Devant le Tribunal | Accusés de séquestration et d’actes de grand banditisme : deux policiers affirment qu'ils enquêtaient sur un présumé trafic d’explosifs (1 /2)

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Tribunal

Le lundi 1er décembre 2025, CD, chef d'entreprise, AK et AS, tous deux fonctionnaires de police, ainsi que FK, commerçant, ont comparu devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I. Ils sont poursuivis pour séquestration et actes de grand banditisme au préjudice de BO et de son père AO.

 

 

Selon les faits exposés à l'audience, courant 2025, BO travaillait dans une station-service lorsqu'un véhicule s'est arrêté à son niveau. Les occupants lui ont fait signe de s'approcher.

Arrivé à la hauteur du conducteur, celui-ci lui aurait présenté une carte, soulevé légèrement sa chemise pour lui montrer une arme et lui aurait ordonné de monter rapidement dans le véhicule.

À bord se trouvaient quatre personnes, toutes portant des cache-nez. Après avoir quitté les abords de la station, les occupants auraient déclaré à BO qu'ils étaient des agents de l'ANR. Ils lui auraient expliqué disposer d'informations selon lesquelles son père, AO, détiendrait dans son magasin des produits prohibés ainsi que des engins explosifs.

 

Les prévenus ont ensuite été entendus par le tribunal.

 

FK : « SI m'a parlé de produits prohibés »

 

Interrogé par le tribunal, FK a expliqué :

« J'ai reçu un appel de SI, qui m'a dit être de l'ANR. Il affirmait avoir reçu des informations sur la vente de produits prohibés et d'engins explosifs dans une nouvelle station. Il m'a également dit que des policiers étaient intervenus et que BO avait négocié 10 millions de FCFA. Il avait déjà remis 2,5 millions de FCFA. Les photos des produits prohibés étaient dans le téléphone de BO. »

 

CD : « Nous étions partis pour le "wack" »

 

À son tour, CD a relaté sa version des faits.

« Nous étions ensemble dans le véhicule pour aller à Koupèla faire le "wack". En arrivant à une station pour prendre du carburant, nous avons appris que le père de BO possédait un magasin contenant des produits prohibés et des explosifs. Nous avons alors interpellé son fils. Il a négocié avec les policiers et leur a remis 2,5 millions de FCFA. Il a ensuite appelé son père pour le reste. Celui-ci est arrivé avec des policiers qui nous ont interpellés. »

 

Le président lui fait alors remarquer :

« Vous partiez faire le "wack" et cela s'est transformé en mission d'enquête ? »

— « Oui, les policiers ont reçu l'information sur place », répond CD.

À la question de savoir à quoi devait servir la somme de 2,5 millions de FCFA, il répond :

« Ce n'était pas pour l'argent. Nous voulions surtout faire venir son père. »

 

Le procureur demande ensuite :

« Qui est allé voir le père pour récupérer l'argent quand il est arrivé ? »

— « C'est lui qui est venu vers nous », répond CD.

À une autre question, il précise que le véhicule utilisé appartient à son épouse.

Le procureur fait également observer que lorsque le père est arrivé, les 2,5 millions de FCFA n'ont pas été restitués.

 

L'avocat de CD demande enfin :

« Aviez-vous planifié cette opération avant de quitter Ouagadougou ? »

— « Non », répond l'accusé.

 

AK : « Ce qui nous intéressait, c'était le père, pas l'argent »

 

Le tribunal entend ensuite AK.

Selon lui, son collègue AS lui avait demandé de l'accompagner à Koupèla où ils devaient consulter un marabout.

« J'étais également en permission. Pendant le trajet, j'ai entendu au téléphone qu'un "Ladji" collaborait avec des terroristes. J'ai voulu comprendre ce qui se passait. »

Arrivé à la station-service, il affirme avoir demandé à un pompiste de faire venir BO.

« J'ai pris son téléphone et j'y ai vu des photos d'explosifs. Il a dit qu'ils appartenaient à son père. Nous voulions mettre la main sur AO. Ce qui nous intéressait, c'était lui, pas l'argent. »

AK reconnaît avoir utilisé l'arme de son collègue, son arme personnelle étant consignée.

