Devant le Tribunal | SOTRACO : un conducteur de bus condamné pour avoir violenté une automobiliste

Submitted by Redaction on
Image
SOTRACO

Le mercredi 8 juillet 2026, Sékou, machiniste à la Sotraco, a comparu devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I pour des faits de coups et blessures volontaires et de vol présumé au préjudice de Dame Fatou et de sa fille, Natou.

 

Au début du mois de juin 2026, Dame Fatou et sa fille quittaient Ziniaré pour rejoindre Ouagadougou. Arrivées à hauteur de Loumbila, elles se sont retrouvées derrière une longue file de véhicules.

 

Selon les faits exposés à l'audience, un bus de la Sotraco, conduit par Sékou, a entrepris un dépassement. Cependant, deux véhicules arrivaient en sens inverse, obligeant le conducteur à se rabattre brusquement devant le véhicule de Dame Fatou.

 

Estimant que cette manœuvre avait mis les usagers en danger, Dame Fatou a sorti son téléphone portable pour filmer le bus afin de protester contre le comportement du conducteur.

 

Des passagers ont remarqué qu'elle filmait le bus et en ont informé le conducteur. Celui-ci a alors immobilisé son véhicule devant celui de Dame Fatou avant de descendre. Une altercation s'est ensuivie, au cours de laquelle le téléphone portable de la victime a été retiré.

 

Dame Fatou et sa fille ont ensuite porté plainte pour vol du téléphone portable et coups et blessures volontaires.

 

« Ce sont les clients qui ont retiré le téléphone »

 

À la barre, le président du tribunal a demandé au prévenu de relater les faits.

« Pendant que je roulais, on m'a alerté qu'une dame était en train de nous filmer. Je me suis arrêté pour comprendre pourquoi elle nous filmait. Au début, elle a nié, puis elle a reconnu les faits. Un passager a retiré le téléphone de l'une des dames qui nous filmaient. J'ai ensuite rendu compte à mon supérieur et le téléphone a été remis à la police », a expliqué Sékou.

 

Le tribunal lui demande alors :

« Qui a retiré le téléphone de la dame ? »

Le prévenu répond :

« Ce sont les clients qui ont retiré le téléphone. Personnellement, je n'ai rien fait. »

 

Les victimes livrent leur version

 

Interrogée sur les violences, Natou déclare :

« Le conducteur ne m'a pas personnellement agressée. Il a plutôt donné l'ordre de le faire. Il s'en est pris à ma mère. Un passager m'a serré le cou et je me suis débattue. »

Sa mère, Dame Fatou, donne une version différente concernant le rôle du conducteur :

« Le conducteur m'a serré le cou avant de récupérer mon téléphone. Ensuite, il m'a porté un coup à l'épaule, ce qui m'a occasionné des blessures. Depuis plus de trois semaines, je ne peux plus travailler. »

 

Les observations du procureur

 

Le procureur interroge ensuite le prévenu sur la manœuvre de dépassement.

« Aviez-vous réellement la possibilité d'effectuer ce dépassement ? »

« Oui, c'est pour cela que je l'ai effectué », répond Sékou.

 

Le procureur poursuit :

« Pourtant, vous avez été obligé de vous rabattre parce que deux véhicules arrivaient en face de vous. »

Le prévenu garde le silence.

 

Le représentant du ministère public lui fait alors observer :

« Pensez-vous que le fait d'être conducteur d'un bus de la Sotraco vous donne tous les droits sur la route ? Plusieurs usagers se plaignent du comportement de certains conducteurs. Respectez le Code de la route afin de préserver la vie des citoyens. Vous auriez dû retenir le numéro du véhicule et le signaler à la police, au lieu de le violenter. »

 

« Est-ce que vos collègues de la Sotraco sont venus vous soutenir ? »
 « Non. »

 

Le procureur s'adresse ensuite aux victimes :

« Vous aussi, évitez de filmer les gens sans leur accord. Derrière chaque bus figurent un numéro de contact et un numéro d'identification. En cas de manquement d'un conducteur, il suffit d'appeler ce numéro et de communiquer l'identifiant du bus. Vous avez eu tort de filmer. »

 

Les demandes de réparation

 

Au titre des intérêts civils, Dame Fatou réclame 125 000 FCFA correspondant à ses frais médicaux, son incapacité de travail ayant été fixée à 21 jours.

Natou sollicite, quant à elle, 35 000 FCFA pour la prise en charge de consultations psychologiques.

 

Les réquisitions du parquet

 

Dans ses réquisitions, le procureur estime que le délit de vol n'est pas constitué.

« Le téléphone a été remis à la police et restitué à sa propriétaire après les investigations. En revanche, le prévenu a effectué un dépassement dangereux qui a suscité la colère des usagers. Il a ensuite bloqué le passage et exercé des violences sur la victime. Les coups et blessures volontaires sont établis. »

Le ministère public requiert une peine de 36 mois d'emprisonnement, dont 24 mois ferme, ainsi qu'une amende de 2 000 000 FCFA, dont 1 000 000 FCFA ferme.

 

Le verdict

 

Dans son délibéré, la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I a relaxé Sékou du chef de poursuite de vol, estimant que cette infraction n'était pas constituée.

 

En revanche, le tribunal l'a déclaré coupable de coups et blessures volontaires et l'a condamné à 12 mois d'emprisonnement avec sursis ainsi qu'à une amende ferme de 500 000 FCFA.

 

Avant de lever l'audience, le président du tribunal a adressé un message aux deux parties :

« Évitez de filmer les gens avec vos téléphones sans leur consentement. Cela peut vous exposer à des poursuites pénales. Quant à vous, monsieur le prévenu, lorsque vous vous estimez victime d'un comportement répréhensible, saisissez les autorités compétentes, mais ne vous faites plus justice vous-même. »

 

Image illustrative

 

Par Reine Zongo | Zoodomail.com

 

Les trois dernières publications