Devant le Tribunal | Ils voulaient faire croire à une enquête sur des explosifs : trois accusés condamnés à 11 ans de prison ferme(2/2)

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Devant le tribunal

 

Après le récit des faits et les déclarations des accusés, l'audience s'est poursuivie avec les explications des victimes, BO et son père AO, sur les circonstances de l'affaire.

 

 

Devant le Tribunal | Accusés de séquestration et d’actes de grand banditisme : deux policiers affirment qu'ils enquêtaient sur un présumé trafic d’explosifs (1 /2)

 

Le tribunal a ensuite entendu la version de BO.

BO : « J'étais entre leurs mains »

 « Le jour des faits, le conducteur portait un cache-nez. Ils ont présenté leurs cartes en affirmant qu'ils étaient des policiers et l'un d'eux a exhibé son arme. Ils m'ont demandé de remettre 20 millions de FCFA. Je leur ai répondu que je ne disposais pas d'une telle somme. Ils ont ensuite exigé 10 millions de FCFA. Je leur ai expliqué que je n'avais que 2 500 000 FCFA correspondant à la recette de la station-service. J'ai appelé mon petit frère, qui a envoyé l'argent, et c'est SI qui l'a récupéré. Ils m'ont ensuite demandé le reste. J'ai dit que j'allais appeler mon père. SI m'a alors remis mon téléphone et je l'ai appelé. Dans le véhicule, il y avait un sac contenant des munitions. Mon père a rappelé et un rendez-vous a été fixé. Lorsqu'il est arrivé sur les lieux, CD et AK sont descendus du véhicule pour s'entretenir avec lui. L'un d'eux s'est ensuite dirigé vers le véhicule de mon père. C'est à ce moment que les policiers qui l'accompagnaient sont sortis et leur ont ordonné de lever les mains. SI, qui était resté dans le véhicule, a pris la fuite, tandis que les autres ont été interpellés », a déclaré BO.

 

Le président du tribunal : « Lorsqu'ils ont pris votre téléphone, l'ont-ils fouillé ? »

« Non », répond BO.

 

Le président : « Si vous n'aviez rien à vous reprocher, pourquoi avez-vous remis l'argent ? »

« J'étais entre leurs mains. Je ne pouvais pas me défendre autrement », répond-il.

 

L'avocat de FK : « En quoi FK est-il impliqué dans cette affaire puisqu'il n'était pas présent lors des opérations ? »

« Oui, il est impliqué. Nous disposons d'enregistrements audio de la préparation de l'opération avec les Koglweogo. », affirme BO.

 

L'avocat de AK : « Est-ce que AK vous a forcé à monter dans le véhicule ? »

« Non », répond-il.

 

L'avocat de CD : « Est-ce vous qui avez proposé de remettre de l'argent afin d'éviter la fouille de votre magasin ? »

« Non. Ce sont eux qui me l'ont proposé. C'est CD qui conduisait le véhicule », réplique BO.

 

Son avocat : « Pendant que vous étiez dans le véhicule, ont-ils tenté de joindre leur hiérarchie pour signaler un quelconque problème ? »

« Non. »

 

L'avocat des policiers : « Ont-ils évoqué des produits prohibés ou des explosifs ? »

« Non. »

BO ajoute : « Je confirme que j'ai été retenu dans le véhicule jusqu'à l'arrivée de mon père accompagné des policiers. Je n'avais aucune possibilité d'en sortir. »

 

Le procureur : « Quel commerce exercez-vous ? »

« Nous vendons des motos et nous assurons la gestion d'une station-service. Nous ne vendons pas de produits prohibés et je n'ai jamais vu d'explosifs. »

 

Le procureur : « Et les photos retrouvées dans votre téléphone ? »

« Dans le véhicule, ils ne m'ont jamais montré de photos ni de vidéos provenant de mon téléphone », répond BO.

 

                    Le père de BO raconte l'interpellation

L'instruction s'est poursuivie le 15 janvier 2026 avec l'audition de AO, père de BO.

