L’adoption de la loi dite « Faso Bu-Kaooré » marque une étape importante dans l’histoire judiciaire du Burkina Faso. En reconnaissant officiellement les mécanismes traditionnels de règlement des différends, l’État fait le pari audacieux de réconcilier la justice moderne avec des pratiques ancestrales qui, depuis des générations, ont contribué à préserver la paix sociale au sein des communautés.
À travers cette réforme, le gouvernement répond à une réalité longtemps ignorée : pour une large frange de la population, notamment en milieu rural, la justice classique demeure lointaine, coûteuse et parfois incompréhensible. Faso Bu-Kaooré apparaît ainsi comme une justice de proximité, accessible, gratuite et fondée sur le dialogue, la conciliation et la recherche du consensus plutôt que sur la sanction.
Mais cette loi ne se limite pas à une simple reconnaissance symbolique des us et coutumes. Elle encadre rigoureusement le fonctionnement des instances traditionnelles, en leur imposant des principes essentiels tels que l’équité, l’impartialité, le contradictoire et le respect de la dignité humaine. En cela, le législateur tente d’éviter les dérives souvent redoutées lorsque la tradition opère sans balises juridiques claires.
L’un des enjeux majeurs de Faso Bu-Kaooré réside également dans le désengorgement des tribunaux modernes, aujourd’hui saturés par des contentieux parfois mineurs, mais chronophages. En offrant une voie alternative, librement consentie, le texte ouvre la possibilité d’une justice plus efficace, recentrée sur les affaires nécessitant réellement l’intervention du juge étatique.
Cependant, cette avancée soulève des interrogations légitimes. La neutralité des chefs coutumiers, l’égalité réelle des citoyens devant ces instances et la protection des personnes vulnérables devront être scrupuleusement garanties. La sagesse invoquée ne saurait tolérer l’arbitraire, encore moins des décisions contraires aux droits fondamentaux ou à la cohésion sociale.
C’est pourquoi le rôle de veille confié à l’État, à travers le ministère de la Justice et les juridictions classiques, apparaît déterminant. L’équilibre entre autonomie des instances traditionnelles et respect de l’ordre public constituera la véritable épreuve de cette réforme.
En définitive, Faso Bu-Kaooré n’est ni un retour en arrière ni une substitution à la justice moderne, mais une tentative de synthèse entre héritage culturel et exigences républicaines. Si elle est appliquée avec rigueur, responsabilité et impartialité, cette loi pourrait devenir un puissant levier de paix sociale et de réconciliation nationale. À défaut, elle risquerait de fragiliser ce qu’elle entend renforcer. Le défi est désormais dans l’application.
Par Yamyélé|Zoodomail.com
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