Burkina : Oumou, une héroïne tombée trop tôt

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Brillante, disciplinée et pleine de rêves, la jeune Oumou Koulsoum, élève du lycée municipal Naba Koulga de Zorgho, a perdu la vie dans un tragique accident de la circulation sur la RN4. Fauchée par un mini-bus alors qu’elle rentrait de l’école, elle a lutté jusqu’au bout sous les yeux de ses enseignants et du personnel médical. Ce témoignage poignant de son professeur d’Histoire-Géographie retrace ses derniers instants et rend hommage à une élève exceptionnelle. Zorgho pleure aujourd’hui l’une de ses plus belles étoiles.

 

OUÉDRAOGO Oumou Koulsoum, élève en classe de 4 3 au lycée municipal Naba Koulga de Zorgho, nourrissait l’espoir d’embrasser le métier de médecin afin de servir la Nation, pour le bonheur des Burkinabè. Mais la grande faucheuse en a décidé autrement.

 

Élève disciplinée, studieuse et très joviale, Oumou a toujours été première de sa classe, avec des moyennes souvent supérieures à 18,50/20.

 

Ce lundi 02 février 2026, comme à son habitude, la petite Oumou, sur sa bicyclette, s’était rendue au lycée pour ses cours du jour.

 

De retour des cours, après 17 heures, juste au niveau de la route RN4, face au Haut-commissariat de la province du Ganzourgou, les VADS donnent l’autorisation aux élèves de traverser la route en prenant le soin de lever les panneaux pour marquer l’arrêt sur la nationale. Malheureusement, un mini-bus communément appelé « Dina », chargé de diverses marchandises, fonce malgré l’arrêt indiqué par les agents VADS et percute la jeune fille Oumou, qui se retrouve sous les roues dudit véhicule.

 

Les premières personnes présentes constatent l’horreur et cherchent des pagnes pour couvrir les blessures béantes de la victime. Le chauffard, qui avait pris la poudre d’escampette, est rattrapé par des jeunes, qui prennent le soin de le remettre à la Police nationale avec son véhicule.

 

De passage sur les lieux de l’accident, je vois un attroupement de personnes. Je freine et, à peine descendu de la moto, j’aperçois la jeune Oumou, lucide mais incapable de faire le moindre geste. Je me mets à genoux pour voir si elle peut parler. Oumou saisit ma main et me demande :
« Monsieur, est-ce que je vais vivre ? »

 

De manière instinctive, je réponds par l’affirmative et je tente de la maintenir éveillée en lui demandant sans cesse de ne pas fermer les yeux. Dans le même temps, chacun tente de joindre l’ambulancier afin de transporter l’infortunée vers le CMA. Je sors mon téléphone et j’appelle mon censeur, monsieur COMPAORÉ, qui arrive immédiatement, suivi du proviseur et de collègues.

 

Une fois l’ambulance sur place, la jeune Oumou, qui ne lâche pas ma main, me demande de la sauver. Troublé, je monte dans l’ambulance avec son frère Adama et j’essaie de la rassurer, lui disant qu’elle va s’en sortir, tout en la suppliant de ne pas fermer les yeux.

 

Nous arrivons aux urgences du CMA de Zorgho, où nous sommes reçus par l’infirmier du jour, monsieur SAWADOGO, puis par le Dr SANKARA, le Dr BALIMA, l’infirmier NOUGTARA et le chirurgien OLLE.

 

L’équipe ainsi constituée se met immédiatement au travail. Je fus stupéfait de voir une équipe médicale aussi enthousiaste et professionnelle, entièrement mobilisée pour sauver la victime. J’ai vu des médecins courir pour chercher des gants et des compresses, des infirmiers récupérer des examens et des poches de sang.

 

J’ai vu une équipe résiliente travailler en parfaite symbiose pour le bien de l’infortunée. L’équipe médicale tente par tous les moyens de contenir l’hémorragie afin d’envisager un éventuel transfert vers le CHU Yalgado Ouédraogo à Ouagadougou, situé à 110 km de Zorgho, pour une meilleure prise en charge.

 

Oumou, toujours éveillée, s’exprime une dernière fois :
« Je veux travailler plus à l’école pour réussir et aider ma mère. »

 

Juste après ces mots, la situation se complique. Oumou convulse mais lutte pour survivre. L’équipe médicale me demande de sortir. Le processus vital de la jeune fille est engagé. Le Dr SANKARA accourt vers la bouteille d’oxygène pour tenter une réanimation.

 

Je reste devant la porte en priant Dieu de faire un miracle. Quelques minutes plus tard, le Dr SANKARA ouvre la porte et m’appelle. Je rentre dans la salle, le corps glacé. L’équipe médicale est dévastée. Je constate alors qu’Oumou, mon élève, l’étoile du lycée, vient de nous quitter pour l’au-delà.

 

À l’extérieur, plus d’une trentaine de personnes attendent. Je me dirige vers monsieur KABORÉ Jacques, ancien maire de la commune de Zorgho, à qui je donne la terrible nouvelle. Il trouve les mots pour informer l’assemblée. La mère de la victime et sa tante sont inconsolables. Les autorités administratives (directeur provincial, proviseur, censeur, conseiller principal d’éducation) sont anéanties.

 

Avec des collègues, nous nous rendons à la morgue pour prendre le brancard et transporter la dépouille.

 

La petite Oumou, l’étoile du lycée, nous a quittés à jamais. Elle a été inhumée ce 03 février 2026 dans son village natal de Tingsobdogo, à Zorgho.

 

Au revoir Oumou, au revoir l’étoile. Que la terre libre du Burkina te soit légère. Que Dieu réconforte ta famille et tes amis.
Tu as lutté sans verser une seule larme. Tu es mon héroïne.
Repose en paix.

 

Ton professeur d’Histoire-Géographie,
Monsieur ZOUNGRANA Augustin.


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