Le lundi 29 décembre 2025, Bougma et Conombo ont comparu devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance Ouaga I pour des faits d’accusation de sorcellerie portés contre dame Sala. À la barre, les deux prévenus n’ont pas reconnu les faits qui leur étaient reprochés.
Les faits remontent au mois de mai 2024, à Tanghin-Dassouri. Dame Sala, une femme âgée de plus de cinquante ans, a été chassée du village sous prétexte qu’elle aurait tenu des propos menaçants à l’encontre de Bougma et Conombo. Selon l’accusation, les deux hommes ont alerté les vieux du village, après quoi des jeunes se seraient rendus au domicile de la victime, ramassant ses effets personnels et incendiant son jardin, tout en scandant qu’une « sorcière » quittait le village. Ces événements ont conduit dame Sala à porter plainte pour accusation de sorcellerie.
« Ils disaient qu’elle allait nous créer des problèmes » : les versions contradictoires à la barre
À la barre, le tribunal interroge Bougma sur les faits. Celui-ci explique :
« Je suis commerçant dans le quartier. Un jour, en revenant de mon lieu de commerce, j’ai croisé Conombo sous un caïlcédrat où les jeunes se retrouvent souvent. Après mon passage, il m’a rappelé pour dire que la vieille aurait affirmé que nous parlions d’elle et qu’elle allait nous créer des problèmes. Nous avons alors informé les vieux. »
Conombo, à son tour, confirme partiellement :
« La vieille a dit que nous avions raconté qu’un fou était venu nu chez elle pour la violer. Elle a ajouté que si nous nous amusons avec elle, nous n’aurons plus la capacité de nous déplacer. Après la rencontre avec les vieux, les jeunes ont décidé de la faire partir. Son bailleur est venu récupérer les clés, et des jeunes ont tenté de dégrader son jardin. »
Le tribunal s’interroge alors sur l’objectif de la rencontre avec les anciens. Bougma répond :
« Elle disait qu’elle allait nous créer des problèmes. »
— Quels problèmes ?
— Justement, c’est pour cela qu’on lui a demandé de partir.
Interrogés sur l’accusation de sorcellerie, les deux prévenus s’en défendent.
« Je ne connais pas la sorcellerie, je ne peux donc accuser quelqu’un de sorcellerie », affirme Bougma.
Conombo renchérit : « Je n’ai jamais dit qu’elle est sorcière. »
La victime, dame Sala, livre sa version des faits :
« Le fou est effectivement passé chez moi, mais je ne l’ai pas vu sur le moment. J’ai seulement entendu des jeunes dire qu’il était chez moi, alors qu’il ne fréquente pas les cours des gens. Le lendemain, ils sont venus me demander de quitter le village. Ils ont emporté mes affaires en taxi-moto et brûlé mon jardin. Ils criaient derrière moi : “sorcière, sorcière”. »
À la question du tribunal sur son ressenti, elle répond :
« J’ai été profondément choquée. »
Concernant les dégâts matériels, elle confirme que son jardin a été dégradé.
Le tribunal reproche également aux prévenus de ne pas avoir saisi la police ou la gendarmerie en cas de menace.
« Nous avons consulté les vieux », répond Bougma, qui affirme être prêt à accueillir à nouveau la victime dans le quartier.
Le procureur s’interroge alors :
« Qu’avez-vous dit aux vieux pour que les jeunes viennent la déguerpir ? »
Bougma répond avoir simplement rapporté les propos de la dame.
— Vous avez dit aux jeunes qu’elle est sorcière ?
— Je ne connais pas la sorcellerie, réplique-t-il.
« Vous voulez dire que vous avez eu un malentendu avec la dame et que, pour cette raison, ils se sont comportés ainsi ? »
« Ils étaient nombreux, donc nous n’avons pas pu gérer la situation. »
« Donc, lorsqu’il y a un malentendu chez vous, vous expulsez la personne ? »
Silence.
Dame Sala réclame, au titre des réparations, la somme d’un million de francs CFA pour la clôture en branchages et les pépinières détruites.
Par ailleurs, Conombo informe le tribunal que le 8 décembre dernier, la victime leur aurait déclaré : « Je vous donne 40 jours », ce qui les inquiète. Le juge ordonne alors aux deux prévenus de rencontrer immédiatement le procureur à l’issue de l’audience.
Accusation de sorcellerie : le parquet convaincu, le tribunal tranche
Dans ses réquisitions, le ministère public estime que les faits sont constitués. Selon le procureur, Bougma et Conombo, apeurés par les propos de la dame, ont contribué à son expulsion, tandis que des jeunes scandaient qu’une sorcière était chassée du village. Il requiert un an de prison avec sursis et une amende ferme de 250 000 FCFA contre chacun des prévenus.
Dans son verdict, le tribunal déclare Bougma et Conombo coupables des faits d’accusation de sorcellerie. Il les condamne chacun à 24 mois de prison, dont 12 mois ferme, assortis d’une amende ferme de 250 000 FCFA. Le tribunal déclare la constitution de partie civile partiellement fondée et condamne les prévenus à verser à dame Sala la somme de 300 000 FCFA à titre de dommages et intérêts. Un mandat de dépôt est décerné contre les deux condamnés.
Par Zaïre Sanffo|Zoodomail.com
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