Le lundi 16 mars 2026, Ganemtoré, 36 ans, a comparu devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I pour répondre des faits d’assassinat et d’infanticide. Il est accusé d’avoir ôté la vie à sa compagne Pacéré ainsi qu’à leur bébé âgé de 21 jours. À la barre, il a reconnu les faits.
Selon ses déclarations, l’accusé est rentré de l’étranger en 2020 pour accompagner un oncle malade. Après quelques temps passés en famille, il quitte le domicile pour vivre ailleurs. Par l’entremise d’un autre oncle, il est orienté vers une formation en coiffure. Par la suite, il perd tout contact avec son tuteur et se retrouve sans domicile fixe.
Un certain Sankara lui offre alors une maisonnette en tôles, située dans une zone non lotie à Kossodo. C’est dans ce quartier qu’il fait la connaissance de Pacéré, avec qui il entame une relation. Mais très vite, des tensions apparaissent dans le couple. L’accusé affirme soupçonner sa compagne d’entretenir une relation avec l’un de ses amis, alors même qu’elle est enceinte de lui.
À la barre, Ganemtoré explique :
« Je voyais des choses qui ne me plaisaient pas. Je lui ai demandé de faire attention. Même à sept mois de grossesse, elle sortait avec mon ami. »
Interrogé par le tribunal sur les faits, il soutient avoir voulu « effrayer » sa compagne avec un couteau, dans la nuit des faits, après une dispute survenue plus tôt dans la soirée.
« C’était pour l’intimider », affirme-t-il.
Mais les éléments de l’enquête contredisent cette version. Le tribunal relève qu’après une première altercation, l’accusé est revenu vers minuit, armé d’un couteau, avant de commettre l’irréparable. La victime a été égorgée.
Le procureur souligne également des déclarations troublantes faites lors de l’enquête. L’accusé aurait évoqué un pacte mystique autour d’un « fétiche », assorti de menaces en cas d’infidélité. Il aurait également affirmé avoir tué le bébé de peur qu’un malheur ne survienne s’il restait en vie. À la barre, Ganemtoré est resté silencieux face à ces éléments.
L’infanticide
Interrogé sur le meurtre de l’enfant, le procureur s’indigne :
« Elle au moins a parlé, mais le bébé n’a rien dit. Pourquoi l’avoir tué ? »
L’accusé répond :
« Elle a dit que le bébé pourrait ne pas être de moi, mais de mon ami. »
Appelé à témoigner, Sankara, chez qui vivait l’accusé, explique avoir découvert une situation suspecte :
« La porte était bloquée avec un bois. Ma mère, qui venait apporter de la bouillie à la femme, a trouvé cela étrange. »
Alertée, la police interviendra pour constater le drame.
« Y avait-il des problèmes entre eux, à votre connaissance ? »
« Je n’ai connaissance d’aucun malentendu. »
Les aveux
L’oncle de l’accusé, également entendu :
« Il est rentré de l’étranger pour s’occuper d’un oncle malade. Après quelques jours, il a disparu pendant deux ans sans donner de nouvelles. Il est ensuite revenu. Je l’ai envoyé apprendre la coiffure, mais il a de nouveau disparu.
Un jour, il est revenu avec un petit sac et est entré dans la chambre des enfants. Le lendemain, il m’a dit qu’il avait un problème, sans vouloir en dire davantage pendant deux jours.
J’ai alors informé la police afin qu’elle vienne m’aider, pensant qu’il finirait par s’expliquer. Les policiers sont venus chez moi au nombre de six. Je pensais qu’il s’agirait de deux personnes en civil pour s’entretenir avec lui.
Ils sont entrés dans la cour, j’ai appelé le jeune homme, et la police lui a immédiatement passé les menottes en lui demandant de m’expliquer ce qui s’était passé. C’est ainsi que j’ai eu connaissance de l’affaire. »
Aucun avocat n’a été enregistré pour les deux parties au cours de l’audience.
Le parquet requiert la prison à vie
Dans ses réquisitions, le procureur a indiqué que Ganemtoré est poursuivi pour des faits d’assassinat et d’infanticide. Les faits remontent à l’année 2023, dans le quartier Kossodo à Ouagadougou, dans une maisonnette en tôles dont la porte était bloquée avec un bois. Un avis de recherche avait été lancé à l’époque.
Selon le ministère public, c’est la mère de Sankara, venue apporter de la bouillie à la jeune femme, qui a constaté une situation suspecte, entraînant l’alerte de la police. L’accusé s’était entre-temps réfugié chez son oncle, sans révéler les faits.
Le procureur rappelle que l’accusé vivait avec sa compagne, laquelle lui aurait avoué entretenir une relation avec son ami. Lors de l’enquête, il a également déclaré qu’ils avaient conclu un pacte autour d’un fétiche, assorti de menaces en cas d’infidélité. Il avait, dans un premier temps, affirmé ne pas regretter son acte.
S’agissant de l’assassinat, le ministère public estime que l’infraction est caractérisée. L’accusé a volontairement donné la mort après avoir mûri son acte, notamment en se munissant d’un couteau. Il a reconnu les faits et a déclaré que l’ami qui l’avait mis en relation avec sa compagne entretenait une relation avec celle-ci.
Concernant l’infanticide, le procureur souligne que l’accusé a volontairement ôté la vie à un nourrisson âgé de moins de 60 jours, ce qui caractérise également l’infraction.
Sur la personnalité de l’accusé, le ministère public relève l’absence de troubles mentaux avérés. Il note également que l’accusé n’a cherché aucun conseil ni médiation pour résoudre les conflits dans son couple, préférant passer à l’acte.
Au regard de la gravité des faits, le procureur a requis la réclusion criminelle à perpétuité, estimant qu’un seul de ces faits suffit à justifier une telle peine.
Le verdict est attendu pour le 26 mars 2026.
Image IA
Par Ibrahim Cissé|Zoodomail.com
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