou, les faits de coups et blessures volontaires, de séquestration et d'atteinte à la vie privée ont été requalifiés respectivement en complicité de coups et blessures volontaires, complicité de séquestration et complicité d'atteinte à la vie privée. Il a été condamné à 60 mois d'emprisonnement avec sursis et à une amende ferme d'un million de FCFA.
Le tribunal a également requalifié les faits d'atteinte à la vie privée reprochés à G. Yacouba en complicité d'atteinte à la vie privée. Il l'a par ailleurs déclaré coupable de séquestration et de coups et blessures volontaires. Il a été condamné à 60 mois d'emprisonnement avec sursis et à une amende ferme d'un million de FCFA.
En ce qui concerne S. Noaga, le tribunal l'a déclaré coupable des faits qui lui étaient reprochés et l'a condamné à 60 mois d'emprisonnement ferme ainsi qu'à une amende ferme d'un million de FCFA. Un mandat de dépôt a été décerné à son encontre.
En outre, le tribunal a ordonné l'interdiction, pendant une durée de trois ans, pour D. Abdoulaye 1, D. Abdoulaye 2, Z. Adama, O. Alidou, G. Yacouba et S. Noaga, de participer à toute activité associative relevant des domaines de la sécurité, de la sûreté ou de l'autodéfense.
Sur les intérêts civils, la juridiction a reçu la constitution de partie civile de Jules et l'a déclarée bien fondée. En conséquence, elle a condamné solidairement D. Abdoulaye 1, D. Abdoulaye 2, Z. Adama, O. Alidou, G. Yacouba et S. Noaga à lui verser la somme de 5 millions de FCFA en réparation du préjudice subi.
Par Ibrahim Cissé | Zoodomail.com
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