Le mardi 23 décembre 2025, Ouedraogo Tasséré, Zoungrana Sidpawalamdé, Dakouré Germain et dix-neuf (19) autres personnes ont comparu devant la Chambre ECOFI du Tribunal de grande instance de Ouaga I. Ils étaient poursuivis, selon les cas, pour proxénétisme et traite de personnes, proxénétisme hôtelier et proxénétisme.
L’ouverture de cette procédure judiciaire fait suite à la prolifération des maisons closes, notamment à Ouagadougou, où des faits de traite de personnes auraient été commis. À cela s’ajoutent de nombreuses dénonciations anonymes adressées au Parquet et aux services de sécurité, ainsi que des correspondances de l’ambassade du Nigeria au Burkina Faso, faisant état de faits de traite, de trafic, de proxénétisme et d’autres infractions imputées à des ressortissants nigérians vivant au Burkina Faso.
Une enquête a alors été ouverte sur plusieurs sites, notamment les auberges « Naba Karfo » à Dapoya et « Top 51 » à Bonheur-Ville. Les investigations ont également concerné plusieurs maisons closes dénommées « Gambre Yaar », « Allatikouma », « Grotto », « Petit Ouaga », « Soutou-Nooma », « La Plage » et « Tabtenga », situées respectivement à Tampouy, Zagtouli, Somgandé, Toudoubwéogo, Wapassy, Gonsin et Saaba.
Un vaste réseau de recrutement au Nigeria
Selon les éléments de l’enquête, le mode opératoire des présumés auteurs consistait à sillonner des villages nigérians pour recruter de jeunes filles en leur promettant des emplois bien rémunérés au Burkina Faso. Les victimes transitaient par le Bénin à bord de cars dits « Dina » ou de véhicules communément appelés « France au revoir ».
Arrivées à Cotonou, de fausses cartes nationales d’identité nigérianes leur étaient établies, avec de fausses identités et des dates de naissance modifiées afin de majorer l’âge des mineures.
À leur arrivée au Burkina Faso, les jeunes filles étaient confiées à des dames nigérianes, présentées comme leurs tutrices. Celles-ci récupéraient leurs téléphones et leurs documents d’identité avant de les placer dans des maquis, maisons closes, auberges et autres lieux similaires, où elles étaient contraintes à se prostituer, avec la complicité présumée des gérants et propriétaires.
Après leur placement, le versement d’une somme comprise entre 1 300 000 et 1 500 000 FCFA était exigé avant toute libération. Pour empêcher toute dénonciation, les patronnes auraient eu recours à divers moyens, y compris des pratiques de magie noire.
Toujours selon l’enquête, ces sites dont certains occupaient illégalement le domaine public ou étaient construits sur des parcelles à usage d’habitation servaient également à d’autres activités illicites telles que la vente de drogues, l’hébergement de délinquants et le recel de butins issus d’infractions.
Plus de 200 jeunes filles nigérianes ont été identifiées dans ces maisons closes et lieux assimilés à Ouagadougou, parmi lesquelles des mineures âgées de 15 à 17 ans, dont une en état de grossesse. Toutes ont été mises à la disposition des autorités compétentes.
L’enquête a été menée par la Division des investigations criminelles (DIC) de la Direction de la police judiciaire (DPJ).
Le verdict de la Chambre ECOFI
Dans son verdict rendu le mercredi 4 février 2026, la Chambre ECOFI du Tribunal de grande instance de Ouaga I :
- Renvoie OKAFOR Favour, SULAIMON Samuel, JOHNSON Happy, MBA Emmanuel, AIGBANGBEE Edvin, COMPAORÉ Ratamanégré, ZOUNGRANA Daouda et OUÉDRAOGO Abdoul Kader des faits de traite de personnes et de proxénétisme à eux reprochés au bénéfice du doute ;
- Renvoie Michael Eva et OUÉDRAOGO Soumaila des faits de traite de personnes pour infraction non constituée ;
- Déclare OUÉDRAOGO Tasséré, DAKOURÉ Germain, YONABA Adama, Joel Juliet et Isaac Opeyemi coupables des faits de proxénétisme et de traite de personnes ;
- Déclare Diallo Abdoulaye, ZOUNGRANA Paul, OUÉDRAOGO Maxime, SAWADOGO Francis, OUÉDRAOGO Frédéric, OUÉDRAOGO Soumaila et Michael Eva coupables des faits de proxénétisme.
Les peines prononcées
La Chambre a condamné :
- Ouedraogo Tasséré et Dakouré Germain à cinq (05) ans d’emprisonnement dont trois (03) ans fermes et à une amende de dix (10) millions de FCFA chacun ;
- Yonaba Adama à deux (02) ans d’emprisonnement et à une amende de deux (02) millions de FCFA, le tout ferme ;
- Joel Juliet et Isaac Opeyemi à cinq (05) ans d’emprisonnement dont trois (03) ans fermes et à une amende ferme de cinq (05) millions de FCFA chacun ;
- Ouedraogo Frédéric à un (01) an d’emprisonnement dont six (06) mois fermes et à une amende d’un (01) million de FCFA assortie du sursis ;
- Zoungrana Paul, Ouedraogo Soumaila et Michael Eva à six (06) mois d’emprisonnement et à une amende d’un (01) million de FCFA, le tout ferme ;
- Diallo Abdoulaye, Ouedraogo Maxime et Sawadogo Francis à six (06) mois d’emprisonnement et à une amende de cinq cent mille (500 000) FCFA, le tout assorti du sursis.
Mesures complémentaires
La Chambre a en outre :
- Ordonné l’expulsion de Michael Eva, Joel Juliet et Isaac Opeyemi du territoire national ;
- Ordonné la confiscation au profit du Trésor public des sommes de 4 347 875 FCFA et 22 000 nairas déposées au greffe du Tribunal ;
- Ordonné la restitution de la somme de 375 000 FCFA à Ouedraogo Abdoul ;
- Ordonné la fermeture définitive des sites de prostitution dénommés Allatikouma, Germain Zinga, Petit Ouaga, Soutong-Noma, Sougri-Noma, ainsi que du site où exerçait le sieur Ouedraogo Maxime.
Par Reine Zongo |Zoodomail.com
- Log in to post comments
