Le jeudi 8 mai 2026, Bouba et Sevé ont comparu devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I. Le premier était poursuivi pour vol aggravé ainsi que pour détention illégale d'arme à feu et de munitions, tandis que le second répondait des faits de complicité.
À la barre, Bouba a reconnu la détention illégale de l'arme et des munitions, mais a contesté les accusations de vol. Sevé, quant à lui, n'a pas comparu à l'audience.
Les faits remontent à janvier 2026. Ce soir-là, Sancho gare son véhicule dans le quartier Patte d'Oie, à Ouagadougou, aux environs de 21 heures, pour effectuer quelques achats. À son retour, il découvre les vitres de sa voiture brisées.
Selon sa déclaration, son arme à feu, un ordinateur portable, des documents fonciers relatifs à sa parcelle ainsi que d'autres effets personnels ont disparu. Il dépose immédiatement une plainte auprès de la police.
Les investigations conduisent finalement les enquêteurs à Bouba, retrouvé en possession de l'arme dérobée.
« Je reconnais la détention de l'arme, mais pas le vol »
Invité à s'expliquer, Bouba déclare :
« Je jure de dire la vérité. Je reconnais la détention illégale de l'arme et des munitions, mais je ne reconnais pas le vol. Après ma sortie de la MACO en décembre 2025, j'avais des difficultés de logement parce que ma tante refusait que je revienne dans la famille. Étant orphelin de père, j'ai été hébergé par un dealer que j'avais connu à la MACO. »
Il poursuit :
« Un jour, nous avons eu une altercation à propos de la drogue. Au cours de la bagarre, son arme est tombée. Je l'ai ramassée et il a pris la fuite. Je suis ensuite rentré avec l'arme. Plus tard, j'ai emprunté le téléphone de Sevé pour appeler quelqu'un afin d'obtenir des munitions. Sevé ne savait pas pourquoi j'utilisais son téléphone. »
Le prévenu affirme avoir conservé l'arme pendant quatre jours avant son interpellation par la police.
Les questions du tribunal
Le tribunal s'est montré sceptique face aux explications du prévenu.
« Donc la prison ne vous a pas suffi ? Vous continuez à fréquenter des dealers et à consommer de la drogue alors que cela peut vous conduire à nouveau en prison ? », lui lance le président.
« C'est vrai », répond Bouba.
À la question de savoir pourquoi il avait acheté des munitions, il explique :
« C'était pour me défendre. J'avais peur que le dealer s'en prenne à moi. Je regrette ce que j'ai fait. J'ai trop souffert en prison. »
Le tribunal s'interroge également :
« Pourquoi n'avez-vous pas remis l'arme aux autorités ou simplement jeté l'arme pour éviter d'être à nouveau poursuivi ? »
Bouba répond qu'il avait peur et qu'il ne savait pas quoi faire.
Un passé judiciaire chargé
Le tribunal rappelle au prévenu qu'il avait déjà été poursuivi en 2021 pour port illégal d'arme.
« À l'époque, je voulais tourner une vidéo et je cherchais une arme », explique-t-il.
Le président lui fait alors observer :
« Vous dites regretter votre séjour en prison, mais vous revenez aujourd'hui pour des faits similaires. »
Le ministère public doute de sa version
Le procureur s'étonne que Bouba n'ait entrepris aucune démarche pour remettre l'arme à la police.
« Je voulais la remettre à mon oncle lorsque j'ai été interpellé », répond-il.
Concernant Sevé, le procès-verbal de son audition est lu à l'audience :
« J'ai connu Bouba à la MACO. J'ai effectivement appelé quelqu'un pour lui, mais j'ignorais le contenu de leurs échanges. »
La victime réclame réparation
À la barre, Sancho indique avoir récupéré son arme grâce à la police.
« Mon inquiétude concerne surtout mon PUH. J'ai obtenu un duplicata, mais je crains que mes documents originaux soient utilisés frauduleusement », déclare-t-il.
Il réclame 1 575 000 FCFA au titre des biens et documents disparus, dans l'hypothèse où Bouba serait reconnu coupable du vol.
Les réquisitions du parquet
Dans ses réquisitions, le ministère public estime que les faits de complicité reprochés à Sevé ne sont pas établis.
En revanche, concernant Bouba, le procureur considère que sa version n'est pas crédible.
« Au regard de sa personnalité et de ses antécédents, nous ne croyons pas qu'il ait obtenu cette arme à la suite d'une simple bagarre. Nous estimons qu'il est l'auteur de la soustraction de l'arme », soutient le parquet.
Le ministère public requiert alors à l'encontre de Bouba une peine de 60 mois de prison ferme ainsi qu'une amende ferme d'un million de FCFA. Le parquet demande également la révocation du sursis antérieur de 36 mois dont bénéficiait le prévenu, ainsi que de l'amende d'un million de FCFA qui y était attachée.
Le tribunal relaxe pour le vol mais condamne pour l'arme
Après délibération, la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I relaxe Sevé pour infraction non constituée.
Concernant Bouba, le tribunal le renvoie des fins de la poursuite pour vol aggravé au bénéfice du doute.
En revanche, il le déclare coupable de détention illégale d'arme à feu et de munitions et le condamne à 60 mois de prison ferme.
Le tribunal ordonne également la révocation du sursis antérieur de 36 mois. Au total, Bouba devra donc exécuter 96 mois de prison ferme, soit huit ans d'emprisonnement.
Il est également condamné à une amende totale de 3 millions de FCFA, comprenant l'amende de deux million de FCFA prononcée dans la présente affaire et celle d'un million de FCFA issue de la révocation du sursis.
La demande de réparation formulée par Sancho est déclarée irrecevable.
Avant de lever l'audience, le président explique à la victime :
« Nous avons un doute sur sa participation au vol. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas le condamner pour ces faits. »
Ph.DCRP Police, illustration
Par Ibrahim Cissé | Zoodomail.com
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