Le lundi 19 janvier 2026, H. Hamadou, maître coranique âgé de 28 ans, a comparu devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I. Il est poursuivi pour séquestration aggravée, maltraitance d’enfant, traite de personne, incitation à la mendicité et profit de la mendicité, au préjudice de H. Hama, un talibé âgé de 13 ans. À la barre, l’accusé a reconnu partiellement les faits qui lui sont reprochés.
Courant novembre 2025, l’opinion nationale et internationale a été alertée par un communiqué du Procureur du Faso près le TGI de Ouaga I, faisant état d’un talibé qui aurait été séquestré, ligoté et privé de nourriture par son maître coranique, dans le quartier Sakoula à Ouagadougou.
Les sévices subis par l’enfant ont entraîné une putréfaction avancée des deux mains, nécessitant une intervention médicale d’urgence afin d’éviter une amputation. Ce lundi 19 janvier, l’accusé et la victime se sont expliqués devant la juridiction.
Les déclarations de l’accusé
Interrogé par le tribunal, H. Hamadou a reconnu avoir retenu l’enfant dans une maison fermée, sans possibilité pour ce dernier de sortir.
— « Était-il libre d’aller où il voulait ? »
— « Non, la maison était fermée », répond l’accusé.
— « Était-il ligoté ? »
— « Oui ».
À la question de savoir pourquoi il a ligoté l’enfant, H. Hamadou explique :
— « Il fuguait, volait chez les voisins et ne voulait pas apprendre le Coran ».
Il reconnaît vivre des ressources issues de la mendicité des enfants, affirmant ne pas exercer d’autre activité.
— « C’est ce que les enfants envoient qui me permet de manger », a-t-il déclaré, précisant que sa femme et ses deux enfants vivent au village de l’agriculture.
Concernant la durée de la séquestration, il affirme que l’enfant a été ligoté pendant trois jours, à l’aide de morceaux de pagne, soutenant que les parents lui auraient demandé d’agir ainsi.
La version de la victime
À la barre, H. Hama a livré une version différente.
Il explique être arrivé à Ouagadougou à la suite d’un accord entre son père et le maître coranique, pour apprendre le Coran.
Il nie avoir volé ou fugué et affirme avoir été ligoté parce qu’il n’avait pas pu ramener de la nourriture ce jour-là.
— « Il m’a attaché pendant trois jours », a-t-il déclaré.
Durant sa séquestration, il indique avoir mangé et bu, mais dit avoir ressenti des douleurs liées au ligotage.
Il raconte s’être échappé en ouvrant une fenêtre avec ses dents, avant de crier à l’aide, alertant une voisine.
Selon la victime, les enfants de l’école ramenaient de la nourriture et de l’argent, parfois jusqu’à 200 FCFA par jour, sans montant officiellement fixé.
Confrontation et réactions
Lors de la confrontation, l’accusé a maintenu que l’enfant mentait, l’accusant de vol et d’indiscipline.
Interrogé sur la somme de 79 000 FCFA retrouvée en sa possession, il a expliqué qu’il s’agissait de dons reçus lors de bénédictions et des contributions des enfants.
Le procureur a interrogé la victime sur d’éventuels coups reçus pendant la séquestration, ce que l’enfant a nié.
À l’accusé, il a demandé :
— « Quel sentiment avez-vous aujourd’hui en voyant cet enfant qui risque de perdre ses mains ? »
— « C’est une erreur. Je demande pardon », a répondu H. Hamadou, ajoutant avoir lui-même subi des maltraitances durant son apprentissage coranique.
Au titre des réclamations, le représentant de la famille a déclaré :
« Nous sommes de la même famille. L’accusé est mon petit frère. Nous ne réclamons aucun dédommagement, car il s’agit de la même famille. »
Réquisitions du ministère public
Dans ses réquisitions, le parquet a rappelé que l’accusé a été interpellé suite à l’alerte donnée en octobre 2025, grâce notamment à l’intervention de la Fédération des associations des écoles coraniques.Pour le ministère public, les faits de séquestration aggravée, maltraitance, traite de personne, incitation et profit de la mendicité sont constitués et particulièrement graves.Le parquet a requis 30 ans de prison, dont 15 ans ferme, ainsi qu’une amende ferme de 5 000 000 FCFA.
Plaidoirie de la défense
L’avocat de la défense a sollicité la clémence du tribunal, évoquant un dossier à la fois simple et complexe, fortement médiatisé.
Il a soutenu que l’accusé aurait agi sur instruction des parents, dans l’espoir de corriger l’enfant, rappelant que son client a lui-même connu la mendicité et maîtrise le Coran. « Beaucoup ignorent que la mendicité est réprimée par la loi », a plaidé l’avocat, invitant le tribunal à apprécier la personnalité et les circonstances.
Le verdict est attendu pour le jeudi 29 janvier 2026.
Par Reine Zongo|Zoodomail.com
- Log in to post comments