« Le jour des faits, j'étais en réunion dans le quartier. Lorsque je suis rentré après 21 heures, je n'ai pas trouvé BO. J'ai demandé à son petit frère qui m'a donné quelques indications. Peu après, BO m'a appelé. Sa voix était étrange. Il m'a expliqué qu'il était retenu et qu'il y avait un problème. Ensuite, CD a pris le téléphone et m'a dit qu'il me connaissait très bien ainsi que mon domicile. Il m'a affirmé qu'ils étaient venus de Ouagadougou pour m'arrêter et que je devais coopérer sans prévenir qui que ce soit. Je me suis alors rendu au commissariat pour signaler les faits. Trois policiers m'ont accompagné sur les lieux. Je suis descendu de mon véhicule avec un sachet à la main. CD et AK sont descendus de leur véhicule. CD a présenté une carte en affirmant qu'il était policier. AK m'a demandé si j'étais venu seul. J'ai répondu par l'affirmative. Il est allé vérifier dans mon véhicule et c'est à ce moment que les policiers sont sortis pour leur ordonner de lever les mains. CD, AK et AS ont tenté de prendre la fuite, mais ils ont été interpellés. SI, qui se trouvait dans le véhicule, a réussi à s'enfuir avec celui-ci », a-t-il relaté.

AK et AS ont toutefois nié avoir tenté de fuir.

 

Les parties civiles réclament réparation

 

Le tribunal a demandé à BO et AO s'ils souhaitaient se constituer parties civiles. Leur conseil a alors pris la parole.

« Il y a eu des faits de vol, d'usage d'armes à feu et de séquestration. Aucun ordre de mission n'autorisait les accusés à interpeller mon client. Rien ne justifie les faits de séquestration. Cette infraction est parfaitement caractérisée. Nous demandons également que FK soit retenu pour complicité. L'argent a été remis sous la contrainte et il y a eu usage d'armes. Nous réclamons 2 000 000 FCFA au titre du préjudice moral, 2 500 000 FCFA correspondant au principal et 2 000 000 FCFA au titre des frais exposés. »

 

Le parquet requiert une lourde peine

 

Dans ses réquisitions, le ministère public a demandé la requalification des faits en association de malfaiteurs. Il a requis contre chacun des accusés une peine de 21 ans de prison assortie d'une période de sûreté de 15 ans, ainsi qu'une amende ferme de 2 000 000 FCFA.

 

La défense plaide la relaxe

 

L'avocat de CD a soutenu que son client ne contestait pas avoir mis son véhicule à disposition, mais qu'aucune preuve ne démontrait l'existence d'une entente criminelle. Il a demandé la clémence du tribunal ainsi que le rejet de la constitution de partie civile.

 

L’avocat des policiers a sollicité le rejet des procès-verbaux établis par les commissariats. Selon eux, la victime était montée dans le véhicule sans contrainte, les faits relevaient davantage d'une tentative d'extorsion de fonds que d'une séquestration ou d'une association de malfaiteurs. Il a plaidé le sursis.

 

L'avocat de FK a, pour sa part, demandé la relaxe pure et simple de son client, estimant qu'il n'était mêlé ni à la séquestration ni aux faits d'association de malfaiteurs .

 

Le verdict

 

Dans son délibéré rendu le lundi 2 février 2026, la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I a requalifié les faits de grand banditisme reprochés à CD, AK et AS en chantage et les a déclarés coupables de séquestration aggravée.

Les juges ont également requalifié les poursuites visant FK en complicité de chantage et l'ont déclaré coupable.

En répression, CD, AK et AS ont été condamnés chacun à 11 ans de prison ferme et à une amende ferme de 2 millions de FCFA.

FK a, quant à lui, été condamné à un an de prison ferme et à une amende de 1 million de FCFA.

Le tribunal a reçu la constitution de partie civile et condamné solidairement CD, AK, AS et FK à verser 4,5 millions de FCFA de dommages et intérêts, ainsi que 1 million de FCFA au titre des frais exposés.

 

Ils ont interjeté appel de la décision.

 

Par Ibrahim Cissé| Zoodomail.com

 

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