Devant le Tribunal|Avortement clandestin à Ouagadougou : « Si vous n’êtes pas prêts, abstenez-vous », a martelé le procureur

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Avortement

Le mercredi 4 mars 2026, le ministère public a poursuivi, devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I, onze (11) prévenus dont six femmes et cinq hommes pour des faits d’interruption volontaire de grossesse et d’avortement.

 

Courant décembre 2025, des plaintes émanant de centres de santé, combinées à des investigations menées sur les réseaux sociaux par la police ont permis de démanteler un réseau opérant sous l’appellation « Avortement rapide et sans risque ».

Plusieurs femmes et hommes ayant payé ou tenté de payer des produits abortifs ont été interpellés puis placés MACO. Ils ont comparu à la barre pour répondre des faits.

 

Des témoignages révélateurs à la barre

 

À la barre, les prévenus ont livré des versions diverses, souvent marquées par la peur, la précarité ou la pression sociale.

 

L’une des prévenues déclare :

« J’ai vu une annonce sur Facebook avec le prix. C’était pour avorter. J’étais enceinte et mon copain ne s’occupait pas de moi. J’ai appris qu’il avait enceinté d’autres femmes. J’ai donc décidé d’interrompre une grossesse de cinq mois. »

 

Une autre, mariée et mère d’un enfant, explique :

« Je suis mariée et mère d’un enfant. J’ai constaté un retard de mes menstrues. En allant sur Facebook, j’ai vu une annonce “avortement sans risque”. J’ai cliqué et suis tombée sur un contact WhatsApp. J’ai passé une commande de comprimés à 30 000 FCFA. C’est à ce moment que la police m’a interpellé. »

 

À la question du tribunal :

« Avez-vous fait un test avant de prendre le produit ? »
Elle répond :
« Non. Il y avait un retard de trois semaines. J’ai eu peur. J’ai eu des rapports sexuels non protégés. Mon mari est à l’étranger. Actuellement, je suis à la MACO. »

 

Une troisième confie :

« Après un test positif, mon copain a d’abord voulu assumer, puis il a changé d’avis et m’a donné des produits. Après ingestion, j’ai saigné et eu de fortes douleurs. J’avais peur du rejet de ma famille. »

Dans un autre cas, une femme poursuivie pour avoir aidé sa cousine reconnaît :

« J’ai acheté les produits après avoir vu une annonce sur Facebook. Je lui ai donné un comprimé. Je reconnais que c’est une erreur. »

 

Des hommes également impliqués

 

Certains prévenus hommes ont reconnu leur implication :

Un prévenu déclare :

« C’est ma petite amie, une étudiante. Vu sa situation et la mienne, mes activités ne marchant pas actuellement, nous avons décidé d’avorter. Le livreur m’appelait sans cesse. Lorsque je suis arrivé, la police m’a interpellé sur place. »

 

À la question du tribunal :

« Si vous n’aviez pas été interpellé, auriez-vous interrompu la grossesse ? »
Il répond :
« Oui. »

 

Le procureur fait observer :

« Vous vivez avec une femme et deux enfants. Vous affirmez que votre situation financière n’est pas stable, mais vous vous créez des problèmes avec d’autres filles. »

Un autre admet :

« Elle a décidé d’avorter et je lui ai donné l’argent. J’avais peur. »

 

Le rôle clé des livreurs

 

Les deux livreurs interpellés ont expliqué leur rôle dans la chaîne :

L’un d’eux, vigile de profession, indique :

« J’ai été recruté via Facebook. Au départ, j’ignorais la nature des produits. J’ai ensuite compris, mais j’ai eu peur d’arrêter après des menaces. J’ai livré environ 80 à 85 personnes pour 1 000 FCFA par livraison. »

 

Le second affirme avoir cessé après avoir compris la nature des produits, reconnaissant avoir effectué une dizaine de livraisons.

 

Les réquisitions du parquet

 

Dans ses réquisitions, le procureur a souligné la responsabilité sociale des prévenus :

« Les faits sont suffisamment caractérisés. Nous demandons la condamnation des auteurs d’interruption volontaire de grossesse à 12 mois de prison avec sursis et une amende ferme de 1,5 million FCFA chacun. Pour les faits d’avortement, 12 mois de prison ferme et 3 millions FCFA d’amende ferme chacun. »

 

Il a également lancé un appel à la responsabilité :

« Si vous n’êtes pas prêts, abstenez-vous. Certains cherchent à avoir des enfants sans y parvenir. »

 

La défense plaide la clémence

 

Les avocats ont plaidé la clémence, évoquant notamment l’ignorance de la loi, des situations de détresse, ainsi que des cas de tentative motivée par des raisons médicales.

 

Le verdict du tribunal

 

Dans son jugement rendu le 11 mars 2026, le Tribunal de grande instance de Ouaga I a relaxé quatre (4) prévenus pour infraction non constituée, déclaré sept (7) prévenus coupables des faits qui leur sont reprochés et requalifié, pour une prévenue, les faits d’avortement en complicité d’interruption de grossesse.

 

Les peines prononcées sont les suivantes : trois prévenus ont été condamnés à 12 mois de prison avec sursis et à une amende de 250 000 FCFA avec sursis ; deux prévenus ont écopé de 12 mois de prison avec sursis et d’une amende de 1 000 000 FCFA avec sursis ; un prévenu a été condamné à 12 mois de prison avec sursis et à une amende de 1 000 000 FCFA dont 200 000 FCFA ferme ; enfin, les deux livreurs ont été condamnés à 12 mois de prison avec sursis et à une amende de 1 000 000 FCFA dont 500 000 FCFA ferme.

Le tribunal a également ordonné la confiscation et la destruction de 121 boîtes de produits abortifs.

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Par Reine Zongo|Zoodomail.com

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