À la veille de la 3ᵉ phase des funérailles chrétiennes dans l’archidiocèse de Ouagadougou, le père missionnaire Fada Toby brise le silence. Sur sa page Facebook, il dénonce sans détour des funérailles devenues, selon lui, de véritables spectacles de vanité et d’hypocrisie.
Il y a de nombreuses années, alors que j’étais encore séminariste, mes supérieurs m’avaient envoyé en paroisse pour mon apostolat dominical. Après la messe, notre rituel était immuable : nous rendions visite aux malades et aux personnes âgées qui ne pouvaient plus se déplacer pour recevoir la communion.
Je me souviens particulièrement d’une dame âgée vivant seule dans un appartement délabré, presque abandonné, dans le quartier. Sa maison était négligée, et elle passait ses journées dans une solitude pesante, ne survivant que grâce à la générosité de quelques voisins. Malgré nos efforts pour contacter ses enfants, personne ne se manifestait.
Puis vinrent les examens et les vacances, et chacun rentra dans son pays. À mon retour, trois mois plus tard, la nouvelle tomba : elle s’était éteinte durant mon absence.
Le dimanche suivant, lors de l’apostolat, je me suis rendu dans la cour pour prendre des renseignements sur ses funérailles. Mais je ne reconnaissais plus les lieux. Le vieux bâtiment avait été rasé pour laisser place à une maison flambant neuve que ses enfants faisaient construire à toute vitesse. On m’expliqua que le corps resterait à la morgue encore deux mois, le temps d’achever les travaux, la peinture et la décoration intérieure.
J’étais sans voix
Refuser une brique à ses parents quand ils en ont besoin, puis leur offrir un palais lorsqu’ils ne peuvent plus y habiter, c’est l’ingénierie même de l’hypocrisie.
Le jour de l’enterrement, le spectacle était frappant : cercueil luxueux, réception digne d’une reine, hommages émouvants.
Pourtant, comme le prêtre l’a justement rappelé pendant la messe, si cette femme avait reçu, de son vivant, des médicaments, de la nourriture, de l’eau potable, un logement digne et surtout des visites régulières, elle serait peut-être encore en vie. Tout ce que vous avez organisé aujourd’hui pour elle n’est rien d’autre qu’une expression de vanité et une hypocrisie bien emballée.
Cette réalité brutale nous rappelle que l’hypocrisie est devenue un sport national dans nos deuils. On dépense des fortunes pour que le défunt « repose en paix » dans un luxe qu’il n’a jamais connu.
Ne me cherchez pas dans les éloges funèbres, je ne m’y reconnaîtrai même pas. Dites-moi du bien maintenant, au moins je pourrai vous remercier. Pourquoi attendre que le souffle s’arrête pour devenir généreux ?
C’est un triste constat de voir que certaines familles attendent que vous soyez au ciel pour enfin vous offrir le confort de la terre.
Le Christ nous rappelle dans l’Évangile selon saint Matthieu (25, 35-40) que c’est le frère affamé, assoiffé et nu qu’il faut secourir. Mais nous préférons nourrir des foules d’invités pendant que celui qui comptait le plus n’est plus là.
Le buffet des funérailles devient parfois un lieu étrange où l’on pleure la bouche pleine en demandant s’il reste du poulet et de la boisson fraîche. On ne sait plus si les larmes viennent du chagrin ou du piment. Quelle comédie !
Certes, il existe des familles, des proches et des amis qui ont sincèrement tout fait pour offrir une vie digne à ceux qu’ils aiment, mais Dieu en a décidé autrement. À ces familles-là, vous avez fait votre part. Dieu voit l’intention du cœur, et cela a plus de valeur que toutes les cérémonies. Qu’Il vous console et essuie vos larmes.
Mais pour les autres, il faut arrêter de se mentir. Les larmes bruyantes ne remplacent pas une présence silencieuse quand la personne était encore en vie.
Si tu veux honorer quelqu’un, fais-le pendant qu’il respire. Visite-le. Nourris-le. Soigne-le. Écoute-le. Parce qu’après la morgue, ce que tu appelles amour ressemble souvent à une réparation tardive.
L’Église n’a jamais fait du luxe une condition pour le salut de l’âme. Les funérailles chrétiennes sont un temps de prière, pas un concours de richesse ni un événement mondain. L’Église, comme une mère, n’impose jamais de telles dépenses.
Ne vous endettez pas pour satisfaire le regard des autres. Vous pleurez un être cher, vous n’ouvrez pas un restaurant gratuit. Il y aura toujours des gens pour passer d’une réception à une autre.
Offrez plutôt des funérailles simples, dignes et priantes. Une messe suffit.
Les larmes les plus bruyantes cachent parfois les regrets de ceux qui n’ont jamais pris le temps d’appeler.
Si nous voulons honorer nos parents, faisons-le dans la vérité, la sobriété et surtout pendant qu’ils sont encore en vie. Ne transformons pas leur dernier voyage en une scène où l’on expose notre vanité.
L’amour qui arrive après la morgue ressemble trop souvent à une insulte.
Le vrai miracle de nos funérailles modernes, c’est de voir une famille qui n’avait « pas d’argent » pour soigner, nourrir et loger dignement ses parents trouver soudainement les moyens d’organiser des cérémonies extravagantes, de tuer des bœufs et de louer tentes et chaises.
Soyons guidés et honorons nos défunts dans le respect et la sincérité.
Que les âmes de tous les défunts reposent en paix. Amen.
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