 

Il poursuit :

« BO a négocié et a remis 2,5 millions de FCFA. Nous n'avons même pas compté l'argent. Il a appelé son père pour lui dire qu'il avait été interpellé au sujet des explosifs. Nous avons fixé un rendez-vous avec AO, mais il est venu accompagné de policiers qui nous ont arrêtés. SI a pris la fuite avec le véhicule et l'argent. »

 

Le président lui demande :

« Aviez-vous reçu un mandat pour interpeller AO et son fils ? »

— « Non. »

« Avez-vous informé votre hiérarchie de cette affaire d'explosifs ? »

— « Non. »

Le tribunal lui fait alors observer qu'il était en formation et s'était retrouvé avec des civils pour mener une opération sans autorisation.

 

Les observations du procureur

Le procureur relève plusieurs incohérences.

« Vous affirmez que l'argent ne vous intéressait pas. Pourquoi n'avez-vous pas demandé à BO de vous conduire immédiatement au magasin contenant les explosifs ? »

AK répond :

« Je voulais d'abord faire un rapport. »

 

Le procureur poursuit :

« Après avoir vu ces photos, vous auriez dû informer immédiatement la police locale et poursuivre votre déplacement pour aller faire votre "wack". »

AK explique avoir déjà conduit une enquête personnelle en 2021 après avoir été victime d'une escroquerie sur les réseaux sociaux avant de transmettre le dossier à la BCLCC.

 

Son avocat prend alors la parole :

« Je vous connais comme un policier intrépide. Ce n'est pas la première fois que vous menez des missions difficiles. Celle-ci est simplement restée inachevée. »

 

À ce stade, l'audience est suspendue et renvoyée au vendredi 12 décembre 2025.

 

AS : « Nous voulions d'abord vérifier l'information »

 

À la reprise de l'audience, le tribunal entend AS.

Il explique que SI lui avait proposé d'aller faire le « wack ».

« Certains collègues vont consulter un marabout pour recevoir des bénédictions. C'est ainsi que j'ai accepté de faire le déplacement. À l'entrée de Koupèla, SI et CD parlaient d'un "Ladji" présenté comme complice de terroristes. J'étais souffrant et j'écoutais simplement. La dernière chose dont je me souviens, c'est l'arrivée de AO avec des policiers qui nous ont interpellés. »

 

Le président lui demande :

« Si vous étiez malade, pourquoi avoir effectué ce déplacement ? »

— « Je pensais que le "wack" allait me soulager », répond-il.

 

Le procureur lui demande ensuite :

« Quelle était votre destination en quittant Ouagadougou ? »

— « La zone de Koupèla. »

 

Le procureur relève ensuite une contradiction entre ses déclarations à l'audience et celles consignées dans le procès-verbal.

« Dans votre audition, vous avez déclaré que SI vous avait appelé pour une affaire, alors qu'aujourd'hui vous évoquez uniquement le "wack". Pourtant, vous avez signé le procès-verbal. »

 

L'avocat de la partie civile ajoute :

« Lors de l'enquête, vous avez déclaré qu'il ne s'agissait pas de votre première opération et que vous aviez déjà participé à au moins six opérations similaires dans différentes localités. »

AS répond :

« Je ne reconnais pas ces déclarations. »

À la question de savoir qui avait organisé la mission, il répond :

« C'est SI. »

 

Débat sur la régularité de la procédure

L'avocat de la défense soulève ensuite une exception de nullité.

Selon lui, les procès-verbaux seraient irréguliers, l'enquête ayant été menée par le parquet alors que les mis en cause étaient des policiers en activité.

L'avocat des victimes réplique que cette exception aurait dû être soulevée au début de la procédure et non en cours d'audience.

 

Poursuivant son interrogatoire, il demande à AS :

« Vous affirmez aujourd'hui que vous vouliez simplement vérifier une information avant d'en rendre compte. Pourquoi alors SI a-t-il pris la fuite alors que vous étiez censés être en mission légale ? »

 

AS répond :

« Pendant que nous discutions avec les policiers, SI a pris la fuite. »

 

Le tribunal donne la parole à la victime, BO.

 À suivre ! 

 

Par Ibrahim Cissé ­­|Zoodomail.com

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