L’extradition de Paul Henri Sandaogo Damiba vers le Burkina Faso marque un tournant majeur dans l’histoire judiciaire et politique récente du pays. Plus qu’un simple fait divers judiciaire, cet événement revêt une portée symbolique forte : celle de la réaffirmation de l’autorité de l’État, de la primauté du droit et de la fin progressive de l’impunité, quels que soient le rang, le statut ou le passé des personnes mises en cause.
En obtenant, en un temps relativement court, l’ouverture d’une information judiciaire, la délivrance d’un mandat d’arrêt international et surtout l’extradition effective de l’ancien chef d’État, la justice burkinabè envoie un message clair : nul n’est au-dessus de la loi. Ni l’uniforme, ni les anciennes fonctions, ni l’exil ne sauraient constituer un bouclier face aux accusations graves portant sur la sûreté de l’État, le détournement de deniers publics ou le blanchiment de capitaux.
Cette procédure illustre également la montée en puissance de la coopération judiciaire régionale. La diligence des autorités togolaises, saluée officiellement par le gouvernement burkinabè, témoigne d’un nouveau visage de la solidarité africaine : une solidarité fondée non plus seulement sur les discours diplomatiques, mais sur l’entraide concrète dans la lutte contre la criminalité transnationale, la corruption et les atteintes à la gouvernance.
Cependant, si l’extradition constitue une victoire institutionnelle, elle n’est qu’une étape. Le plus important reste à venir : l’instruction, le procès éventuel et surtout le respect scrupuleux des principes de justice, de transparence et de droits de la défense. L’enjeu est de taille : il s’agit non seulement de juger un homme, mais de consolider la crédibilité de la justice burkinabè aux yeux des citoyens.
Dans un contexte national marqué par une forte demande de justice, de moralisation de la vie publique et de rupture avec les pratiques du passé, l’affaire Damiba pourrait devenir un cas d’école. Soit elle consacrera l’avènement d’un État réellement fondé sur le droit, soit elle nourrira de nouvelles frustrations si elle venait à être instrumentalisée ou bâclée.
Aujourd’hui, une chose est certaine : le Burkina Faso vient de poser un acte politique et judiciaire fort. Reste désormais à transformer cet acte en vérité judiciaire, dans la sérénité, l’impartialité et le respect de la loi. C’est à ce prix seulement que cette extradition prendra tout son sens dans l’histoire contemporaine du pays.
Par Yamyélé|Zoodomail.com
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